PREMIÈRE PARTIE. CHAP. III. Gl
la Convention pour ce recrutement disait : « La Con- » vention nationale invite tous les départemens à M fournir des soldats volontaires en sus de leur con- » tingent , pour bien mériter de la patrie dans un » moment où la liberté est menacée par tous les » tyrans : ce qui sera mentionné dans les procès- » verbaux et affiches. »
Ce fut comme un enchantement. Les trois cent mille .hommes furent aussitôt levés que commandés , et l’on peut dire que c’est là ce qui a décidé constamment la victoire dans nos guerres du dehors. Le premier élan inspiré par les seuls mots de liberté ^ égalité ^ dans l’ame des ci-devant roturiers, tant avilis sous l’ancien régime ; le premier élan, en grossissant et animant nos armées, les a rendues invincibles sous des généraux qui , pour la plupart dans les rangs mêmes des soldats et bas-officiers , sont tous devenus comme autant de héros. A ce sujet, Maximin Isnard , député du Var, connu par le genre fort et énergique de son éloquence , fit une adresse aux Français , dont la Convention ordonna l’affiche, le placard et l’envoi dans les départemens. Nous en citerons des passages : l’orateur parlait ainsi :
« Soldats , matelots , qu’une émulation salutaire » vous anime , que des succès égaux vous couron- )) nent ! Si vous êtes vaincus , la France devient la H risée des nations et la proie des tyrans. Voyez ces n féroces vainqueurs se précipiter sur elle ; ils ou- » Iragent, ils dévastent, ils égorgent, ils ne trou-
Ga HISTOIRE DE LA CONVENTION NATIONALE.
)) vent pas assez de victimes. A la lueur de Paris in- » cendié, regardez les e'chafauds dresses par la venj) geance , et où des bourreaux traînent vos amis et » vos frères ; votre défaite couvre la ten’e de deuil
» et de larmes La liberté fuit ces tristes con-
» trées, et avec elle s’évanouit l’espérance du genre )) humain. Long-temps après que vous ne serez » plus , de malheureux viendront agiter leurs chaî- » nés sur vos tombeaux, et insulter à vos cendres. )) Mais si vous êtes vainqueurs, c’en est fait des tyn rans. Les peuples s’empressent, et, honteux de )) leurs longues erreurs, ils éteignent à jamais le » flambeau de la guerre ; on vous proclame les sau- » veurs de la patrie , les fondateurs de la républi- » que , les régénérateurs de l’univers ; la nation qui » vous doit tout vous comble de bienfaits.
)) Et vous qui mourez au champ d’honneur , rien » n’égalera votre gloire. I^a patrie reconnaissante » pi’endra soin de vos familles, burinera vos noms w sur l’airain , les creusera dans le marbre , ou » plutôt ils demeureront gravés sur le frontispice » du grand édifice de la liberté du monde. Les gé- » nérations en les lisant diront ; Les voilà ces hé- » ros français qui brisèrent les chaînes de l’espèce » humaine , et qui s’occupèrent de notre bonheur » lorsque nous n’existions pas.
» Heureuse France , telles sont les hautes desli- » nées qui s’ouvrent devant toi ! Loin de t’étonner » de leur grandeur , parcoui^-les avec héroïsme ;
» que l’histoire ne trouve dans tes fastes rien qui
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>) ressemble à tes triomphes ; eflace tout-à-coup là î) gloire des républiques de la Grèce et de Rome ; M fais plus eu une année, sous le règne de la liberté, » que tu n’as fait , en quatorze siècles , sous le règne » des rois ; que l’étranger ne parle de ta république )) qu’avec admiration , et d’un citoyen français qu’a- » vec respect ! Pour nous , fermes à notre poste > » nous promettons de donner l’exemple du civisme, » du courage et du dévouement ; nous imiterons, » s’il le faut , ces sénateurs romains qui atfendi- » rent la mort sur leurs chaises curules ; ou vous » dit que nous sommes divisés , gardez-vous de le » croire. Si nos opinions different, nos sentimens » sont les mêmes ; en variant sur les moyens , nous « tendons tous au même but ; nos délibérations w sont bruyantes, et comment ne pas s’animer en » discutant d’aussi grands intérêts ? C’est la passion » du biën qui nous agite à ce point; mais une » fois le décret rendu , le bruit finit et la loi )) reste. »
C’est d’un bout à l’autre le langage entraînant du plus chaud républicain. Eh bien ! le croira-t-on ? ce même Isnard , qui a voté la mort du roi et sa prompte exécution sans appel au peuple , a été persécuté, décrété dans la trop fameuse journée du 2 juin , comme royaliste , ou fédéraliste ^ ou modéré , et cela pour avoir parlé de la commune de Paris, comme on le verra dans l’un des prochains chapitres.
IjCS montagnards , après avoir pourvu à la dé-
fense delà république au dehors, voulurent donner au dedans une sauvegarde aux républicains par rétablissement d’un tribunal qui les délivrât de quiconque, n’étant pas des leurs, pourrait leur nuire. Robespierre, déjà plus fort avant le jugement du roi , le fut après de manière à écarter , comme à la baguette , tous les obstacles. Ses partisans étaient dignes de lui ; leur audace s’était accrue par leurs avantages sur les Girondins. Ils ne répondaient que par des quolibets, ou par de grossières injures aux observations les plus justes , les plus raisonnables. On en trouve la preuve dans les débats sur rétablissement du nouveau tribunal, d’abord appelé extraordinaire J mais, dès le lendemain , qualifié de révolutionnaire dans la Convention , tant cette dernière épithète avait d’attraits pour ces hommes qu’effrayait le calme de l’ordre et le cours ordinaire de la justice. Quand on leur disait r« Ce tribunal, établi pour juger d’une manière vague tous les conspirateurs et tous les contre-révolutionnaires, n’a rien que éi affreux (l’événement ne l’a
que trop prouvé ) ils répondaient : « Ce sont vos déclamations contre lui qui ajjfreuses . «Ils cber-
chaient par ce moyen à se faire un rempart contre les ennemis de la révolution, dont le nombre ne faisait que s’accroître, parce qu’elle attaquait, sans pudeur c^mme sans ménagement, la justice et l’humanité; Tous les historiens ont déclamé contre les jugemens par commissions. Eh ! qu’étaient ces commissions auprès d’un tribunal dont on vit ces juges.