‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 22 sur 119 · PREMIÈRE PARTIE. CHAP. III. 5q · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAP. III. 5q

sans effet. La liberté des opinions fut violée, dans le jugement même du roi , par des adresses des ja^ cobins de Paris et de Marseille , qui menaçaient de mort ceux des députés qui ne voteraient pas celle du roi. Ma tête fut mise à prix par la société populaire de Marseille , quand elle apprit que j’avais voté et l’appel au peuple et la réclusion. Elle envoya de plus deux députés à Paris pour solliciter notre expulsion de l’Assemblée , et celle de tous les appelans au peuple. Cette expulsion n’é^ tait pas proposable , mais la pensée s’en est comme perpétuée jusqu’à la mort de Robespierre. A l’époque de sa chute , nous fûmes assez heureux pour faire abolir , par un décret de la Convention , non les sociétés populaires dont l’existence nous paraissait alors tenir aux grands principes de liberté, mais leur formidable corporation plus puissante que la Convention elle-même. Je le demandai moi-même à la tribune où je montais très-rare- ' ment. J’y montai aussi pour faire , à la montagne 0 les reproches qu’elle méritait à cause de ses persécutions envers nous qui étions dans le fond autant et plus amis qu’eux de la liberté , parce que nous étions attachés sur toutes choses à la justice, sans laquelle Cicéron lui-même nous a appris qu’une république ne peut pas exister.

Quant à l’union et la concorde dont parle la même adresse, si elle n’a pas régné dans la Convention , la faute en est aux dominateurs cruels et ambitieux qui ont fait périr quiconque s’op-

Go HISTOIRE DE LA CONVENTION NATIONALE.

posait à leur tyrannie. On avait, dans ce temps-là même , une guerre très-sérieuse au dehors à soutenir. La montagne , rayonnant alors de gloire par ses victoires dans l’intérieur, avait , au nom de la liberté, mis le peuple dans un tel enthousiasme quelle en profita pour faire upe levée de trois cent mille hommes qui s’enrôlèrent tous, comme d’eux-mêmes, sur les invitations ou les ordres des représentans , commissaires - recruteurs dans tous les départemens.

A l’occasion de ce recrutement , on commença à faire sentir l’injustice oppressive des montagnards envers ceux qui, dans le jugement du roi , avaient voté l’appel au peuple . Collot-d’Herbois fit la motion de ne comprendre , dans le choix des commissairesl'ecruteurs , aucun de ceux qui avaient voté l’appel au peuple. Cette motion ne fut point décrétée , mais elle fut très-exactement suivie , sous le prétexte que les appelans, au lieu de servir la république, la trahiraient en pervertissant l’esprit public. Tel était déjà dans la Convention le cri de guerre contre tous ceux à qui répugnait le système de la terreur et du sang. On les accusait de pervertir l’esprit public. C’est parce même moyen que l’on avait voulu décrier le ministre Roland, au sujet dç ses écrits adressés aux communes, auxquelles il recommandait la modération et la paix dans leur zèle pour la défense de la liberté. Aucun député appelant au peuple ne fut donc nommé pour commissaire-recruteur dans les départemens. Le déci’et de

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