TOME III
gS HISTOIRB
en donnant quelque satisfaction au peuple ; qui allait faire de si grands sacrifices à la patrie ; que ce peuple demandait des garanties qu'on ne pouvait lui refuser, et qu'il était prudent, si on voulait éviter de nouvelles exécutions populaires , d'organiser àes exécutions légales, propres à effrayer les contrerévolutionnaires et les conspirateurs cachés, sur ia tête desquels il était juste de tenir le glaive suspendu, afin de les empêcher de bouger.
Une autre considération détermina les girondins à contribuer à l'établissement de ce terrible tribunal, ou du moins, à ne pas s'y opposer d'avantage. Depuis la veille , la capitale était dans une fermentation dont on ne pouvait guère prévoir les suites, si la Convention ne prenait pas des mesures propres à amener le calme : une fièvre brûlante avait exhalté toutes les têtes : au désir d'aller combattre l'ennemi, se joignait la soif de la vengeance. Déjà des groupes nombreux parcouraient les rues en faisant retentir Tair de leurs cris, non seulement contre les aristocrates, mais encore contre tous les appélans. Des propositions sanguinaires avaient été entendues, au milieu de ces groupes en délire.
Des cris de vengeance , la foule irritée en était passée aux voies de fait. Les presses du journaliste Gorsas, attaché au parti de la Gironde, avaient été brisées, et ce journaliste-député avait été obligé de se soustraire, par la fuite, aux mauvais traitemens que le peuple lui préparait. On en voulait aussi beaucoup à Brissot, à Guadet, à Gensonné, à Ver-
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goiaud ; et ce inème peuple qui naguère avait idolâtré Pétion p le rangeait alors au nombre des chefs de la Gironde auxquels il reprochait des opinions contre-révolutionnaires. Il était donc d'une extrême nécessité de calmer l'irritation populaire ; et on ne pouvait espérer d'y réussir qu'en accédant à ses désirs.
Le tribunal extraordinaire , auquel on ne donna pas encore le nom qu'il prit par la suite , fut donc décrété^ sans autre opposition : la Convention décréta aussi une taxe ^ sur les riches^ proportionnée à leurs revenus et destinée à dédommager ceux qui allaient se dévouer^ el à leur payer tous les frais de la campagne. C'était là le vœu unanime des sections de Paris, exprimé par plusieurs députations, qui dans la journée, s'étaient présentées à la barre.
A ces mesures la Convention en ajouta plusieurs autres de détail : elle décréta que les bourses de collège n'appartiendraient plus, à l'avenir, qu'aux enfans des volontaires partis pour l'armée; que les commissaires envoyés dans les départemens auraient le droit de mettre en réquisition tous les chevaux de luxe, et de faire arrêter les suspects; que tous les jeunes célibataires travaillant dans les bureaux , y seraient remplacés par des pères de famille, etc.
Danton enchanté de voir décréter tous ces moyens qui étaient dans son tempérament, proposa la hberté des détenus pour dettes. « Vous voulez, ditil, que tous les Français s'arment pour la défense commune ; eh bien ! il est une classe d'hommes
4 00 H^^OIB^
qu'aucun crime u\ SQuillës ^ qui a des bras^ mais qu^ n'a pasj la l^berle ; ç'ost celle des malbeureux détenus pour dett^. C'est une bonle paur riiumàr nite, pour la pb^ç^opbi^^ qu'un homme ^ en recevant del'arg€|nt, puisse l^ypQthéquer sa personne el sa sûi[*eté.,*v Que les propriétaire^ ne s'alarment point. Sans doute quelques individus se sont portés à des excès; mais la naUpiE^^ toujours ^uste, respec-* tera les proprié té^^. Respecte^ 1^ misère ^ et la misère respectera l'op\iLençe. ]^ç soyons jamais coupables envers l^es malbeureu^^, ^t le i;nalbeureux qui a plus d'àme q^e le. riç|ie w sçra }amAis coupable. Je de-* mande qi^e la GopLyentiQp Nationale déclare que tout citoyen frac^çais eippii'isoqaé pour dettes aéra mis en liberté, p^rçe qu'^n tel emprisonnement est contraire à 1^ sain^ n^oJ^^le , a<;ix droits de l'homme^ aux vrais pi^inçip^s 4e \^ Ub^rlé^ >>
Ces paroles si pbilstntrQpiques^ ces vérités 31 frappantes^ furent ^cç^e^lies par d'uuanimea appUudi^semens longtemps vépétés^ et la motioja de PantQii fut décrétée p^r çicclamatipn. L'assemblée toute exkrtièrese Içvsi pour rep^CQ bommage aux principes et à rbu^anité.
Après ^voir yo^é toute?. çe« grandes mesures^ la Convention, ^tisfaitç d'avoir seoonçlé l'élaa du peuple ^ leya la ^é^oç^ce et l'aJQurna à neuf heures du soir. L^ soirée fut cons^çi^ée à recevoir les section^^ qui 9 pi^sque toutfss ,■ se présentèrent à la Gonveottipn^^pqvir protester 4e leur %èle républicain et, de lei^r dévpue^çpt. Dçs 4iscussiQns sans objet s^eog^-
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gereot fiur la Fédaction de quelques-unes de leurs adresses : le coté droit voulait s'opposer à l'éûergique rédc^lt^tiod dU peuple , k ta franche teanifestatioii de ropinion générale deâ Parisictais; mais la Gonventiofl décida que la parole ne serait accordée à au* cun de ses isiembres sur aucune pétition. Au reste > toulels cesadk'eisses ne prouvaient autre. ohbse isi lion que les sections s'occti|)aient exclusivement des enrôl^fioens volontaires décrétés^ et des mesures de wlut public;. Une d'entre elles ^ celle de la Halle-ajuiLdraps > demanda eii outre t{tie l'Assemblée rappelât désarméies tous les individus de la blasse cid^tant privilégiée , et que les lois ne fussent présentées à JraMnctiun dti peuple qu'après la guerre.
£b swtant de la Convention^ les jacobins .q^i avaient lieu de s'applaudir de ce. que le peuple ayait obtean dans cette journée^ ainsi que do l'aspect <ie la Montagne^ se rec^oato^ndèrent de ne p$s maiiquér à la séance du lendemain, dans laquelle devait s'organiser dé&iitivement le tribunal révolutibtinaire. Ils préparèrent une jt^Ofùyelle pétitiaQ & l'effet d'obtenir le renQuvellenatentdu ministèr:Ç : ^$ voulaient à tout prix étrie débarrassés de 1^ quei]ie deià Gironde, et principalement de Lebrun et dje Beui»ooviUe qu'ils faïiissaient mortellenient. Ils 4c- Hiaiid«ient w outre l'arrestatiop de tous les administrateurs des postes , et des journalistes contre-ré volotiwiiiaii^.
C'était surtout contre les journalistes que ;les jèeabins étaient dédMnés : da^s la journée > ils
avaient fait briser les presses de Gorsas, dont le journal était rédigé par Brissot; le soir, ils avaient lancé le peuple contre Timprimerie de la Chronique^ qui avait aussi été saccagée: ils voulaient, disaientils , en finir avec tous les contre-révolutionnaires , avec tous les aristocrates et tous les traîtres.
Le lendemain , ils s'emparèrent de bonne heure de toutes les tribunes de la Convention, C'était un dimanche, jour d'oisiveté, et la journée s'annonçait comme devant être encore plus orageuse que celle de la veille. Ajoutons qu'il se préparait un repas à la Halle-aux-blés , pour y fêter les enrôlés volontaires qui devaient partir pour l'armée, et qu'on avait à craindre les suites de ce festin. La Montagne serra aussi ses rangs : ils étaient compactes et menacans.
À l'ouverture de la séance , Gamon , qui tenait au côté droit, demanda la parole pour une motion d'ordre. Il dénonça une conspiration contre la Convention, qui, disait-il, avait été au moment de s'exécuter la veille au soir. Traité d'imposteur par la Montagne, il raconta que des inconnus avaient demandé aux factionnaires placés à la porte de la salle de ne pas laisser entrer de femmes; que ces factionnaires n'ayant pas voulu se prêter à leurs désirs, ils s'étaient adressés aux femmes elles-mêmes , en leur disant qu'il s'' agissait défaire une expédition ^ ce qui avait tellement effrayé les femmes , qu'elles s'étaient retirées avec effroi.
«D'où il résulte, disait Gamon, que les conjurés
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n'oDt éloigne les femmes que parce qu'ils voulaient faire un coup contre la Convention, c'est-à-dire, mettre à mort un certaiu nombre de députés. » Gamon citait comme témoins les inspecteurs de la salle ^ et demandait que la Convention ordonnât au ministre de la justice de faire poursuivre les hommes qui , la veille , avaient voulu attenter à la publicité des séances^ et provoquer au massacre des représentans du peuple.
Cette dénonciation, écoutée avec une extrême impatience par la Montagne, provoqua des explications, qui furent données par Barrére. « Je suis peu ému, dit-il, des passions qui s'exaspèrent dans cette enceinte ; c'est ici le foyer naturel de toutes les passions généreuses et les plus viles. Je suis peu ému des orages fréquens qui s'élèvent dans la Convention y parce que je sais que c'est du sein Aqs orages que sort la liberté.... On s'est plaint qu'il n'y avait que des hommes dans les tribunes; eh bien I je voudrais qu'il n'y eût que des hommes dans la Convention.... »
Ce trait caustique lancé contre les hommes qu'on accusait de faiblesse , fut vivement applaudi par le côté gauche et par les tribunes; Barrère s'aperçut qu'il était sorti de son caractère^ et se rejeta aussitôt vers la droite. « Où veut-on en venir, s'écria-t-il ? Voudrait-on relever cetimbécille et singulier échafaudage municipal dont l'orgueil de Rome abusa si longtemps , et qui périt par les vices même de cette institution insuffisante et anarchique ?.... Loin de
iia4 msTOXRC
nous lô gôuvertieTïreiit tïianicipe cl les gou^cirnéiiiens àtiistôcràtiqueâ. Les Français ne doivent i^s tî^sîirer qu'ûû gottvertlemènl enlièremieûl déûlo'cratiqtre....
« Ott'aYoUÎù jeter de là déJPaVeur/côntiùùa-t-il, sur le séattee d'hier : celle du matin m'a paru btelle, parc^ qu'où s'y est ocôupé d'objéls d'intérêt national et de sûreté générale. Je n'en dirai puis autant de la séance du soir. Je sais bien qu^à côté dé ttoùs , des hommes de sang préchaieùt le meurtre éolnme ils otit prtdlé lé pillage. Je les aï entendus ; éh bien! je déclat-è qtre si j'étais au milieu d'eù'i, ifei j¥tais dani les prisoùs, je leur dirais : je èuis libre àû niîliéû de mes fers : vous êteS des stélélrats, et "tous ne pouvez rien sur moû opiïiion et tha pensée.... On â opposé très souvent à TAsséinblée qu^elle tf était pas libre. Il test possïble que ceux qui le répètent txe le soient pas : la liberté tltent à la fbWe dti caractère et à la brùïante clialeut du cœur : ^t iifcî lé reptésentânt dû petiplè à toujours obtteiiti, quand îl ne s'y est pas opposé lui-même, lès égards ^t lé respeôt dûs à la Représeûlatibn Natiotialc... h
Barrère concliiaît à ce que là Gonvetttiôtt , méprisant les propos înfamès d'hoitemes sâlîrt*iés, qti'il Mlait livrer à la poli icte, passât à l'ordre du jbut sur léS déilôncmtit>ns de Garàon , et s'occupât 'des mesures dé sûreté , cetjùi ï\it adopté.
L^Assembl^e dontiia ebsliile ^quelques instants à 'des dépédleà arrivées dés àrinées. DutoéUriez éériVait de 'Ceîrlttiydenbérg qtfil régar-dait l'échec d'Ai*-la-
DE LA CONYEIfTlDlT NATIONALE* 105
Chapelle icoBiltte peu irApbtlabt , et ^u'il allait cbiitintlèMh (enquêté Àé là HôUà^de (i)i Miratida^ en i^rchàtit à ràstorér s\xt le 9àH dé Fàriïiée de là. Mebsé y hlâfiâiiit k condlîité dés généraux Lanbuè et Stébgèly à la faiblesse d^îr^uèls il attribuait la levée du siège de Maëstricht.
A ùëtte lectlire^ ÎRabespiertû ptii la partie. Il commëàÇà pat dirie qu'il élàilloin d'élrè décotoèért^ de la mar4[;hë rétt^àde dfe iWméé de la Mebsè, quèt kp'iàffiïgmÈLt qù*il fôl dfe Voir les coUi^agètii Liégeois abaiidonfiéB à la métci deà tyrains dont ironsitèii avions délivrés j iWd^ûr gtiértièré de là {y6)[)alàtioA de ia Républitfispê lui était uh gai'àilt idjxté nos îaV*méeB feraient rep^ïitil* les tyt'ans dé leurs succès éphémères. Gép^ndant il ne crbjàit pas iqu'ôn éÀt iOHt feit ^1 ordonnant un recrutement.
€f Poutînoi> dit-il V favou'é que mes notions en pôlitiquis ne rcBsembllent en rien à ^lles àe béàû* €Oup dliomnles : je pense quHl il^ut encore uh t^gti^ lateor fidèle et uniforme d^ tôlis ks Mo^âveâieiis de la RévolutioilL Cbmment veut-^n que l'ardeut du soldat se soUtientie^ ^'ik continuent de voit* k Vent fcelB des cfcfeft coupables et iiAjpunis? i^
S'élevant aussitôt éontte le général Stfengd, qû^ acèusait d'iinpéritië bU dé ti'ahison> Rôbéspii^re deaiâhdàit qu'il (Al dédnélé d'aôtiusatibâ. « 11 est difficile iàe tOiàôeVôir, ^ntin^liit-ii) bofûment deS hoiftw/è6 à qnî riiottn^nr de déformer te ïMfaàe î^emblfe
(t) buinburiei ignorait enwe tous les malheurs de cette retraite*
i06 HISTOIRE
être échu, tremblent devant un ancien aristocrate; je ne sais pas par quelle fatalité la loi ne peut atteindre un ci-devant noble, un riche même; mais je dis que tant que les traîtres resteront impunis, la nation
sera trahie Tout vous commande de jeter un œil
vigilant sur Tarmée. »
Arrivant enfin à son but, Robespierre présenta l'intérieur de la République comme abattu sous les coups de l'aristocratie. « Je vous conjure au nom de lapatrie, s'écria- t-il, de changer le système actuel de notre gouvernement; et pour cela, il faut que Texécution des lois soit confiée à une commission fidèle, d'un patriotisme épuré, une commission si sûre que l'on né puisse plus vous cacher ni le nom des traîtres, ni la trame de leurs trahisons. Il nous faut un gouvernement dont toutes les parties soient rapprochées; il existe entre la Convention et le conseil exécutif une barrière qu'il faut rompre, parce qu'elle empêche cette unité d'action qui fait la force du
gouvernement » Robespierre finit par passer en
revue quelques actes du conseil; il en fît sentir l'imprévoyance, le décousu , et conclut à ce que la réforme fût immédiate; que la commission qu'il propose fut décrétée sans délai.
L'organisation que demandait Robespierre était le premier chaînon pour arriver à la concentration de tous les pouvoirs entre les mains de la Conven<tion, et pour organiser le gouvernement révolutionnaire. Robespierre sentait que cette concentration était nécessaire dans les circonstances où la Répu-
blique se trouvait. Le conseil exécutif, créé au lo août , quoique souvent refait dans son personnel , était peu sympathique avec une grande partie des députés; cependant on Tavait conservé, malgré les réclamations qu'il excitait , dans la crainte de tout bouleverser j mais le ministère, responsable de ses actes, n'était pourtant pas libre dans ses actions; et, par sa dernière composition, il se trouvait tellement divisé d'opinion, qu'il offrait le spectacle de deux pouvoirs distincts et séparés. Les comités de la Convention , la Convention elle-même , s'occupaient aussi de toutes les branches d'administration , et fesaient de nombreux actes d'autorité executive.
D'un autre côté, la commune s'était également emparée d'une grande partie de l'administration, et empiétait souvent sur les attributions du pouvoir exécutif. Un pareil état de choses constituait l'anarchie dans toute son impuissance; mais au travers de ce flagrant conflit de pouvoirs, on apercevait les élémens de la force la plus énergique. C'étaient ces élémens que Robespierre voulait réunir, pour en former un gouvernement redoutable, tel que la situation des choses lui paraissait l'exiger, et tel que la Montagne le réclamait.
Danton appuya les vues de Robespierre. Néanmoins il fit observer qu'il s'agissait moins en ce moment-là d'examiner les causes des événemens désastreux qui frappaient la République, tant en Belgique iju 'à Lyon, Montpellier, etic., que d'y appliquer un prompt reniède. « Vous n'avez pas un instant à
I08 UlSTOIRl
perdre, s'dcrià-t-il^ pour sauver là République
Si vous rethplisséz vos devoirs, si vos commissaires pai^tebt à l'inslxifit^ si vous donnez la main aux ëtt-aûgei's c[ui soupifenl àpi^ès la destruction de toute espèce dé tyrannie, là France est sauvée et lé monde est iibté. ]^aites donc pattir vos Commissaires, soùteffez-le^ de Vôtre énergie) qu'ils partent ce soir, cette nuit mÀâe; qu'ils disent à la classe opulente : il faut cjùe Taristo^atie de TEurôpe, succombant sous nos efforts, paie tootre dette ou que vous la payiez. Le peuple n'a que du sàdg, il le prodigué; allons, nliséràbles, prodiguez vos richesses! »
Ici de vifs applaudissemekis interrompent pour quelque tenips le chaleureux orateur; Danton en reçoit ùnè houvëlle eïkaltàtîon; « Voyez , Citoyens ^ les belles destinées qui vous attendent, continùe-t-il; qubi I Voua àVez Xiiae nation entière pour levier, la raison pôiir point d'appui, et vous n'aVez pas encore bouleversé le mondel » -i*- « C'est vrai! c'est vrai! s'étrie-l-dti. » ^^ u II Faut pour cela du caractère> reprend Danton, et la vérité est qu'oh en a manqué^ Je lUets de iciôlé toutes les passions : elles me soat toutes étrangèi^s , excepté celle du bien .public. Dans des circonstances plus difficiles, quand Ten^ némi étiàit aux pottes de Paris, j'ai dit à ceux qui gouvernaient alors : V05 discussions sont iniéérables, je ûe connais que l'ennemi, battons l'ennemi. » -^ a Ôtti I otii! )^ EÎ de nouveatix ép^audissemens retedti^tit dttns tou^ la kille^ -^ '« Vou^ qui me Fatiguez dé Vos bout^slffttiotis particulières , je vous répudie
DS LA COllYBIfTIOS ItATIONALE. iÇQ
tou^ CpjQ(vizie tpaîtres à la patrie^ je vous meta tpus si^r la mèm^ Ugfi?» Je leuF disais : ebl que m'importe ma réputation! que la France soit libr^ et que mon nom soit flétri! Que m'impotrte d'être appelé buveur dej çangl eh bien! buvons le sang 4es ennemis de rbumanité s'il le faut; combattons^ conquérons la
lib.erté^ et nous ir<xns gloriei» à la postérité
Remplisse^ ces grandes destinées; point de débats, point de quprelles^ et la patrie est sauyée! »
Ai^si â^vait parlé le géant de la Révolution , et sa voijs^ retentissante 9 l'énergie de ses pensées, $^vaient pépëtré toute l'Assemblée du saint amour de U patrie. Xjb sauver était le vœu de tout le monde; malbenreusei^ent on différât sur les moyens*
L'Assemblée venait dei décréter que les. généraux Lanpue et Stengel, seraient traduits a U barre^ et le côté droit se disposait à lever la séance^ qus^nd Cambacérés pyit la parole. « Il s'agit de sauver la chose publique, dit-il; il faut employer des moyens acd& et généraux. L'exemple de Stengel pourra effrayer quelques peryçrs, mais il ne peut suffire. Je m'op^ pose à ce que la séanee soit levée avant que nous ayons décrété l'organisation du tiibunal rew/tt^/ï^ naine, f et que le ministère incohéraut, qui se trouve organisé comme s'il y avait dcwx pouvoirs, soit changé. Tous leS: pouvoirs vous ont été confiés; vous devez les exercer tous : il ne doit y avoir aucune séparation entre le corps qui délibère et celui ^ui fait exécuter. Il ne faul point suivre ici les principes ordinairej5 ; lorsque vous construiipes' la CawtjtutiojQ ,
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VOUS discaterez celui de la séparation des poavoirs... Je demande que^ séance tenante^ on organise le tribnnal et le ministère. »
Ces propositions excitent de vives réclamations du côté droit. Le côté gauche demande d^aller aux voix. Buzot s'y oppose chaleureusement. Il combat, au milieu des murmures^ les idées par lesquelles , dit-il, on veut mener la Convention à un despotisme plus affreux que l'anarchie. « On vous présente deux idées, continue ce chef de la Gironde; celle d'un tribunal extraordinaire, et celle d'une organisation nouvelle du ministère. Rien n'empêche que vous organisiez ce dernier d'une manière plus active; mais j*ai entendu dire à cette tribune qu'il fallait confondre tous les pouvoirs , les mettre tous dans les
mains de l'Assemblée » ^ U faut agir, non pas
bavarder, lui crie-t-on. — « Vous avez raison^ vous qui m'interrompez, reprend Buzot. Les publi cistes aussi ont dit que le gouvernement d'un seul , par cela même qu'il était despotique^ était plus actif que
le gouvernement hbre de plusieurs Lorsque vous
avez reçu des pouvoirs illimités, ce n'est pas pour usurper la liberté publique par tous les moyens qui sont en votre pouvoir; et si vous les confondez tous, si tout est ici , dites-moi quel sera le terme de ce despotisme, dont je suis enfin las moi-même! »
— « Eh bieni allez-vous-en! lui crie la Montagne; nous saurons sauver la patrie sans vous. /> — « C'est pour empêcher l'organisation du tribumal qui doit punir les contre-révolutionnaires, reprend
DE LA CONYSlfTIOBT IfATIOIlALE. lit
Julien^ que Buzot bavardes! longtemps. » — « 11 le sera malgré la faction^ disent d'autres membres.» Lacroix demande que l'on procède méthodiquement : d'abord le tribunal^ et ensuite le ministère.
Cette proposition ayant été adoptée, Robert Lindet lut le projet de décret rédigé par le comité, tout en déplorant sa rigueur. En voici la substance :
Le tribunal extraordinaire sera composé de neuf membres nommés par la Convention. Ils ne seront soumis à aucune forme concernant l'instruction. Ils acquerront la conviction par tous les moyens possibles. Le tribunal pourra se diviser en deux sections. U y aura toujours, dans la salle destinée à ce tribunal, un membre chargé de recevoir les dénonciations. IjC tribunal jugera ceux qui lui auront été envoyés par décret de la Convention. Il pourra poursuivre directement les personnes qui, par incivisme, auraieiit abandonné ou négligé l'exercice de leurs fonctions; celles qui par leur conduite ou la manifestation de leurs opinions auraient tenté d'égarer le peuple; celles dont la conduite ou les écrits tendraient à la contre-révolution, celles enfin qui, par les places qu'elles occupaient sous l'ancien régime, rappellent des prérogatives usurpées par les despotes.
A la lecture de ce terrible projet, le côté gauche applaudit ^ mais les girondins témoignent la plus vive indignation. « Nous mourrons plutôt que de décréter l'établissement d'une inquisition mille fois plus redoutable que celle de Venise, s'écrie Vergniaud.» — « Il n'y a que cette mesure qui puisse sauver le
iX% HUTO0LK
peuple^ r^ond Amar; autrement^ il faut qu'il sHn^ surgCji et que ses ennemi» tombent, a
Gamboa, dont 1^ principes révolutionnaires n'é* talent pas dou.teu:^^ réclame l'institution du jury pour ce tribunal. « Il faut un poutvoir révolutionnaire, î'ea conviens, dit-ril; mais il faut quHl reste dans les mains de TAssemblée; c'es^t à elle d'organiser un goa« vernemeat ferme^ et à prendre tous les moyens pour atteindre les ennemis, du peuple. Il y aurait de l'ioA^ prudence k le remettre entre les mains de neuf per*sonnes indépendantes, et affranchies de la salutaire institution des jurés. » — « Quelque mauvais que soit ce tribunal , dit Dohem , il est encore trop doux pour des scélérats. On égorge dans Liège les patriotes sans leur donner des jurés, et nous e^ donnerions £^ux assassins de la patrie! » =s a Et moi aussi, lui répond Cambon, je ne trouve rien de trop dur pour des contre-révolutionnaires; mais je crains que les intrigans ne s'emparent de ce tribunal pour écFa&er les amis de la liberté. »
Barrère pense qu'il est impossible que des aoûa de la liberté veuillent imiter les plus faoieux despo^r tes dans leurs vengeances^ et qu'ils aspirent à rapp&^ 1er les chambrer ardentes, les commissions du conseily et tout ce que Thistoire de notre paya nous présente à cbaque époque, sous le règne de ceux qui l'avaient plongé dans l'abime le plus profond. Il déclare que les jurés sont la propriété de tout homme libre.
Billaud-Varennes craint, comme Cambon, que le
M LA CONVENTIOlf NATIONALS. I|3
tribunal composé ainsi qu'on le propose^ ne devienne redoutable aux amis de la liberté même. Il approuve Tadjonction des jurés ^ mais il demande qu'ils soient nommés par toutes les sections de la République. Barrére se félicite de ce que tous les amis de la liberté^ tous les députes de la République sont d'accord pour vouloir un tribunal composé d'bommes pris dans toute l'étendue de la France; il demande seulement à rappeler un passage d'un philosophe qui, dit-il 9 n'a que trop bien décrit, peut-êlre, notre situation actuelle (i). Revenant ensuite à l'objet en discussion y il demande que les jurés soient pris dans toutes les sections de la République.
Philippeaux croit que, si l'on veut conserver pure la belle institution du jury, on ne doit pas en met* tre à ce tribunal extraordinaire. — « Nous avons fait
(i) Nous croyoDS devoir rapporter ici le passage historique cilé par Barrére, parce qu*il est devenu par la suite d'une vérilé effrayante^ — « Les Lacédémoniens, dit Salluste, ayant vaincu les Athéniens^ les mirent sous le gouvernement de trente boounes. Ces hommes condamnèrent d'abord à mort^ sans formalités judiciaires » les plus grands scélérats, qui étaient en horreur à tout le monde , et dont les crimes étaient publics et non contestés : le peuple applaudit à leur supplice. Cette puissance s'accrut ensuite, et bientôt ils frappèrent arbitrairement les bons et les méchans; de sorte que la république , accablée sous le joug, fut punie de leur avoir donné sa confiance. De nos jours, lorsque Sylla fut victorieux, il fil égorger un nombre considérable de citoyens , qui s'étaient élevés par leurs crimes et par le mal qu'ils avaient feit à la république : qui n'applaudit pas encore ? On disait hautement que les criminels avaient bien mérité leur supplice; mais il fut le signai d'un affreux carnage : dès qu'un homme enviait une maison ou quelque terre , il faisait tant qu^on en mettait le possesseur an nombre des proscrits »