PREMIÈRE PARTIE. CHAP. III. 5y
volé Tun et l’aulrc, et il u’esl sorte d’avanies qu’on ne m’ait fait endurera ce double titre , sans cependant que je me sois jamais retiré du côté droit où, à la vérité, par mon silence, je ne provoquais la colère de personne au côté gauche. J’avais alors retenu avec soin dans ma mémoire l’avis que donne Bodin en sa République : « Que quand on a de bonnes raisons pour ne pas se déclarer ouvertement pour le peuple en émotion , il est prudent , nécessaire pour son salut , de ne pas le contrarier. » L’expérience m’avait également bien convaincu de la sagesse de ce conseil à cause de l’ascendant qu’avait pris dans toute la France le peuple par scs clubs, où il eût été à souhaiter que les plus riches comme les plus instruits d’entre les bourgeois fussent allés pour le contenir et le faire marcher par d’autres chemius que ceux qu’on lui a laissé prendre de lui-méme.
L’on a déjà vu que les Girondins n’avaient pas voulu' que le jugement du roi précédât la constitution , sur quoi la députation de Paris , qui formait proprement elle seule tout le parti contraire, eut l’avantage. Elle l’eut aussi au jugement du roi, où les Girondins , qui professaient les mêmes principes de liberté et d’égalité, donnèrent prise sur eux à leurs adversaires en volant l’appel au peuple. Dans cet étal, le parti vainqueur, maître du champ de bataille, disposa à son gré de toutes les délibérations, de tous les déci’ets de la Convention. Le premier, le plus important pour son repos, fut une nou-
58 HISTOIRE DE LA. CONVEHTION NATIOHALEvelle composition du comité de sûreté générale uniquement rempli de ses gens. Une autre me-r sure , qui lui parut nécessaire , fut rétablissement d’un tribunal révolutionnaire où l’on pût se défaire des ennemis de la révolution dans les formes apparentes de la justice, qui dégénéra bientôt après dans la suite en tribunal de sang , où l’innocent ne fut plus distingué du coupable. Une fut plus permis à aucun des malheureux , accusés d’un fantôme de crime , d’avoir ni conseil ni défenseur ; décret monstrueux qu’on ne peut se rappeler qu’a-. ' vec effroi et indignation , et dont il sera question plus tard. 11 ne s’agit ici que du prétexte des opinions contre les députés eux -mêmes. Les Girondins avaient voté la mort du roi; mais ils avaient voté auparavant l’appel au peuple. Dès -lors c’étaient des royabstes : comme tous les appelans au peuple en général, qu’il fallait sacrifier. Les Girondins ont péri ; mais nous , appelans du côté droit, nous en avons été quittes pour la peur que nous faisaient et devaient nous faire des menaces , des motions continuelles pour notre arrestation , notre accusation , ce que , chose étonnante, Robespierre a toujours arrêté : il nous a constamment protégés contre tous les malveillans homicides de la montagne ; on verra poui’quoi.
D’antre part, la Convention, dans son adresse aux Français sur la mort du roi , parlait du respect pour la liberté des opinions , et de la nécessité de r union et de la concorde entre nous : belles paroles