PREMIÈRE PARTIE. CHAP. III
choisis sur la démission d’autres juges , à qui les nouvelles fonctions répugnèrent bientôt , se plaindre de ce qu’on ne leur donnait pas d’occupation , c’est-à-dire des coupables à juge» ou des victimes à frapper. Aussi ne vit-on plus dans la suite que des hommes féroces, tels que Dumas et Fouquier- Tinville , remplir les places. Voici le discours des premiers juges nommés sur une longue liste de candidats pris dans les quatre départemens voisins de Paris :
« Citoyens représentans ,
n Les juges et jurés composant le tribunal ré- » volutionnaire se présentent devant vous, non pas w pour témoigner de la reconnaissance à la Con- » vention nationale de la confiance qu’elle a placée » en enx , mais pour lui annoncer qu’ils sont è leur a poste. Déjà les ennemis de la patrie nous calom- H nient de toutes parts : les uns désignent le tri- » bunal comme un tribunal inquisitorial et un tri- » bunal de sang ; les autres, profitant de l’inaction N forcée dans laquelle on nous laisse depuis le jour n de notre installation, exciteht encore l’impa- » tienne qu’a le peuple de voir enfin les conspira- » teurs punis. Pour nous , au-dessus de la calom- » nie , impassibles comme la loi , mais inébranla- M blés dans les fonctions augustes qui nous ont été » déléguées, nous attendons le moment de dé- » ployer toute la sévérité des lois contre les ennemis
» (le la chose publique. Repre'sentans , le peuple » s’indigne contre les traîtres qui trament sans J) cesse de nouveaux complots; leur audace le fati- » gue. Nous vous le disons avec courage; la patrie » sera en danger tant que les conspirateurs pour- » ront impunément se livrer à leur rage impie. » Les ennemis de l’intérieur, d’accord avec ceux » de l’extérieur, menacent la patrie d’une subver- » sion totale ; des généraux perfides et insolens » osent dans leur fureur sacrilège nous proposer » des rois. Périsse avec nous notre propriété , » périsse notre mémoire, plutôt que de reconnaî- )) tre de nouveaux tyrans !
>1 Représentans , il n’y a pas un instant à perdre. » Ordonnez à votre commission des six de faire » cesser enfin l’inactivité dans laquelle se trouve ») le tribunal révolutionnaire depuis son installa- » tio*. Le peuple , cpii connaît les conspirateurs, » veut leur punition ; apprenez au peuple que la » Convention nationale veut se réunir à lui pour M sauver la république. Représentans, nous vous )) le répétons ; nous sommes à notre poste où vous M nous avez placés , et nous jurons d’y mourir » pour le salut de' la patrie. « * ^ i
Je laisse au lecteur à juger du mérite et de la délicatesse des juges et jurés de ce nouveau tribunal, qui semblaient n’attendre , comme des oiseaux de proie, que de la pâture. Le peuple , disent-ils , connaît les conspirateurs , et s’indigne de leur impunité. Dans tout le cours de la révolution , où l’on