TOME III
Dubois-Crance , et plusieurs autres montagnards, défendre, à la Iribune des jacobins, le libre arbitre commercial.
La commune, toute de'vouéeau peuple, aurait bien voulu admettre la taxe; mais, cr^iirnant les résultats de cette mesure , elle résistait aux députations des sections qui venaient lui demander le maximum: alors les sections reprochaient aux municipaux d'être de connivence avec les accapareurs pour affamer le peuple. Chaumclte, Hébert, les calmaient; ils les engai^aient à se défier des agitateurs secrets qui voulaient perdre la liberté.
Uepoussées aux jacobins et à la commune, les sections allaient porter des pétitions à la Convention^ et les orateurs y tenaient un langage vif et pressant: ils ne venaient pas, disaient-ils, demander qu'on mit des entraves à la circulation des subsistances; mais seulememt qu'on mit un frein aux abus, dont proG-^taient seuls les agioteurs et l(*s monopoleurs.
(( Un de vos membres, rangé du côté prétendu philosophe, continuait l'orateur, s'est écrié qu'il était aflOigeant pour la liberté de voir arracher les grains au cultivateur; il a crié à la violation des propriétés ; mais on n'arrache pas ce que l'on paie à un prix raisonnable 1 Ils ne voient donc pas, ces prétendus philosophes , ces amis de la liberté absolue du commerce des grains , qu'eu arrachant le pain du pauvre ils n'enrichisseut que d'avides spéculateurs? Et qui ignore que dans le commerce des grains il existe des abus qu'il faut reprimer, si on ne veut
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pas que le petiple meure de taira ? Quelques-uns se sont proposé de faire des proclatnalions propres à éclairer le peuple. Mais est-ce avec des proclamation^ qu'on peut appaiser ceux qui ont faim? >>
Les sections demandaient^ par addition à la loi de septembre sur les subsistances, qu'il fut défendu à toute administration de se faire marchande; qu'il l'ut décrété pour h's j^^rains !ine nirsdre de capadté uniforme dans toute la République} que sous peine de six ans de fers pour la première fois, et de mort pour là seconde, il ne fût permis à aucun agriculteur ou. rnarchand, de vendre le sac de blé froment, du [îoids de deux cinquante livres^ plus de vin*{t-cinq livres le sa^c. D'autres députations de la commission des subsistances, avaient aussi été demander à la Convention des mesures analogues. Enfin , la Convention avait reçu jusqu'aux doléances des blanchissenses, qui avaient été se plaindre de ce qu'elles étaient obligée^ de payer trente sous le même savon qui n'en valait naguère que (quatorze. La Convention accueillait toutes ces demandes et ces plaintes d'une manière évasive; et elle croyait avoir fait beaucoup quand elle avait accordé les honneurs de la séance aux pétitionnaires.
We sachant quel remède trouver aux maux du peu. pie , elle eat recours à une proclamation solennelle pour tacher de faire cesser les troubles que les subsistances causaient, et pour ettipécher ceux qu'elles pouvaient provoquer encore. Cette proclamation > confiée à la rédaction des girondins, et présentée par
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Isnard, engageait les français à supporter avec courage et résignation les maux inévitables d'une guerre qui devait faire triompher la liberté, et donner au inonde une paix durable, assise sur la fraternité des peuples. La Convention y reprochait durement aux riches leur égoïsme.
« O vous^ hommes opulens, disait- elle, qui, plus égoïstes que républicains , ne soupirez qu'après le repos ! pour obtenir la paix , aidez-nous à vaincre. Si , amollis par Tosiveté, vous ne pouvez supporter les fatigues de la guerre, ouvrez vos trésors à l'indigence , et présentez des défenseurs qui vous suppléent....; L'or est-il donc plus précieux que le sang? Refuseriez-vous des secours pécuniaires?... La liberté ne peut périr que la fortune publique ne soit anéantie et la France bouleversée. Si l'ennemi triomplie , malheur à ceux qui auront des torts envers la patrie ! Riches^ remplissez vos devoirs envers elle, si vous voulez qu'elle soit généreuse envers vous. Trop souvent on n'est victime que parce qu'on' a refusé d'être juste. Quelles que soient vos opinions, notre cause est commune; nous sommes tous passagers sur le vaisseau de la Révolution : il est lancé , il faut qu'il aborde, ou qu'il se brise. Nul ne trouvera de planche dans le naufrage. Il n'est qu'un moyen de nous sauver tous. Il faut que la masse entière des citoyens forme un colosse puissant, qui, debout devant les nations, saisisse d'un bras exterminateur le glaive national , et le promenant sur terre et sur mer, renverse les armées et les flottes, Sociétés populaires ,
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romparls de la Révolution, voas qui enfaotâtes la liberté et qui veillez sur son berceau , créez lui des défenseurs; par vos discours, vos exemples; imprimez un grand mouvement, et élevez les âmes au
plus haut degré d'enthousiasme! »
C'était avec ce langage , si propre à exciter l'cxhaltation patriotique, que la Convention parlait au peuple français , qu'elle lui faisait oublier ses maux présens, et qu'elle obtenait de lui tous les sacrifices qui étaient en son pouvoir.
Mais si le véritable peuple , toujours généreux , se résignait à souffrir toutes les privations pour la cause sainte qu'il avait embrassée, une classe, la plus ignorante et par conséquent la plus fanatique^ se mêlait trop souvent, dans quelques sections, aux anciens valets de la noblesse^ aux domestiques des émigrés, toua oisifs dangereux, pour agiter la ville de Paris par des menées eu sens contraire. Tous les jours, quand le peuple s'était retiré, ces deux classes extrêmes s'emparaient de l'arène, et y luttaient violemment. Les partisans de l'aristocratie, se cachant derrière l'opposition des girondins, travaillaient eu faveur de l'ancien régime et de l'étranger : ils accusaient la Montagne, les jacobins et la commune d'être la cause de la disette , et des malheurs publics ; ils excitaient des adresses contre septembre y contre les mesures demandées par le peuple, et contre la Convention elle-même ; Ils provoquaient ainsi des querelles, des rixes et des agitations. Les jacobins leur
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rdporitlaienl en reprochant aux girondins de s'entendre avec les riclies, avec les accapareurs et les agioteurs pour affamer le peuple, et le porter à des émeutes, afin d'avoir un prétexte pour demander de nouvelles lois martiales. Ils faisaient, de leur coté, des pétitions contre les aristocrates, contre les accapareurs, et même contre ceux des membres de la Convention qu'ils désignaient sous le nom à*appelans.
L'autorité ne savait plus quels moyens employer pour prévenir les grands désordres dont la ville de Paris était menacée, à cause du haut prix des denrées. Le minisire de l'intérieur venait souvent à la tribune de la Convention pour tacher de diminuer les craintes: Il affirmait que les subsistances de cette immense cité étaient assurées pour long-temps, au moyen des approvisionnemens qui existaient dans la ville et dans les environs : en même temps , il demandait à la Convention, qui s'empressait de l'accorder, un secours de 7 millions, destiné à continuer les achats et à soutenir le prix du pain au taux auquel il avait été conservé par les sacrifices déjà faits pour cela.
Mais si, par ces énormes pertes, la commune pouvait faire vendre le pain à bas prix , il lui était impossible de réduire le prix du sucre, du café, de la chandelle ^ du savon et d'une infinité d'autres objets d'un usage journalier. Les jacobins avaient bien pris l'engagement de se passer de café et de sucre, afin d'en faire tomber le prix; mais ce moyen, tout impuissant qu'il était d'ailleurs, ut^
convenait ^uèrc au peuple de Paris, si tenace dans ses habitudes, et qui souffrait beaucoup des privations qu'il était obligé de supporter.
Les femmes, surtout, toujours plus promptes à s'alarmer et à s'exhalter, étaient dans une agitation permanente : Elles faisaient retentir les marches de leurs plaintes et de leurs imprécations contre les ac-* capareurs.
Le 22 février, une députation de ces femmes des halles avait été envoyée aux jacobins pour leur de-* mander leur salle, dans laquelle elles voulaient pren*' dre des déterminations relatives à la cherté des sub-^ sistances. Leur but était de rédiger une pétition pour demander la taxe des denrées de première nécessité^ et d'aller ensuite la porter en corps à la Convention. Les jacobins ayant refusé d'adhérer à leur demande^ elles se retirèrent furieuses, et les traitèrent eux aussi d'aristocrates. Les tribunes, remplies de personnes qui voulaient le maximum ^ s'emportèrent jusqu'au point d'insulter la société: à bas les accapareurs! à bas les aristocrates! lui criaient-elles : Le président des jacobios fut obligé de se couvrir. On attri*^ hua à des aristocrates déguisés la scène scandaleuse qui venait d'avoir lieu; car c'était toujours ainsi qu'on clierchait à expliquer les désordres^ qui sou-?vent n'étaient dûs qu'aux circonstances et aux mauvaises dispositions du peuple.
Dans cette occasion , les chefs des jacobins continuèrent à s'opposer au projet d.e la taxe forcée. Dubois-Grancé , ïhuriot et quelques! autres prirent
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la pcirole^ dès que le tumulle causé par les femmes fût appaisé^ pour recommander au peuple la patieoce et le calme , afîa de ne pas fournir à ses adversaires des prétextes de le calomnier et de demander des lois sévères , dont la liberté aurait à gémir. Robespierre parla dans le même sens^ et rejeta sur les contre-révolutionnaires les excitations au désordre qui se manifestaient partout, a Remarquez, dit-il^ qae c'est au moment où nous avons à nous défendre contre tous les tyrans coalisés que les contre-révolutionnaires cherchent à les seconder à l'intérieur. C'est à ce système de conspiration que tiennent les troubles déjà excités et ceux qu'on veut occasionner sur les subsistances ; c'est à ce même système qu'est liée la rentrée des ennemis que nous avons chassés de notre sein^ et qui ^ favorisés par nos agitations ,
se proposent de rentrer pour le déchirer »
Deux jours se passèrent dans cette crise. Le troisième^ Murât qui n'avait cessé de crier, dans sob journal, contre les accapareurs , les monopoleurs , les marchands de luxe , les riches aristocrates , fe« robinocrates j etc. , écrivit et publia ,^ le aS au matin^ que jamais l'accaparement ne cesserait^ si on n'employait pas des moyens plus efficaces que ceux adoptés jusqu'alors. « Quand les lâches mandataires du peuple, disait ce démagogue éhonté, encouragent au crime par l'impunité, on ne doit pas trouver étrange que le peuple, poussé au désespoir, se fasse lui-même justice. Laissons là les mesures répressives des lois ; il n'est que trop évident qu'elles ont toujours été et seront toujours sans efFet.
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« Dans tout pays oh les dmits du peuple ne sont pas de vains titres consignés fastueusement dans une simple déclaration , le pillage de quelques ma^ gasins, à la porte desquels on pendrait les occupa^ reurs , mettrait Jin aux malversations »
Soit que les paroles provocatrices de ce fou atrabilaire eussent été entendues du peuple, soit que l'irritation contre les marchands fut arrivée à son dernier point^ cette journée se passa dans la plus grande agitation ; dés le matin une multitude de femmes , tumultueusement assemblées au marché des Innocens^ se lamentaient sur le prix des denrées : un peu plus tard^ elles se précipitèrent dans les boutiques des épiciers de la rue des Lombards y et de celle de la vieille Monnaie, où se trouvaient les magasins de répicerie en gros , et demandèrent à grands cris que le prix des objets de première nécessité fut réduit au taux ordinaire. Les marchands intimidés, et ayant tout à redouter de la fureur populaire , se soumirent à toutes les conditions qui leur furent imposées; ils distribuèrent le sucre, le savon, la chandelle, et beaucoup d'autres objets au prix fixé par les consommateurs eux-mêmes, qui commencèrent par en pajer exactement la valeur réduite ; mais bientôt les hommes de rapine que Paris renferme toujours dans son seiii , accoururent sur les lieux , et la vente forcée ne fût plus qu'un pillage.
Par malheur, ce jour là, le commandant général de la force année, Santerre, se trouvait à Versailles pour l'orginisation d'un corps de gendarmerie , et
le maire s'était d'abord borné à envoyer sur les lieux des survelllans et des commissaires de paix; mais apprenant que le trouble augmentait, il s'était réuni au parquet de la commune, et tous ensemble avaient fait battre la générale , non sans éprouver beaucoup d'opposition de la part du peuple.
Il était nuit quand la force armée fût sur pied : do nombreuses patrouilles se transportèrent aussitôt dans les quartiers menacés; elles y furent mal reçues: de tous cotés on cria à bas les baïonnettes! Repoussés d'abord, la garde nationale et les fédérés, s'étaient enfin rendus maîtres des rues occupées par le peuple ; mais les attroupemens n'avaient été dissipés que bien avant dans la nuit; ce qui n'était guère ordinaire à Paris , où les liabitans ne savent pas se désheurer.
Pendant que ces désordres avaient lieu , les jacobins étaient rassemblés. Les chefs faisaient tous leurs efforts pour calmer le peuple; ils cherchaieut à rejeter sur les aristocrates les excès déplorables de cette journée ; mais les tribunes leur repondaient qufe le peuple s'était fait justice lui-même , ne pouvant l'obtenir de la Convention , et qu'il n'avait fait que taxer à bas prix les denrées que la cupidité des marchands avait fait monter si haut. Toutes les fois qu'on parlait de pillage, elles s'écriaient que c'était faux; que le bon peuple de Paris n'avait pas pillé ; qu'il avait payé tout ce qu'il s'était fait livrer.
Kobespierre , tout en conseillant la tranquillité soutînt que le peuple était impeccable; que, si on
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ne l'égarait pas, il ne dévierait janiaij du droit cho* min^ que dans celle drconstatice ^ qu'il déplorait. plus que tout autre, le peuple avait eu de la cous* cience, et qu'on ne devait attribuer les graves désordides qui venaient d'avoir lieu et Finfârae pillage exercé par quelques brigands, qu'aux aristocrates, qu'à ceux qui avaient intérêt à représenter le peuple de P«iri$ souillé de crimes. U ajoutait qu'il avait entendu lui-même dans le tumulte, des voix s'élever contre la Montagne, dire du bien du coté droit , et plaindre le roi mort, et que par conséquent il ne devait pas y avoir de doutes sur les véritables insti^ gateurs qui avaient égaré le peuple.
Maral lui-même fiit aux jacobins pour conseiller le bon ordre, et blâmer le pillage, (ju'il avait prêché le matin: il disait, pour s^excuser, que l'opinion qu'il avait émise n'était qu'un ventilage qu'il ne fallait pas prendre à la lettre. Au Teste , lui aussi im* puta aux royaliste^ et aux girondins les désordres de la journée , et lui aussi reçut du peu pie ^ qui occupait les tribunes et remplissait la salle , des marques de mécontentement ; car le peuple voulait bien étrerauleur de la taxe des denrées, mais il s'indignait quand il entendait dire qu'on avait pillé , et soute* nait que cette imputation était un mensonge , uno calomnie.
Le lendemain il j eut, à la Convention, une séance très orageuse. Elle commença par Tarrivce d'une députation de la section de Boucouseil, qui se présenta pour déclarer à l'Assemblée combien les évé-
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nemens de la veille avaient pénétre de douleur tous les bons citoyens, u La loi a été violée, dit l'orateur; des agitateurs , payés par les ennemis de la République, ont cherché à exciter le peuple. Le peuple, en cédant aux influences perfides de ces aristocrates déguisés , n'a cependant commis d'autres excès que celui de taxer à vil prix des denrées que la cupidité
des marchands a fait monter si haut Les auteurs
de ces manœuvres n'ont d'autre but que de présenter les habitans de Paris comme les partisans de
l'anarchie et du désordre La République saura
que les vrais amis de la liberté ont été indignés de la violation des propriétés; elle saura qu'ils ont juré de se réunir tous pour les défendre... • »
Cette déclaration, que les membres du coté gauche voulaient renvoyer simplement au comité de sûreté générale, provoqua une, vive discusion. Barrère monta à la tribune pour demander la poursuite des auteurs et instigateurs des désordres de la veille. Après avoir déploré les honteuses altérations de la foi commerciale qui avaient eu lieu , et cette immorale et froide violation des propriétés qui , disait-il , mettait en danger l'ordi^e social, il rappelait l'Assemblée aux principes éternels de toutes les sociétés. M JMous faisons une révolution d'hommes libres, s'écria Barrère , et non celle de brigands. Plus nous sommes eu Révolution , plus nous devons jeter dans cette tourmente politique les deux seules ancres qui retiennent le vaisseau de l'Etat; l'ancre des propriétés et l'ancre de la morale publique
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« On a commencé hier, continuait-il , par violer froidement des propriétés auxquelles le luxe, et peut-être aussi l'avidité commerçante^ a mis un haut prix : hier on a pris des denrées coloniales ; demain on pi*endra des propriétés plus nécessaires ; bientôt des biens plus précieux seront ravis , car toutes les propriétés se tiennent : c'est une chaîne dont le législateur ne doit pas laisser briser un anneau par la violence , Tusurpation ou le crime. Si nous voulons la liberté; ne la laissons pas déshonorer à sa naissance
« Je sais que le peuple est bon, et que livré à luimême, il revient aux idées d'ordre et de justice que la nature a placées dans tous les cœurs ; mais quelques intrigans l'égarent ; le parti de l'étranger le tourmente et l'inquiète; de faux et exagérés patriotes perpétuent ses erreurs ou nourrissent ses inquiétudes ; des émigrés rentrés parmi nous lui donnent des mouvemens de révolte... Ces troubles étaient annoncés; et si je voulais salir ma bouche des paroles d'un journaliste atroce ou insensé, trop connu parmi nous pour que je veuille le nommer, vous verriez que, sans être sorcier ni prophète, on pouvait présager ce qui vient d'arriver. »
Barrère attaquait ensuite les hommes qui prêchaient la loi agraire, et qui voulaient , disait-il > légitimer le vol comme à Sparte. « Sans doute , reprenait-il , nous parviendrons, par la vente des biens nationaux, par celle des biens des émigrés en petites portions , par la distribution d'une partie de ces terres aux ré-
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compenses nationales pour les armées de la libcfte ; sans doute en creusant des canaux , en ouvrant des routes, en imposant les riches , en partageant é^'ftlement les successions, en ranimant notre industrie , en ravivant nos manufactures, nous parviendrons à ne pas laisser un citoyen sans propriété , et sans moyens assurés de subsistances; mais ce n'est pas p^r des violences publiques, par des excès déslionôrans,
que l'équilibre des propriétés peut s'établir m Bar-
rère terminait son discours en proposant les mesures que les circonstances exigeaient, parmi lesquelles il indiquait l'arrestation et la punition des auteurs ( t instigateurs des désordres.
Salles appuie Barrère: «Je n'ai rien à ajouter, ditil^ aux excellentes raisons qu'on vient d'énoncer pour prouver qu'il faut que les auteurs et instigateurs des troubles soient rech(îrcliés; mais je viens dénoncer un de ces conseillers pervers; c'est Marat : Marat qui, dans son journal d'hier, excitait au pillage et au meurtre.» Salles lit les passages de la feuille de Maral^ que nous avons déjà cités, et excite un mouvement presque général d'indignation : un grand nombre de membres se lèvent spontanément, et demandent le décret d'accusation contre Marat.
Celui-ci s'élance à la tribune et y reste cramponné, pendant qu'un membre lit le numéro du journal dénoncé par Salles. « Il est tout simple, dit-il, 'éprè» celte lecture, qu'une faction criminelle... »
En disant ces mots, Marat indiquait le côté droit de l'Assemblée } mais ce coté l'interrompit par de vio-
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leiis murmures. «Je dois à TAssemblée la vérité toute nûe, reprit Marat^ elle fait peur à ce côté; mais on l'entendra malgré leurs cris »
« Il est tout simple, répète-t-il, qu'une horde ennemie de la liberté, cette horde qui a conspiré pour sauver le t^ran, qui voulait appeler la {guerre civile dans la République, ne voyant plus de salut pour elle que dans une contre-révolution , vienne me dénoncer à cette tribune et demander un décret d'accusation contre moi, pour avoir abusé de la liberté des opinions, et avoir proposé, dans un de mes ouvrafjes, de laisser au peuple le seul moyen qui, dans le silence des lois, puisse le sauver.. •• »
— w En faut-il davantage, s'écrie- t-on ? Aux voix le décret d'accusation! » — Et l'Assemblée presque entière se lève en signe d'adhésion.
Néanmoins Marat continue; il dit que les mouvemens qui ont eu lieu à Paris sont l'ouvrage d'une faction criminelle et de ses agens; que c'est elle qui envoie dans les sections des émissaires pour y fomenter des troubles; que la faction Roland existe encore; que c'est elle qui a fait demander, par des séditieux, des mesures désastreuses; « et parce que, dans l'indignation de mon cœur, ajoute-t-il, j'ai dit qu'il fallait piller les magasins des accapareurs, et pendre ceux-ci à leur porte, seul moyen efficace de sauver le peuple, on ose demander contre moi le décret d'accusation. »
Marat venait d'exciter un mouvement d'horreur. De toutes parts on demandait le décret d'accusation
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contre lui : on s'écriait qu'il ne fallait pas le laisser sortir que le décret n'eût été prononcé. Et lui, impassible au milieu du tumulte qu'il venait d'exciter, descendait de la tribune en riant, et en faisant entendre ces mots : Les cochons! les imbéciles!
Une morne stupeur avait succédé \ la tempête. On avait demandé que la discussion fut fermée, et qu'on n'entendit plus que ceux qui voudraient défendre Marat. Quelques montajo^nards avaient accepté^ le défi, non pour défendre l'homme, mais la liberté de la presse et des opinions. — « Je ne veux point de défenseurs, s'écriait Marat; c'est ici une manœuvre de la cabale qui poursuit la députation de Paris. Ils veulent m'écarter de l'Assemblée, parce que je les importune en surveillant leurs complots. Quant au décret d'accusation, vous ne pouvez le rendre contre moi, puisque vous avez décrété la liberté des opinions : je demande, au contraire, un décret qui envoie les hommes d^ Etat aux petites maisons.»
Carra soutînt que la liberté de la presse ne pouvait excuser Marat, parce qu'il avait provoqué au pillage. « Je ne donne point à Marat, dit- il , l'intention formelle d'avoir voulu faire le mal; mais il a été au moins égaré, et je dois dire que son égarement est continuel. Marat est crédule, et par ses emportcmens il fait tort à ses amis; il jette de la défaveur sur la Montagne^ où je connais d'excellens patriotes. »
Carra demandait le renvoi de la dénonciation au comité de législation, qui était déjà saisi de plusieurs
pièces contre Marat. Celui-ci réclama contre la proposition de Carra ^ dont les commentaires perfides , dit- il, ne tendaient à rien moins qu'à conduire à Féchaufaud les meilleurs patriotes : il soutint que ce qu'il avait écrit n'était qu'une opinion ventilée qu'il avait le droit d!émettre.
Buzot combattit le décret d'accusation contre Marat par des moyens machiavéliques, w Un grand inconvénient est attaché 9 dit-il, aux décrets d'accusation portés avec précipitation^ c'est qu'ils sont souvent illusoires. Que ne s'en suivrait-ii pas contre la Convention, si elle décrétait d'accusation monsieur Marat , et que monsieur Marat fut acquitté par le jury de Paris? Quand le jury de Paris a déchargé de toute accusation Lacoste, Dufresne Saint-Léon et d'autres personnes de ce genre, ne pourrait-on pas espérer la même faveur pour mon^ sieur Marat? D'ailleurs la loi n'est pas positive; et n'avez-vous pas entendu dire à cette tribune qu'il Mlait quelquefois suivre les lois révolutionnaires,
et s'écarter de celles de la justice? Marat est
excusable; il n'a écrit dans son journal que ce qu'on a dit à cette tribune, que ce que vous avez déjà entendu.... » — « Que ce que vous avez fait vous-même, s'écrie Marat. » Et profilant de l'interruption causée par les murmures, il renouvelle sa demande d'envoyer aux petites maisons les hommes (VEtat qui ont provoqué le décret d'accusation contre lui. — « Tais toi, imbécile, » lui crie Thomas.
Cliâteauneuf-Randon propose de mettre aux voix