TOME III
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le projet de Barrère, qu'il trouve infiniment sage, et qu'on ne s'occupe plus de personne. — « Fermez Ja discussion , s'écrie le côte gauche. »
Mais Bnzot continue en ces termes : a Je dis que le décret d'accusation est impolitique et dangereux : impolitique, parce qu'à la faveur de la liberté illimitée de la presse ^ Marat serait acquitté de toute accusation ; dangereux, parce qu'il donnerait de l'importance à un homme qui n'agit pas par lui*méme^
mai$ qui est l'instrument d'hommes pervers »
Une explosion de murmures de la gauche couvre, en cet endroit, la voix de l'orateur. — «Voilà encore les calomnies de Buzot, s'écric-t-ou. » — a En voilà assez! la proposition de Barrère aux voix! » — K Je demande , dit Boyer-Fonfréde, la question préalable sur le décret d'accusation, et que la Convention se borne à déclarer à la France , qu'hier Marat a prêché le pillage, et qu'hier au soir on a pillé. » Penières veut que Marat soit déclaré fou. Plusieurs autres membres font des propositions analogues; Bancal propose qu'il soit enfermé comme fou dangereux. Thirion veut en vain prendre la parole pour défendre Marat, les cris continuent, et pendant quelque temps encore le tumulte empêche le président » Dubois-Grancé , de mettre aux voix les diverses propositions.
Profitant enfin d'un moment de calme, Boileau demande qu'on aille aux voix sur le décret d'accusation par appel nominal, afin, dit-il^ que l'on connaisse les amis de Marat et les lâches qui craignent
DE LA CONVENTION NATIONALE. $j
de le frapper. — « Eh bieni Tappel nominal^ s'écrie
Bazire; on connaîtra leâ contre-révolutioanaîres. »
Marat insiste pour avoir la parole, a Je croyais^
dit-il 9 qu'il y avait un peu de pudeur dans cette As-
semblée; je ny trouve ni pudeur^ ni justice n
De Tiolentes apostrophes interrompent Marat , qui s'ëcrie : « Eh bien! je provoque moi-même le décret d'accusation contre moi^ pour vous couvrir d'infamie Décrétez-moi d'accusation; niais en lnéme
temps décrétez comme fous tous ces Messieurs le^ hommes d'Etat; d Marat descend de la tribune eil répétant : ce les hommes d'Etat I ah! les hommes
d'Eutl H
Cette séance si longue^ si tumultueuse , avait beaucoup fatigué l'Assemblée, et de toutes parts on demandait à aller aux voix sur le décret d'accusation. Mais Tallien, Bazire et quelques autres membres de la Montagne soutenaient vivement que la Convention n'avait pas le droit de décréter d'accusation un de ses niembres : Tallien surtout nf cessait de combattre cette proposition ; il s'était emparé de la tribune, et ne voulait pas eh descendre : a Je demandé à prouver, s'écriait-il, que vous ne pouvez décréter un de vos membres d'accusation^ avant qu'un tribunal ait fait une procédure. » — « Ce sont les homtiiès de V appel au peuple y disait en riant l'affreux Marat, qui veulent assassiner F ami du peuple! »
Féraud propose une rédaction d'après laquelle l'Assemblée aurait passé à l'ordre du jour, motivé sur ce que \ei provocations au crime sont Soumises à l'àc-
6S HISTOIAB
lion de la justice^ et aurait en même temps chargé le ministre de la justice de faire poursuivre les auteurs et instigateurs des événemeos. — « Aux voix celte rédaction! s'écric-t-on du côté gauche.»— M>iis aussitôt Meaulle annonce qu'il a une autre rédaction à proposer : Il demande que la Convention délibère sur la dénonciation qui lui a été faite d'un écrit de Marat relatif au pillage qui a eu lieu^ et qu'elle la renvoie aux tribunaux ordinaires^ avec injonction au ministre de la justice d'avoir à faire poursuivre les auteurs et instigateurs de ces délits. Marat s'écriei que c'est une scélératesse. Vergniaud soutient que là rédaction de Meaulle doit avoir la priorité; et l'Assemblée l'adopte enfin à une très-grande majorité.
La délibération sur les propositions de Barrère allait être reprise, quand Lasource demanda qu'on mit à l'ordre du jour le projet de loi sur les émigrés. «S'il y a eu des troubles^ dit-'il, ce sont les émigrés qui les ont excités, et en voici la preuve t Hier on a remarqué dans les groupes des hommes qui excitaient le peuple, et qui disaient : Lorsque nous avions un roi y nous étions bien moins malheureux qvLa présent que nous en avons sept cent quarante^ neuf. Des inconnus disaient ailleurs : Ceux qui ont voté la mort du roi y danseront bientôt à leur tour*, 11 est donc notoire que les émigrés et les cours de Berlin et de Vienne ont été la cause de ces troubles.»
Chambon se plaignit de ce que le commandant de la garde nationale n'était pas sur les lieux. Recom-
mençant l'attaque contre les journaux et contre la société des jacobins, il excita un nouveau tumulte.
Jean-Bon-Saint-André dit qu'on ne pouvait se dissimuler ^ si Ton était de bonne foi, que les troubles de Paris n'étaient pas des faits isolés, mais qu'ils tenaient à un plan de conspiration générale; et il cita à r^ppui de son opinion les troubles royalistes dont la ville de Lyon venait d'être le théâtre. « Dans toutes les parties de la République, dit-il, les troubles ont eu la même cause; ils n'ont été excités que pour empêcher le recrutement de l'armée, et pour fomenter des désordres au sein même de la Convention^ en lui suscitant des embarras.
Buzot chercha à démontrer que la source du mal était dans les fonctionnaires qui ne faisaient pas leur devoir. Albitte crut devoir prévenir une nouvelle tempête en demandant que l'Assemblée s'occupât de la loi sur les émigrés : « Gela vaudra mieux, dit-il, que d'entendre des discours qui ne sont propres qu'à semer le trouble.» Et l'Assemblée , pressée de mettre un terme à une séance aussi fatiguante, adopta les propositions de Barrére.
OSAPZTEE ZT.
Faction de l'étranger. — Th>ubles qu^elIe excite. — Mesures contre ses agens. — Projet de constitution avorté. — Proposition contre les tffpeUu^. r- Projet d'une garde conventionnelle. — Nouveaux débats à ce sujet. — Colère des Jacobins à l'occasion des revers en Belçique.<r- Déclaration de guerre confre FEspagne. — Situation de la Fnmce. — Sa grandeur dans le danger. — Mesures énergiques.
Quoique la Mqntagne abusât souvent du droit qu'elle savait d'accuser la facticm de l'étranger de tous les désordres qui éclataient dans la République^ il n'en était pas moins vrai que cette faction ennemie se faisait appercevoir dans^ surtout depuis l'ouverture de la campagne. Unie d'intention et d'efforts avec la coalition des rois ^ on était sûr d'avance qu'elle chercherait à profiter des dispositions turbulantes du peuple pour agiter l'intérieur^ toutes les fois que les ennemis de la France menaceraient ses frontières.
HISTOIBE DB LA COHVCNTION NATIONALE. yi'
Les troubles de Paris n'avaient pas ëtë isoles^ et ainsi que l'avait dit Jean Bon-Saint-André , ils tenaient à un plan général do conspiration. Tandis que les armées alliées faisaient leur mouvement offensif, les aristocrates et leurs agens de l'intérieur^ se prévalant de la faiblesse du gouvernement^ ayaient aussi essayé de porter quelques coups à la république. Désespérant de l'attaquer de front , ils s'étaient attachés à la miner par des secousses intestines.
A Montbrison , les aristocrates avaient excité une émeute , pour faire incendier les maisons des deux députés à la Convention^ Dupuis et Javoque , qui n'avaient pas craint de condamner le roi ^ malgré les lettres menaçantes qu'ils avaient reçues. A Amiens^ des prêtres frappés par la déportation , étaient tout à coup reparus pour provoquer dea troubles. Dans beaucoup d'autres endroits , des émigrés , rentrés avec de faux passeports^ avaient suscité des agitation». Il était peu de villes ou de contrées que les royalistes n'eussent récemment cherché à travailler dans uo sees contro-révolutionnaire.
Adfiis c'était à Lyon^ surtout ^ que les infâmeç agens ds l'étranger s'étaient montrés avec plus d'audac^ guq jamais* Ils avaient détruit le club central où s^ féqqissaient les patriotes , brûlé se$ archives^ enlevé les bustes de la liberté et de Jean- Jacques^ inpepdié l'arbre de la liberté de la placQ des Terreaux^ ^t mis en fqite 1q$ républicainis. Le tribvinal, du district avait été obligé d'interrompre s^es séances , et s^s no^mbres ^ forcés 4^ ^Q réS^f^m ^ 1^ M^M*^^"*
7^ aiSTOIBE
eommune; enfin, les portes de l'arsenal et de la poudrière étaient tombées entre les mains des aris-; tocrates. Enconra<;és par ces succès , ils s'étaient en>parés des sections, en avaient chassé les patriotes^ et avaient nommé un maire de leur cboix.
Ces nouvelles alarmantes étaient arrivées à la Con-i vention au moment où Paris lui causait aussi les plus grandes craintes.Tallien^ chargé de présenter des mesures propres à arrêter la contre-révolution à Lyon, s'en était acquitté avec cette rigueur qui caractérisait les membres qui siégeaient à la Mon-* tagne.
« Empressez-vous, ciloyetis , disait-il dans son rapport, empressez- vous, de voler au secours des patriotes opprimés; donnez-leur les moyens de terrasser les ennemis de la Révolution dont ils sont environnés; craignez que cette étincelle contre-révolutionnaire ne se communique aux autres parties de la République. Dans le moment où nous allons de toutes parts être attaqués par les ennemis extérieurs, il faut anéantir ceux de l'intérieur ; car vous ne pouvez pas vous dissimuler que tous ces mouvemens n'aient entre eux une extrême connexité. Ce sont les agens des cours de Londres , de Berlin, de Madrid, devienne, qui partout excitent ces désordres: ce sont leurs machinations infernales qu'il faut détruire. Déployez une grande sévérité contre ces hommes qui ïie respirent que pour renverser la liberté , et pour réédifier sur ses débris, le tronc du despotisme.... » * Tallien proposait , et la Convention adopta suf^
DS LA COUYENtlON NATlOffALI* 7^
]e-champ^ l'envoi à Lyon ^ de trois commissaires pris iUns le sein de l'Assemblée et investis des plus grands pouvoirs^ ainsi que l'acheminement sur cette ville de forces suffisantes pour y rétablir le bon ordre.
La Convention avait du prendre en même temps des disposilioûs nouvelles contre les émigrés et les agens de l'étranger , qui se montraient partout. Ëile ordonna des visites domiciliaires dans toute la France j renouvella l'obligation des passeports pour tous les voyageurs; enjoigoit aux aubergistes et logeurs de déclarer exactement les étrangers logés chez eux, et leur prescrivit d'afficher les noms de ces étrangers sur les portes de leurs maisons.
Un recensement de toutes les sections de Paris, avait aussi été décrété , sur la proposition de Barrère, et on s'en occupa immédiatement, afin d'en extraire toutes les personnes sans état et sans aveu, pour les employer activement à la défense de la République. Beaucoup d'arrestations furent faites ; mais les interrogatoires ne produisirent pas les preuves qu'on en attendait sur les provocations des contre - révolutionnaires.
Cependant Paris n'était pas tranquille. Les jacobins, les sections s'agitaient; ils ne trouvaient pas la Convention assez démocratique ; ils avaient hué le projet de Constitution lu à la tribune par Condorcet , et injurié ses auteurs, Pétion, Sieyes, Conilorcct, Thomas, Payue, etc. La Montagne s'était
b/tï^ét ait ce qa'oo 1. 1 oâé impii—r a 1» amie de ce projet ^ W Tœo pocrr rétablLmciaeiit de» deux ckaonbccs ; ow divwoo Tiolente /es était soi^. Daci» a^ait esioré d^cspbqoer qall B^xTait pas «^ qoestioD des deox 'chambres dans cette opinioa j itaffmoée a la ssîte do pro{ety maâs mitiiiiii de la di>îsîoB do GorpsJ^egislatîf en deux seciîoBS. Cette distiDCtÎDo trop puérile^ atraii excite de ^ie^leos momiures de la gaocbe : on s*élaît écrîr cpie les girondins Tooiaient ramener la repréaentatioB nationale au temps des Lameth y des Bévisemn. Barrére y suivant son balHtode s'était interpose c&* tre les partis : il aTait expliqué commeol Top»nion qui occasionnait ces débats n'avait élé ajoniée ao projet de G>osti lotion que comme vw/ÛNeAr, « A Borne ^ dit Rirrère, ep terminant son l<m^ exposé des motifs qui avaient guidé le comité de Gonstitotion dont il Êûsait partie^ à Rome , Galilra fut forcé par l'inquisition à demander pardon d'aroîr découvert le mourement de la terre ; en France , il est encore de ces bomrnes qui oseront proposer que le comité de Constitution demande pardon d^avoir trouvé le mojen d'organiser la démooatie^ d'établir une véritable république , et de faire exercer les droits du peuple par le peuple lui-même. »
Malgré \e$ éloges de Barrére^ la grande majorité de la Convention avait jugé le projet de Constitution comme le peuple y et l'avait renvoyé à un nouvel exsimen* Aussi bien , beaucoup de députés çommojIçaieDltils à Qpmprendre quç leur ims^a allait éUc
de combattre et non de constituer^ et qu'il ne fallait songer qu'à repousser la coalition.
Le§ girondins voyant s'évanouir leur dernière espérwce d'enchaîner les factions avec les lois , se trouvaient dans une position fôoheuse : ils ne pouvaient ignorer. que le peuple les haïssait; ils savaient que la proposition de^e défaire des appelans, partie de Marseille^ avait été accueillie aux jacobins} que Ton s'y entretenait du projet de la convertir ^n una pétition , qui devait être présentée à la Gon- Yçniïonf Us étaient en outre prévenus qu'il s'était formé a Paris an comifé dUnsurrection contre les impun i çX enfin > qu'il se tramait quelque complot contre eux.
Yqulant être en mesure de prévenir Tévénement, iU fifétaient entendus avec le ministre de la guerre^ H^li^rnQuyiUey pour donner des craintes au comité de la guerre j relativement à la situation de Paris , ce ministre ^'était rendu à ce comité pour y dénoncer ^es trqubles dans cette ville ^ et demander qu'une force imposante y fût organisée. Leur but était d'entourer la Convention de cette force armée, parce^ que^l disaient-: ils, dans l'état des choses, il était im-possible que la Convention pàt &ire de bonnes lois, sans être squtenue par une force assez considérable pour imposer aux factieux, qui, trop souvent, dic« taierït iei(rs prQpves lois à l'Assemblée.
C'était précisément cette force armée que repous* soit I9 Montagne : elle soutenait que la Convention ne dtivajt s'entaurer que de l'aiFection du peuple;
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qu'il ne pouvait y avoir de bonnes lois que celles appuyées par l'opinion publique; que d'ailleurs Paris était tranquille, et qu'au lieu de retenir dans cette ville les nombreux volontaires qui y étaient, il fallait les envoyer aux frontières ou dans les ports maritimes. Santerre appuyait la proposition de la Montagne, en écrivant au comité que le calme était entièrement rétabli. Pache, que les Jacobins avaient fait porter à la mairie pour le dédomager de la perte du ministère, assurait aussi qu'il n'existait plus dans Paris que cette agitation salutaire qu'il serait coupable et dangereux d'étouffer, parce qu'elle garantissait que les bons citoyens veillaient au salut de la République.
Toutefois la Montagne ne se montrait irritée que parce qu'elle craignait pour la liberté^ les passions qu'elle renfermait dans son sein n'étaient soulevées que parce qu'elle doutait du succès de la cause de la Révolution Elle avait bien pour elle les Jacobins, les sections, la commune, tous les hommes énergiques; mais elle se méfiait de la plupart des ministres, et n'avait aucune confiance dans les généraux qui commandaient les principales armées : elle ne possédait pas encore tout à fait les départemens, et se désolait de voir que toutes les lois qu'elle avait feit rendre contre les émigrés, les prêtres turbulens et les agens de l'étranger ^ ne produisait pas l'effet attendu.
Les chefs de la Montagne connaissaient le projet ^e 46barrasser la Convention, des entraves qu'on lui
DB LA cojtrEimon nationale. ^^
supposait , c'est-à-dire de se défaire des appelans; mais ils avaient jusqne-là désapprouvé celte idée : allaquer la représentation nationale était une infraction aux principes qu'ils ne pouvaient permettre: aussi blamaient-ils vivement les agitateurs qui osaient proposer ce moyen dans les sections ; et comme ils sentaient que des projets de cette espèce les com*promettaient aux yeux de leurs adversaires et des départemens^ ils mettaient beaucoup d'importance à s'en justifier.
Robespierre, malgré sa haine contre les Girondins^ se gardait bien de songera accueillir la de-^ mande des Marseillais; il craignait qu'en entamant la Convention on n'entraînât son renouvellement intégral; ce qu'il regardait comme le plus grand malheur qui put arriver à la France, dans les circonstances où elle se trouvait : aussi s'était-il vivement opposé au projet qu'avaient formé les Girondins de dissoudre la Convention. Toutefois , il ne savait guère lui-même à quel parti s'arrêter pour sauver la République contre ses nombreux ennemis : son imagination sombre et crédule lui faisait apercevoir partout des trames pour perdre la liberté et ses défenseurs : il était fatigué, découragé, malade; il doutait du salut de la Révolution.
Les partis en étaient à ce point, lorsque la nouvelle des revers de notre armée de la Meuse arriva à Paris. Les commissaires de la Convention , près cette armée, Danton et Lacroix, en donnèrent le
premier avîs^ et ih accoararent enx-memes a Paris pour j demander des mesures promptes et énergiques.
Celait le 5 mars que ces premières nonvelles fiirent connues delà Convention. Aussitôt Ghoddien, l'un des plus ardens Montagnards, demanda que tous les volontaires qui arrivaient à Paris, et qui étaient à la solde des départemens, fussent mis à la disposition du ministre de la guerre^ et sur-le-champ envoyés aux frontières.
Ainsi qu'on devait s'y attendre , cette proposition excita de vives réclamations de la part du côté droit* Lanjuinais demanda l'ordre du jour motivé sur ce qu'il existait à Paris un foyer de troubles et d'in^r^ rection. Chondieu insista : il voulait, disait-il, qu'on fit disparaître une monstruosité dans la conhposition delà force armée, dont une partie était à la solde des départemens, et dont le ministre lui-même ignorait la destination. Quant aux craintes que l'on témoignait sur la sûreté de Paris , il les regardait comme enfantées par le parti qui voulait , à l'instar de Lafayette, s'entourer d'une garde prétorienne.
Buzot examina si , dans la situation de Paris ^ on pouvait priver cette ville de l'appui des volontaires que les départemens y avaient envoyés pour pourvoir a la sûreté de la représentation nationale. Il chercha
à démontrer que Paris ne pouvait, à lui seul, opposer une résistance convenable aux malveillans, et finit par dénoncer la commune comme un foyer d'anarchie qu'on ne saurait trop surveiller. — « Ca-
DE LA GONTMffdUr NATIONALE.' 79
lomnie^ toujours > s^ëcria Thuriot^ calotnAiei^ èan^ cesse, puisque c'est votre bonheur; mais laissez-nous prendre des mesures de salut public! d
Barbaroun veut soutenir Bozot; sa seule présence exâte un grand tumulte ^ non-seulement du côté gauche^ mais encore parmi les spectateurs^ Isuard s'élance à la tribune et invoque la liberté des opi** nions. Robespierre y Billaud^ Camille Desmoulins ^ continuent d'interrompre. Isnard , élevant là voi jr ^ s'écrie : « Je predds acte de ce qu'on ne veut pas nous laisser parler : Moniteur^ écrivez : s'il faut périr ici 9 ajoute-t-il en découvrant sa poitrine y nous périrons....^., d L'agitation est au comble; le prési-^ dent^se couvre, et reste long-temps avant de pouvoir obtenir du silence. La nouvelle de nos revers de Bel* gique avait si fort exaspéré la Montagne et lé pëu-^ pie , qu'ils fesaient un crime de léze-nation à ceitt qui s'opposaient aux mesures proposées pour parer à cet événement, dont il était permis de redouter les suites.
Cependant Isnard resta à la tribune, bravant la tempête que les Girondins avaient excitée ; et lor^ que le calme fût enfin rétabli , il se plaignit vigoureusement de ce qu'on l'empécliait d'émettre soû opinion. « II n'y a plus de représentation nationale y dit-il^ dans une Assemblée dont tous les membres ne jouissent pas de la plus grande liberté, » Passant en^ suite aux murmures qui s'étaient fait entendre dan^ les tribunes, « faut-il s'en étonner? s'écriait-il^ ne sont-elles pas autorisées à croire bien faire, quand
So HISTOIRE
elles suivent Texemple de leurs représentans? non, ce n'est pas leur fautes c'est la vôtre, à vous qui, par un zèle inconsidéré pour la liberté , êtes prêts à la perdre. Je demande si nous sommes la Convention Nationale ) ou une machine à décrets dans les mains d'une faction. » Isnard terminait sa vive apostrophe en posant ce dilemme : « Ou nous devons être libres, ou nous devons nous en aller » — « Eh
bien! partez, lui crient quelques voix delà (^^auche; partez, nous saurons sauver la patrie sans vous! ))
Ces derniers mots, qui exprimaient une idée déjà manifestée, étaient bien significatifs, dans les circonstances où la Convention se trouvait : ils démontraient que les dangers de la patrie exaltaient la Montagne, et qu'elle serait capable des plus grandes déterminations pour sauver la Révolution. Les affaires de la République en étaient au point qu'il fallait autant d'énergie que de persévérance pour faire triompher les principes et la Révolution ellemême. Aussi la Montagne pcrsista-t-elle dans la mesure proposée par Choudieu. Malgré la colère d'Isnard, et les motifs exposés par Barbaroux et Macv, Thuriot ramena la discussion à son premier objet. (( De deux choses l'une, dit-il j ou les corps armés qui sont ici veulent être utiles, ou ils ne le veulent pas. Ceux qui viennent des ports de mer doivent y retourner^ quant aux autres, il est absurde de dire qu'ils peuvent rester à Paris pour y faire ce qui leur plait. »
Jean-Bon-Saint-André combattit, avec autant
DB LÀ COHTBRTION RATtOHALfe. et
^e raison que de force ^ les motifs qu'alléguait la Gironde pour retenir à Paris les volontaires^ sur lesquels elle voulait s*appnyer. « Pour réprimer les anarchistes dont on ne cesse de nous faire peur, dil-il^ il existe à Paris, de Taveu même de Buzot, une grande majorité d'hommes bien intentionnés : il ne faut donc que le calme imposant de la Convention Nationale et Tautorité de la loi. Je suis persuadé que plus on appelle de forces étrangères à Paris, plus on diminue la confiance et l'énergie de ses citoyens ; la con* fiance appelle la confiance...*. Envoyez donc aux frontières les bataillons organises qui se trouvent ici : ils ne demandent pas mieux que de se signaler au service de TEtat. Et vous leur fermeriez la carrière de l'honneur! et vous les retiendriez dans l'inaction, quand ils brûlent d'aller cueilUir des
lauriers!
M Je sais, continait Saint-André, que les départemens sont pleins de zèle et de courage, et c'est pour cela que je ne veux pas que les soldats qu'ils fournissent à la patrie périssent ici dans l'oisiveté, dans la mollesse, et les sales plaisirs auxquels ne résistent pas même les hommes connus par leur moralité, au milieu de l'exemple de la corruption générale qui les environne..... On nous parle d'anarchistes, s'écria Jean-Bon ^ on prétend qu'il en existe même parmi nous. Ces inculpations déshonorent la Convention. Mon , il n*cst personne ici qui désire l'anarchie : c'est une horreur, c'est une atrocité de le prétendre, et ceux qui répètent constamment
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cette calomnio devraient être un objet d'exécration
publique ( » Ici la droite laisse échapper quelques
murmures.) -^ te C'est vous qui voulez le désordrç^ s'écrie Albitte 5 en s'adressant au côté droit. — Ce «e sont pas les hommes de l'appel au peuple, ajoute Garreau , qui veulent l'ordre. » — » S'il était possible que Ta narcliie désolât la République, reprend Saint-André, elle serait la suite des erreurs^. de la faiblesse de la Convention Nationale C'est en voub
égarant dans les puérilitéis et les sôphismes, que vous tendez aux troubles et à l'anarchie. Je demande, conclut Saint-André , que la convention Nationale^ sans «'arrêter aux diatribes qui ont souillé la tribune dans cette séance^ passe: à la discussion de la proposkian de Cboadieu, et qu'elle la décrète avec l'amende- .ment de Thuriot; relatif aux bataillons appartenant aux ports maritimes. «
Boyer Fonfrède proposa un projet de décret d'après lequel les corps armés envoyés à Paris paV Iç^ départemens maritimes devaient y retourner pour défendre la patrie, et pour y rester, comme les^autrès citoyens, en ét^t de réquisition perinancote.' .. Louvet demanda que , puisqu^on allait faire partir de Paris les .corps qui en faisaient la sûreté^ la Con^ vçntiop Nationale déclarât les autorités copstitaécs solidairement et individuellement responsables dés atteintes qui pourraient être portées aux propriétés et à la liberté.individuelle. /..i ^
Cet amendement fut rejeté par l'Assemblée, qui décréta la propositipn de Fonfrède.
Quelque vive qu'eût été cette séance, elle nedrvait être considérée que comme une escarmouche du coQlbatque les partis allaient se livrer à Foccnsion des revers que nous venions d'éprouver.
La nouvelle de Tévacuation d'Aii-la^hapelle^ et de la levée du siège de Maëstricbt avait excité dans Paris, comme dans la Convention, une irritation gcuéral^ parmi les patriotes. Le soir, lès Jacol>ins donnèrent contre les traîtres et les contre-révolutionnaires: ik s'écrièrent qu^îl é^ait temps d'en finir avec ces gons-là ; qu'il fallait se débarrasser des cinigi^s et de leurs agens; qu'il fallait épurer les étatsmajors, remplis d'aristocrates^ se défaire des' appe^ lans^ qui ne faisaient qu'entraver les mesures que le salut public exigieait, et qu'après avoir balayé l'intqriear, dl fallait pousser en masse toute la population de la France contre les satellites destj^rans dumonde. Les jacobins se séparèrent en se promettant de prendre, dès 'te lendemain, les mesures énergiques que les circonstances réclamaient si impérieusement.
Cependant, on ne conuaissait pas encore toute l'éteoduô du désastre éprouvé par l'armée de Belgique, et on attendait avec la plus vive anxiété lés détails de la retraite effectuée par nos troupes; on ignorait que c'était une véritable déroute , pendant laquelle une terreur panique s'était emparée de tout le monde. Aussi la séance du lendemain fut-eHi3 calme à la Convention, ou l'on écouta sans aucune émotion •Barrère, venant proposer la déclaration de "uerro contre TEspagne.