‹ Histoire de la Convention nationale, d'après elle-mêmeChapitre 3 sur 34 · UiSTOïAlt · texte numérisé non relu

UiSTOïAlt

calories du dix-huitièiQe^ n'eoleudeiit rien aux calculs financiers. Un roi de Hollande n'aurait pas sou « tenu dix ans la guerre contre Philippe II; mais les sans-culottes hollandais résistèrent un siècle au roi d'Espagne^ maître du Portugal^ de Tltalie et des deux Indes. Tant qu'un peuple libre aura du fer et du paiq ^ il se battra sans s'informer si l'argent hausse ou baisse dans la rue f^menne. »

C'était ainsi que la France révolutionnaire entendait faire la guerre. Quant aus; dépen^ses^ elles inquiétaient peu la République : le capital des biens nationaux s'augmentait tous les jours par l'émigra^ tion^ et excédait de beaucoup la dette. 11 est yrai que ces biens n'avaient aucune valeur dans ce moment là à défaut d'acheteurs; mais les assignats qu^dn émettait sur ce capital remplaçaient, par leur valeur fictive, la vente des biens qu'ils représentaient; et quoique le cours en fut réduit au tiers de leur valeur nominale, le capital était si considérable qu'on pouvait, au moyen de nouvelles émissions, remplacer facilement la perte, et faire face aux dépenses extraordinaires. D'ailleurs, il fallait compter aussi pour quelque chose les ressources de toute nature que nos armées devaient trouver dans les pays où elles al-i laient porter la liberté.

« Il faut, avait dit Gambon, au nom du comité des finances; il faut nous déclarer ^oi^(^o/r réi^olu^ tionnaire dans les pays où nous entrons. Il est inutile de nous cacher; les despotes savent ce que nous voulons : il faut donc le proclamer hautement, puis-

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qu'on le devine^ et que d'ailleurs la justice en peut être avouée. Il faut que partout où nos généraux en^^ treront y ils proclament la souveraineté du peuple , l'abolition de la féodalité^ de la dime, de tous les abus 5 que toutes les anciennes autorités soient dissoutes; que de nouvelles administrations locales soient provisoirement formées, sous la direction de nos généraux; que ces administrations gouvernent le pays 9 et avisent aux moyens de former des Conventions Nationales qui décideront de son sort; que sur le champ, les biens de nos ennemis^ c'est-à-dire les biens des nobles, des prêtres, des communautés laïques ou religieuses^ des églises, etc., soient séquestrés et mis sous la sauve-garde de la nation française, pour qu'il en soit tenu compte aux administrations locales, et pour qu'ils servent de gage aux frais de la guerre, dont les pays délivrés devront supporter une partie, puisque cette guerre a pour but de les affirancliir; il faut qu'après la campagne on entre en compte : si la République a reçu en fournitures plus qu'il ne faut pour la portion de frais qu'on lui :devra, elle paiera le surplus, si non on le lui paiera à elle; il faut que nos assignats, fondés sur la nouvelle distribution de la propriété, soient re^us dans les pays conquis, et que leur champ s'étende avec les principes qui les ont produits; qu'en&i le pouvoir exécutif envoie des conunissaires pour s'entendre avec ces administrations provisoires, ipoUr fraterniser avec elles, tenir les comptes de la République ^ et exécqter le séquestre décrété. Point de demi-re-

étaient menaces d'une ruine complète par la guerre maritime^ trouvèrent aussitôt un emploi avantageux, et ne tardèrent pas à prouver qu'ils pouvaient très bien occuper les emplois jusqu'alors défères à une orgueilleuse noblesse»

Ce fût à ce sujet que la Convention rapporta le décret du 27 octobre, qui défendait aux députés de remplir aucune fonction publique pendant l'espace de six années. 11 se trouvait dans la Convention plusieurs officiers de marine dans le cas d'obtenir de l'avancement; mais le ministre ne sachant pas si ce décret assimilait aux fonctions publiques le service militaire 9 demanda que l'Assemblée résolut cette question.

Aussitôt^ Cambacérès, Bréard, Tburiot, Saint- André et quelques autres membres du côté gauche s'élevèrent contre ce décret, qu'ils regardaient comme impolitique et contraire à la liberté. Barrère dit, que depuis long-temps, il était chargé, par les comités de constitution et de législation réunis, d'en demander le rapport. Bréard ajouta que la Convention n'avait pas le droit de rendre un pareil décret; que tous les citoyens qui pouvaient être utiles à la patrie, lui appartenaient, dans quelque position qu'ils se trouvassent. Thuriot s'écria que si les membres de. la Gon-vention n'étaient pas dignes de remplir des fonctions publiques, ils ne devaient pas être investis de celles qu'ils exerçaient. Et l'Assemblée s'empressa de rapporter un décret que^ quelques.mois avant, elle avait rendu d'enthousiasme et sans discussion.

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Toutes le» mesures pour activer la guerre ayant été prises^ et la levée d'une réserve de trois cent raille hommes ayant élé décrétée^ ainsi qu'une nouvelle émission de 800 millions d'assignats, on pensa à ouvrir la campagne , quoique la moitié des cinq cent soixante-dix mille hommes jugés nécessaires^ fut à peine arrivée en ligne.

Dumouriez avait fini la campagne précédente en s'arrétant aux bords de la Meuse : il avait ensuite quitté son armée pour venir à Paris, intriguer en faveur de Louis XVI , dont il avait pris la défense assez ouvertement. Il n'en fallait pas davantage pour se mettre à dos tous les jacobins : aussi ne manquèrent-ils pas de l'accuser à leur tribune, d'avoir laissé échapper volontairement l'armée autrichienne de la Belgique.

Marat soutenait dans ses feuilles, que c'était sa faute si l'armée française, après Jemmapes, n'avait pas envahi tout le pays ju3qu'au Rhin , et disait, avec raison, que Dumouriez n'avait trouvé de vigueur que pour sévir contre les patriotes de la Belgique; qu'au lieu de porter toute la Révolution dans ce pays, il n'avait voulu y opérer qu'une demi-révolution; qu'il était par conséquent la cause des difficultés que nos soldats y avaient éprouvées pour vivre, puisqu'ils n'avaient pu y faire prendre les assignats. Enfin^ onli|i reprochait d'avoir beaucoup contribué à désorganiser son armée et d'avoir forcé les volontaires à déserter pour ne pas mourir de faim, au milien d'an pays si riche.

TOMB lU.

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de Domoariea sVtait tronvée rétluile d*iin tiers; et avec les quarante mille lioninies qui loi reslaieiit y il n^avait pas cra élre à même de chasser Fennemi de TreTes et da Luxemboorg, où Clatr£iTt et Bcauiieu s'étaient retranchés.

Damoariti avait commis la (aote de laisser refroidir renthoosiasme de ses jeunes soldats ^ qui se débutèrent bien TÎte d^un état d*inaction, qui leur déplaisait d'aotant plus qulU étaient loin d*étre dans Tabondance.

U avait donc été nécessaire de diriger de grands renforts sur Tarraée de la Belgique; on les lui promit, ainsi que des approvisionnemens soflSsans; et il était -parti de Paris avec l'assurance que son ami Beurnon* ville, récemment nommé au ministère de la «[uerre* mettrait le plus grand zèle à le seconder. Hab il fallait du temps pour faire arriver en ligne les renforts décrétés.

En attendant Diimouriez entra en campagne avec environ cent mille combattans^ dont soixante- dix mille étaient sur la Meuse, et trente mille sur l'Escaut.

Y!iàée d'envahir rapidement la Hollande^ émise par le comité diplomatique, fermentait dans tontes les têtes j et ce projet était devenu tellement populaire que Dumouriei avait été entraîné à le mettre à exécution. En conséquence, il envoya sur la Meuse le général Thouvenot^ en qui il avait toute conBance, et ordonna aux généraux Valence et Miranda de bâter le siège de Maëslricht et de Venloo , et en cas de re-

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tard , de faire toujours des progrès vers Niinègtie» Oumoaries avait arrêté le plan de se porter rapidement entre fierg-op-Zoom et Bréda^ et d'arriver ainsi par le Moerdyk et les embouchures des fleuvea j usqu*à Leyde et Amsterdam ; de là il se proposait de prendre les défenses des ennemis à revers, et d'aller rejoindre ses lieutenans à f^imègue et Utrecht.

A. cet effet y il prit le commandement de l'armée d'expédition, et, le 17 février, il pénétra sur le territoire Hollandais, précédé d'une proclamation faiie dans les principes de la Convention : il promettait amitié et fraternité aux Bataves , et guerre seulement au stathouder et à l'influence anglaise.

Le début de la campagne de Dumouriez fut bril* lant. Avec une vingtaine de mille hommes seulement, qu'il avait repartis en plusieurs corps, il obtint des résultats prodigieux. Le général Berneron s'empara du fort de Klundert ; le célèbre général da génie d'Arçon fit capituler la place, réputée tré&« forte, de Bréda, où l'on trouva un matériel immense^ Gertruydenberg ouvrit ses portes à ce même général, après quelques jours de siège; et Dumoariez, avec le gros de ses troupes, était devant le Moerdjk, cherchant les moyens d'opérer son pas* sage sur l'autre rive. Des retards y qui tenaient aa défaut de moyen de transport, l'arrêtèrent quelque temps sur la rive méridionale : il avait été obligé de faire construire une fiotille pour opérer son passage y et pendant ce temps, ses soldats avaient bravé, avec le plus grand courage, les dangers, les privations et

le froid : ils campaient dans l'eau , n'ayant pour tout abri que des huttes de paille qu'ils avaient construites; ce qui leur avait fait donner le nom burlesque^ mais expressif de camp des Castors.

Etant enfin parvenu à se créer les moyens d'exécuter le passage du Bielbos^ et ayant été rejoint par la division du général Deflers ^ Dumouriez allait atteindre a Pautre rive, quand des revers éprouvés par l'armée qu'ilavaitlaissée sur la Meuse, l'arrêtèrent dans son excursion hardie , et chapgèrent l'état des choses.

La coalition contre la République française avait, elle aussi, fait de grands préparatifs pour la campagne de 1792, et déjà, deux cent soixante mille combattans étaient entrés en ligne , et allaient disputer aux armées françaises leurs faciles conquêtes. Plus de cent mille Prussiens, Autrichiens, Bavarois, Saxons, Hessois^ etc., s'avançaient sur le Rhin, depuis Baie jusqu'à Coblentzj trente mille Autrichiens et Prussiens occupaient le Luxembourg, et soixantedix mille autres se portaient sur la Meuse pour faire lever les sièges de Maëstricht et de Venloo, tandis que quarante-mille Anglais , Hollandais et Hanovriens arrivaient du fond de la Hollande et allaient se trouver en face de notre ligne d'opération.

Néanmoins Dumouriez ne doutait pas d'achever la conquête de la Hollande, où le peuple ne se montrait guère porté à soutenir le Stathouder. Mais il

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fallait pour cela que l'armée de la Meuse opposât une barrière insurmontable aux efforts que les ennemis allaient faire de ce côté , et qu'il pût être tranquille pour ses derrières. Malheureusement cette armée de la Meuse j quoique nombreuse en hommes^ était encore dans un état de désorganisation dont les ennemis profitèrent audacieusement; elle man«quait surtout de cette union dans le commandement et de cette confiance dans ses chefs indispensables à la guerre.

Elle se trouvait disséminée entre Aix-la-Chapelle^ le siège de Maëstricht, Liége^ Tongres^ etc.^ quand le prince de Gobourg^ qui avait pris le commaodemant de l'armée ennemie^ passa laRoër^ et se présenta à l'improviste devant Aix-la-Chapelle. Nos troupes^ attaquées subitement^ soutinrent cependant un combat assez meurtrier, dans les rues de la ville; mais elles furent obligées de ^e retirer en dé-» sordre sur Liège.

En apprenant ce revers, Miranda, qui commaur dait le siège deMaëstricht^ craignit d'être coupé du principal corps d'armée^ retiré sur Liège; il aban<»> donna non-seulement le siège ^ mais encore la rive gauche de la Meuse ^ et se retira sur Tongres , d'où iji fut chassé après un combat* Ce ne fût qu'avec bien de la peine^ et après avoir perdu un matériel immense, que toutes ces divisions, mises en fuite dans des directions diverses, parvinrent à se rallier à Tirlemont.

Grande avait été l'alarn^e répandue par les npQi-

breux fuyards. Les commissaires de la Convention dans la Belgique accoururent à Paris pour y faire intimer Tordre à Dumouriez de quitter sur-le-champ l'expédition de Hollande et d'aller prendre le commandement de l'armée de la Meuse. Cet ordre arriva à Dumouriez au moment ou il allait franchir le bras de mer qui le séparait du centre de la Hol-^ lande; et il dût, à son grand regret^ abandonner sa conquête, qui se trouvait compromise par les progrès de Fennemi sur les derrières de l'armée d'opération.

Ces événemens militaires s'étaient passés dans le mois de février; pendant oc temps ^ l'intérieur de la France avait éprouvé aussi des vicissitudes^ et la Convention nationale s'en était ressentie.

Après quelques jours de trêve entre les partis qui déchiraient son sein^ la lutte déplorable dans laquelle ils s'étaient engagés^ au grand préjudice de la chose publique qu'elle compromettait, avait de nouveau trquvé un aliment dans le décret rendu contre les auteurs et provocateurs des éternels massacres de septembre. Une députation des jacobins s'était présentée solennellement à la barre pour demander à la Convention le rapport de ce décret.

« C'est au moment où nous allons combattre tous les tyrans ligués contre nous, disait cette députation, que vous avez rendu un décret qui ordonne de poursuivre les prétendus auteurs des journées des

a et 3 septembre Représentans , ces journées sur

lesquelles on affecte de s'apitoyer éternellement^ ne

DE LA CO^VBIITIOZI NATIONALE. 4l

sont poiot telles qu'on se plaît a les reproduire. Le peuple ne savait-^il pas qùe^ pendant que le traître Louis allait efFectneb une secondé évasion , les scélé-' rats détenus à dessein dans les prisons par les tribunaux dontre-révolutionnaires y devaient en sortir tOQt«-à-^<x>up^ se joindre au^ chevaliers du poignard et égorger les patriotes? Pouvait-il surtout Voublier dans le moment où il voyait s'avancer contre lui soixante mille esclaves appelés par son ancien tyran ? Le premier mouvement dé ceux qui s'armèrent pour aller à la rencontre defirunswick fut de mettre leurs femmes et leurs enfans à Fabri de toute atteinte; ils se portèrent aux prisons^ punirent les conspirateurs f et mirent en liberté les iunocens : libres après cela de toute inquiétude , ils marchèrent fièrement à l'ennemi. Voilà les événemens qui ont donné lien aux aristocrates el aux modérés de calomnier le peuple de Paris Ils seraient déplorables, ces événemens^ dans un temps calme; mais au sein d'une Révo-* lution orageuse^ à la suite d'une insurrection sanglante, ne peut-on les excuser? Si la morale les réprouve, la politique les justifie; et, comme l'a dit un de vos membres, Isnard, les vengeances populaires sont un supplément au silence des lois.,. »

Les jacobins terminaient leur pétition, en demandant, non-seulement le rapport du décret qui ordonnait les poursuites, mais encore l'annuUation de celles qui avaient été faites, conformément à ce décret, contre une cinquantaine de leurs frères' àe Mcaux^ dont ils réclamaient la mise en liberté.

4a HISTOIRE

La proposition d'une amnistie pour les criines de septembre devait nécessairement exciter une tempête au sein de la Convention. Cette tempête éclata à peine la députation eut-elle cessé de parler. Albitte, Bourbotte, Poultier, BentaboUe, et plusieurs autres membres du côté gauche appuyèrent vivement la pétition, et demandèrent le rapport du décret. Mais l'Assemblée crut devoir passer à l'ordre du

jour.

Aussitôt de violentes réclamations se firent entendre contre cette décision précipitée. On demanda que la discussion fut continuée. Jean Bon-Saint- André ayant obtenu la parole, s'éleva avec chaleur contre la procédure, qu'il qualifiait d'impolitique. « Si l'on ne tirait le rideau sur les maux inséparables des grandes Révolutions, jamais, dit-il, aucune Ré^ volution ne serait possible^ jamais un grand peuple

ne pourrait arriver à la liberté Montrez-vous

grands et généreux^ faites, par esprit de patriotisme, ce que les rénseurs firent par esprit d'aristocratie. Ils accordèrent une amnistie, dans laquelle les contre-révolutionnaires de Nismes , de Montauban, etc., trouvèrent l'impunité de leurs assassinats médités, réfléchis, préparés avec lenteur : avec combien plus de raison ne devez-vous pas pardonner à des hommes dont les mains se sont^ il est vrai, souillées de sang , mais dont les intentions étaient pures.

ce Ce n'est pas, ajouta-t-il , que je regarde de sang froid ces tableaux déchirans qui font gémir l'humanité, la philosophie; mais plutôt que d'enlever des.

pères à leurs enfans, des enfans à leurs pères ^ ne vaut- il pas mieux couvrir leurs fautes d'un voile généreux? vous donnerez par là une grande preuve des sentimens philantropiques qui vous animent; après cette indulgence, vous arriverez à toute la se-» vérité des principes. Vous pourrez dire : nous avons pardonné ce que la Révolution exigeait,* mais à pré* sent toule tête pliera sous le joug de la loi. »

L'improvisation bienveillante de Saint - André avait produit d'autant plus d'effet, qu'il était étrau-* ger à ces meurtres; et l'Assemblée par lassitude, au^ tant que par les raisons déjà alléguées en faveur d'u-» ne amnistie, semblait disposée à jeter un voile sur le passé, quand Lanjuinais monta à la tribune pour s'y opposer vivement.

Lanjuinais, qui se faisait un mérite d'affronter les questions les plus irrascibles, et qui bravait les teiu* pétes, qu'il suscitait souvent par ses paroles aigris-* santés autant que courageuses, s'éleva contre les provocations au meurtre qui, dit-il, sortaient souvent des lieux d'où venait la pétition qui occupait l'Assemblée. « Il faut que les proscripteurs, comme les tyrans, rois s'écria-t-il, périssent sur l'échaffaud, ou fuient loin d'une terre qu'ils ont déshonorée aux yeux de la postérité, aux yeux de l'Europe. Il est connu que les listes furent dressées par des hommes en place; on sait par quels ordres les victimes furent amoncelées dans les prisons j on sait que les bourreaux salariés recevaient cent sous par tête; et des registres des sections , des registres de la commune ,

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portent eu ligne de compte le prix de ces forfaits... .. II est donc vrai que ce fût, non pas des émeutes , mais^des vengeances particulières^ non pas des violences inopinées, mais des complots, mais des proscriptions »

A ces mots la Montagne se lève en courroux : plusieurs voix se font entendre qui crient à Lanjuninais qu'il ment; mais il brave les fureurs qu'il excite, et continue à présenter des considérations en faveur de la mise en jugement des coupables. Il conclut en disant qu'il y va de l'honneur de la Convention et de la tranquillité de la République que les forfaits de septembre soient punis exemplairement.

Chabot répond à cette violente sortie , « non pas , dit-il, d'après des journaux infidèles, ainsi que Lanjuinais vient de le faire; non pas, ajoute-t-il, comme provocateur ou complice, ainsi qu'on l'en a accusé, mais CQmme témoin oculaire. » Il commence par déclarer que s'il y a des coupables, on doit mettre au premier rang Manuel, qui, par sa présence, semblait légitimer ces vengeances atroces.

« Vous voulez connaître les auteurs des massacres de septembre, continue Chabot; eh ! plût au ciel que vous le pussiez : s'il fallait les attribuer à des journalistes, ce ne serait pas aux jacobins, mais à Corsas qui les avait annoncés la veille ; qui avait dit que la commune de Paris avait sauvé la patrie en sonnant le tocsin qui fut le signal des massacres; qui, trois jours après, les avait vantés. Je dirai ce qu'il a confié au comité de sûreté générale, que Manuel et

DS LA COir^ElfTIO?! NATIONALE. 45

Pétion lui avaiedt conseillé de les vanter^ qu'ils lui avaient envoyé Farticle qu'il avait inséré dans son journaL Si ces massacres nous ont fait exécrer du cabinet de Saint-* James et des autres Cours, c'est que des journalistes les ont dénaturés, c'est qu'ils les ont présentés sous les couleurs les plus hideuses; et c'est ce que vient de faire de nouveau Lanjuinais

ce J'atteste, continuait Chabot, qu'à l'Abbaye il y avait pins de dix mille baïonnettes; je vous dirai que j'ai touché la main à plus de cent cinquante fé*dérés, que je les ai baignés de mes larmes pour les en détourner. Il faudra donc arrêter tous ces citoyens, aller les chercher dans les armées, dans les camps, en présence de l'ennemi; car moi j'en ai vu partir pour les frontières, aller se battre avec courage, et laver leurs mains dans le sang ennemi. Eh bien! or^ donnerez-vous des poursuites contre ces héros de Jenmiapes qui ont sauvé la patrie? Flétrirez-vous la mémoire de ceux qui sont tombés sur le champ de bataille? Citoyens, concluait Chabot, je vous laisse i ces réflexions et je demande Famnistie. »

Malgré ces raisons, le côté droit continua à s'opposer au rapport du décret; il s'ensuivit une séance des plus orageuses, dans laquelle se firent remarquer Salles, Grangencuve, Barbaroux, d'un côté ,Lamarque. Bourdon (de l'Oise), Duhem, del'autre. Enfin^ à force de faire et de combattre des propositions, des amendemens et des sous-amendemens, l'Assemblée, fatiguée d'avoir toujours à s'occuper des mêmes faits, décréta que la procédure serait suspendue.

46 HISTOnUS Dfe LA CONTENTION NATIONALE.

Au sortir de la séance, les jacobins se transportèrent chez le ministre de la justice, qui avait pro-^ visoirement le portefeuille de Tintérieur, et l'invitèrent à expédier des courriers extraordinaires pour annoncer la suspension ou plutôt l'annullation de toutes les procédures qui auraient pu être commencées. Leur but était de soustraire à une condamnation, qui aurait réjoui les ennemis de la Révolution, une cinquantaine de citoyens de Meaux , arrêtés à Foccasion de quelques désordres qui avaient eu lieu dans cette ville à cause des subsistances, et qu'on accusait, faute d'autres griefs, d'avoir égorgé en septembre.

C'était là un triomphe pour les jacobins, et la Montagne en était d'autant plus joyeuse, que, dans cette délibération, elle avait vu la Plaine voter en faveur de la suspension de la procédure, ce qui indiquait clairement que les députés du centre étaient dégoûtés de l'humeur taquine et de la vanité des girondins. Les montagnards croyaient que le moment était enfin arrivé de sacrifier tous les ressentimens personnels bu de parti sur l'autel de la patrie, et de faire tourner au profit de la chose publique toutes les volontés, tous les talens, toutes les forces de l'Assemblée.

G(S£PZTBJÎ EL

Subsistances. — Assignats. — * Demande du maximum. — Proclamation an peuple. — Agitations populaires. — Provocation de Marat. — Pillage des boutiques. — Accusation contre Marat. — Grands débats à son sujet.

Cependant^ les subsistances ne cessaient de donner à toutes les autorités les plus mortelles inquiétudes; les embarras des administrations et les craintes du peuple allaient toujours en augmentant : les plaintes et les désordres se succédaient de jour en jour; noti pas que la disette fut réelle^ mais parce que les marchés n'étaient plus approvisionnés : les fermiers et les cultivateurs redoutaient de porter leurs grains dans les villes où ils craignaient la taxe forcée; ils préféraient d'ailleurs garder leurs blés, plutôt que d'aller les échanger contre du papier^ qui n'avait plus aucune valeur fixe^ puisqu'il perdait tous les jours davantage. Néanmoins les efforts des corps ad-

ministratifs avaient jusqu'alors suppléé à l'inactivité du commerce; mais ce n'avait été qu'en faisant de grands sacrifices, et en employant des moyens qui n'étaient pas sans inconvéniens.

A Paris, par exemple, la commune perdait tous les jours 12,000 livres pour faire vendre le pain audessous du prix du blé et de la farine. Outre les abus qui résultaient de ce moyen, imaginé pour soulager la classe pauvre, et dont les riches profitaient amplement, il avait encore l'inconvénient de faire renchérir énormément les prix, et de déranger l'économie commerciale de la France , en isolant les communes entre elles, sous le rapport des approvisionncmens.

TJil autre motif de perturbation était dans lés assignats, dont le discrédit augmentait sans cesse; ce qui faisait élever à des prix exhorbitans toutes les denrées et tous les produits de l'industrie : comme le peuple et les employés ne recevaient toujours que la même valeur nominale pour prix de leur travail, et qu'il fallait nécessairement davantage de ce papiermonnaie pour se procurer la même quantité d'objets, les gens peu fortunés ne pouvaient plus atteindre aux denrées de première nécessité. De là résultaient âés plaintes continuelles et, par fois, des émeutes.

Un moyen facile en apparence de remédier à cet énorme inconvénient se présentait d'abord^à l'esprit : on se demandait pourquoi le gouvernement ne vetiait pas au secours des employés et des ouvriers , en augmentant les appointemens , en assignats, des em-

1>K LA COlfYfeirTIOll MATIONAtE. 49

plojés, et le salaire des ouvriers* A cette question, les députes qui s'occupaient de matières financières répondaient, que la Convention , conservant Tespoir de faire remonter les assignats au pair ^ elle ne devait pas elle-même frapper de mort cette valeur^ en la prodiguant et la dépréciant. Force était donc que le peuple et les employés s'arrangeassent comme ils le pouvaient^ pour ne pas porter atteinte à la seule richesse que la République possédât pour résister à la coalition des rois.

Le peuple aux abois ^ mais trop attaché à la Révolution pour s'en prendre à elle des maux qu'il endurait^ accusait sans cesse les aristocrates ^ les accapareurs^ les valets des ex-nobles, qui, disait-il^ étaient la cause de la disette factice dont souffraient les classes pauvres : dans sa mauvaise humeur, il deman» dait à grands cris, qu'une loi fit supporter une partie des pertes qu'il éprouvait journellement, aux riches, aux propriétaires, aux commerçans^ en un mot, il demandait la taxe des denrées de première nécessité, et qu'aucun fermier, aucun commerçant ne put vendre, le blé, le sucre, la chandelle, le savon, le café^ etc., au-dessus du maximum qui serait fixé.

Cette question était journellement agitée dans les sections, à la commune, aux jacobins et jusque dans la Convention, Les sections, où le peuple dominait, appuyaient vivement la taxe forcée, le maximum; les jacobins balançaient, parce qu'ils n'auraient pas voulu porter atteinte à la liberté du commerce : On voyait souvent les deux Robespierre, ïhuriot,

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