PREMIÈRE PARTIE. CHAP. II
Robespierre , et il voulait vivre et régner. De sorte que le lendemain nous tous, qui attendions les meilleurs effets de ce colloque, nous fumes bien surpris , et encore plus affligés , d’apprendre que les esprits, au lieu de s’apaiser et, de s’entendre, s’étaient séparés plus aigris qu’auparavant les uns contre les autres. J’en Os mes plaintes à Barbaroux qui me dit fièrement qu’il n’était pas possible que le vice marchât jamais d’accord avec la vertu. Dans une telle prévention , il se forma entre les deux partis une lutte où le parti Pétion fut détruit par des moyens homicides dont il n’aurait jamais été lui-même capable.
Ce parti était le plus sage, le plus humain, mais scs plaintes graves , et néanmoins vagues contre l’autre, n’avaient rien que d’impmdent dans les circonstances où nous nous trouvions alors. J’en avertis vainement quelques-uns d’eux. Il était bien vrai que les massacres de septembre avaient détaché du parti Robespierre, qui les avait sourdement commandés ou conseillés , tout ce qu’il y avait d’hommes sensibles et honnêtes parmi ceux qui aimaient le plus la liberté et la révolution : mais ou ne distinguait nommément aucun coupable qu’on pût faii'o punir. En eût-il existé de connus, les autorités auraient été compromises; enfin les crimes étaient consommés ; on pouvait s’honorer eu les poursuivant et en les abhorrant , mais le mal était irréparable.
11 en étail.de même des vols dénoncés , quoi-
qu’on désignât quelques coupables même parmi les membres de la Convention. Ceux-ci, députés de Paris, pouvaient tous se défendre, et par eux-mê-" mes, et parleurs collègues qui les auraient soutenus dans l’évidence même de leurs torts. Les traiter enc coupables, sans pouvoir en venir à un jugement , c’était les aigrir à pure perte. Barbaroux proposa des mesures fortes tout aussi peu praticables avec les memes oppositions : nous allons les exposer d’après le discours de cet orateur, discours qui ne fut point distribué, sans doute parce qu’il était trop violent. Barbaroux s’y fait gloire d’avoir préparé , avec son parti , dans un conventicule, à Charenton , l’attaque du lO août, qui peut-être u aurait pas eu lieu sans la brusque défense des Suisses. Si les deux partis désiraient passionnément la liberté , ils n’étaient pas d’accord sur les moyens de la conserver ou de l’établir. Barbaroux disait que les moyens sanguinaires et licencieux du parti contraire , n’étaient bons que pour la détruire, ce qui était vrai. Le parti de Robespierre ne voyait le salut de la république et sa propre défense que dans les moyens atroces , et il résolut de se défaire par le fer et 1 assassinat de ceux qui les combattaient. Ces horreurs sont quelquefois couvertes, dans une république, du beau manteau du zèle patriotique. Pour moi , vivement touche de ces honteuses scènes et plus encore des malheurs quelles annonçaient, je pris dès-lors le dessein de me tenir constamment à l’écart sous l’égide, de mou silence
PREMIÈRK PARTIE. CllAP. II.
et de nia nullité; mais comme, dans mon poste, je ne pouvais me rendre invisible ni même indifférent, j’avais soin de n’opiner que d’après moi seul et selon mes principes. Je n’étais ni de It société de la dame Roland ni d’aucune autre ; je ne contrariais ni les goûts ni l’ambition de personne; mais pour ne pas paraître approuver les barbaries de la montagne , je siégeais tout exprès au côté droit avec des députés honnêtes , qui, comme moi, restaient immobiles aux mauvaises délibérations. Ceux du centre ne leur étaient pas toujoin-s étrangers ; ce qui leur valait une sorte d’assurance et les sauvait des injures comme des menaces auxquelles nous étions en butte, surtout après le jugement du roi dont nous ne volâmes pas la mort et dont nous voulions renvoyer la ratification au peuple. Mais je reviens au discours de Barbaroux, que je ne puis faire connaître que par des extraits ; ils sulfiront à l’éclaircissement du sujet que je traite. L’oi’ateur disait :
« Je viens vous proposer des mesures salutairés. » L’anarchie règne autour de nous, et nous n’avons » rien fait encore pour la réprimer; les provoca- » teurs aux meurtres, les administrateurs infidè- » les , les sentimens d’une poignée de citoyens éga- )) rés, sont encore Iriomphans. IN’est-ce donc plus )) ici la volonté nationale qui commande, et les )> représentans de vingt -.cinq millions d’hommes » doivent-ils courber la tête devant une trentaine i> rie factieux? Nous n’avons pas assez calculé
» les conséquences terribles d(? notre longue pa- » tieuce. Quelle opinion les peuples chez lesquels )» nous allons porter la liberté , peuvent-ils se for- » nlter de notre république , lorsqu’ils voient le » crime siéger à côté de la vertu , dans la Conven- » tion nationale, et les dictateurs respirer le même » air que les hommes du i4 juillet? Il importe au ») salut de la république que nous prenions enfin » des mesures conservatrices de l’ordre social. )) Les agitateurs se défendent par deux calomnies » qui en imposent aux ignorans. Ils nous accusent )) de vouloir le fédéralisme et une force départe- » mentale. A l’égard du fédéralisme nos mandats )) même nous justifient , et si l’on a parlé de H gardes des départemens, c’est sans aucun pré- » judice pour personne, encore moins pour la li- » berté. Croira-t-on que c’est avec ces deux élé- » mens, projet de fédéralisme et force-armée, » que les agitateurs ont pei’pétué les troubles qu’ils )) avaient fait naître? Les travaux du camp , les » billets de la maison de^secours , ont été dans » leurs mains des moyens d’agitation ; mais c’est » leur audace, surtout, qui les a servis. Après w avoir plus ou moins concouru à la spoliation ») d’une foule de maisons d’émigrés devenues na- » tionales, ils ont dit : Nous avons fait la révolu- » tion du lo août. O vous qui combattiez au Car- )) rousel , Parisiens, fédérés des départemens , )> gendarmes nationaux , dites-nous : Ces hommes » étaient-ils avec vous ? Marat m’écrivit le g août
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