CHAPITRE V
Jugcitienl de Marat. — Défection de Duir ouriez; mesures prises contre lui. — Dénonciation de vingt-<leui députés par la commune de Paris. — Discussion de ia con^^titution. — Comité de salut public; il fait établir la faincu.se commissionnes douze.
Le trihunal populaire venait d’ètre élabli. Marat avait prêche le pillage le p.5 février 1793, et ce même jour ce pillage avait eu lieu chez divers épiciers de Paris. Alors , et tout-à-coup, il s’éleva contre lui une clameur ile haro , et il fut envoyé devant le nouveau tribunal. Depuis long-temps il provoquait au meurtre , à l’assassinat, dans le journal de l’y/in/ du peuple. Tout récemment encore il avait présidé la société des jacobins, dans une séance où l’on avait fait à toutes les sociétés, ses afiiliées dans les départemens, une adresse des plus violentes contre la moitié de la Convention. On prit donc le parti de l’attaquer personnellement, et de demander un décret d’accusation contre lui et sa détention à l’Abbaye. Ce dernier chef de cette demande fut obtenu , mais avant d’en venir au décret d’accusation, on exigea que le comité de législation fît un rapport à ce sujet , et que , dès le lendemain , il le présentât à la Convention , ce qui eut lieu. Le 14 avril, sur les conclusions du comité, la Convention décréta Marat d’accusation à une
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grande majorité. Toutefois celle résolution ne. fut
prise qu’après beaucoup d’opposition et d’apostrophes , selon la méthode indécente et injuneuse de la montagne contre scs adversaires. ■ • ‘ .
J’étais certain que le parti Robespierre y en force par ses victoires sur les girondins , tramerait le moyen de faire acquitter Marat par le tribunal révolutionnaire. Dans cette conviction, je m’abstins . de donner mon suffrage au décret d’accusation. Je ne votai pas; d’ailleurs il ne s’agissait, pour tout . délit , que d’un journal fait dans le temps le plus li- * bre pour les presses , et d’une adresse aux clubs qui n’était pas personnelle à Marat, et j’aurais voulu, qu’au lieu de cette matière d’une accusation incertaine , on ne fournît pas à cet homme méprisable le sujet d’un triomphe humiliant pour toute la Convention , et surtout pour son comité de législation. En effet, Marat, sans jamais avoir mis les pieds dans l’Abbaye où on l’avait envoyé, fut acquitté par
le tribunal révolutionnaire , et revint avec une
couronne sur la tète' , escorté du peuple jacobin ,
dans la salle même de la Convention où il fut * * . ^ reçu aux acclamations de la montagne. L’on eo- <
tendit une voix s’écrier que Marat méritait. plutôt
la palme civique qu’une condamnation. En même
temps on vit descendre plusieurs députés de la
montagne, qui affectèrent de demander l’adresse
aux clubs , dont on avait fait un chef d’accusation
contre Marat , pour la signer eux-mêmes ; et après
l’avoir signée, ils demaittièrent que la Convention
l-nEMIÈRE PARTIE. CHAP. V. 8^
decTelat quelle fut envoyée aux départemeiis ef aux armées J afin quon vit dans le public aveir quelle rage ceux que cetle adresse dénonçait étaient traités dans la Convention. L’Assemblée accéda à leur voeu sans opposition.
Dans cette situation de la Convention , les généraux me pouvaient qu’être dégoûtés de leurs travaux , de leurs fatigues et des périls journaliers auxquels ils s’exposaient au milieu des armées, pour une république dont le gouvernement était entre les mains d une liorded assassins. Le general Dumouriez séparait de ces derniers le parti girondin qui s’était montré favorable à Louis XVI. 11 aurait voulu pouvoir le réconcilier avec le roi, et réconcilier le roi
3 vec la première constitution ; seul moyen, én effet, e prévenir les malheurs d’une démocratie impraticable ; mais malheureusement ce parti s’était trop égaré dans l’Assemblée législative, et l’on ne fait pas. impunément de faute en politique. Quoi qu’il en soit, on pensa que Dumouriez avait eu le projet d’élever au trône le fds aîné du duc d’Orléans, qui faisait ses premières armes sous lui. Il écrivit en conséquence une lettre très-hardie à la Convention nationale, le 12 mars, et une autre au ministre de la guerre, où, en menaçant de marcher sur Paris , il parlait à'ime partie saine de cette Jsseniblée qu’il ^viendrait délivrer du joug de r qffreuse mon tagne .
Il en fallait moins pour rallumer le feu de la discorde. I.es montagnards ne virent cette saine partie
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IIISTOM'.K UE f i CONVENTION NATION.VT.E.
. que dans les f^irondins qui , selon eux , tramaient ainsi avec Dumouriez la perte de la republique et des républicains. Les girondins s’en défendirent comme d’une calomnie ; mais il eût été désirable pour eux , comme pour la France, que Dumouriez eût rétabli une monarcliie rrjnstitutionnelle. C’était le vœu et le besoin général du tiei*s-état éclairé , pour se soustraire an joug <le la partie infime et indigente de la nation. Obligé précédemment de se servir d’elle pour sa défense , aujourd’hui il était opprimé par elle. Aussi est-ce dans ces circonstances que Dumouriez avait conçu son projet.
Mais pour l’exécuter avec succès , il aurait fallu commencer par se défaire de la montagne , ce qui ne pouvait guère arriver que par une^expédition soudaine de Dumouriez lui-même. Au lien d’écrire des lettres menaçantes, aussi inutiles qu’impolitiques, il devait accabler les montagnards à l’improviste ; une fois terrassés, il avait bonne composition des autres pour lesquels , comme pour toute la France, un roi valait mieux que la domination sanguinaire des démagogues. Mais Dumouricz n’était pas maître de son année où le soldat était plus républicain qu’aucun citoyen.
Jamais ses troupes n’auraient marché contre les montagnards ou les jacobins , qu’elles croyaient les plus sincères amis de la liberté et de l’égalité. • 'T ^ ,
Cependant Dumouriez ne craignait pas de Sjôh*- ■ vrir sur ses projets à qui voulait l’entendre. De p'a-"* *
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' , • PREMIÈRE PARTIE. — CnAP. V. 85
iteillcs ouvertures, de la part d’un général qui avait une grande «rniée sous son commandement, ne .pouvaient qu’exciter la vigilance de la Convention , et plus encore celle de la société des jacoliins qui la dirigeait par le moyen de la montagne. Ctdle-ci ne manquait jamais de prendre le mot d’onlre dans les affaires tant soit peu sérieuses; mais comme il ne sufGsait pas , pour frapper Dumouriez, d’avoir contre lui les bruits vagues de ses projets royalistes , le comité de sûreté générale voulut s’en assurer, afin de }K)uvoir agir légalement et employer les mesures exigibles dans l’intérêt de la république. Lebrun, ministre des affaires étrangères, d’accord avec le comité, envoya auprès de Dumouriez trois personnages , Dubuisson , Proly , Percyra , qui avaient certaines relations avec lui , pour lui faire dire ce dont ils avaient besoin d’avoir la certitude par un rapport officiel. Ils se rendirent à son armée, et Dumouriez semblait se complaire à leur parler le même langîige; il insistait sans ménagement sur la nécessité de donner à la France un roi constitutionnel, tel que l’avait fait la constitution de 1 791 , plutôt que de maintenir une république gouvernée, disait-il , par trois cents imbécilles qui sc lafssaieut mener par quatre cent cinquante tyrans. En fallait-Il davantage pour sévir contre lui ?» Au retour des trois espions , la Convention nationale décréta , le 3o mars lyQS , ce qui suit :
« Art. I. La Convention nationale mande à sa J) barre le général Dumouriez.
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» Art. 2 . Le ministre de la guerre partira à H l’instant pour l’année du Nord, «à l’effet d’en » connaître l’état et d’en rendre compte à la » Convention nationale.
» Art. 5. Cinq commissaires , pris dans la Con- » vention nationale , se rendront de suite à ladite » armée, avec pouvoir de suspendre et faire arrè- H ter tous généraux, officiers militaires, quels qu’ils » soient, fonctionnaires publics et autres citoyens, » qui leur paraîtront suspects, de les faire traduire à » la barre et d’apposer les scellés sur leurs papiers.
)) Art. 4* Ces commissaires ne pourront agir » qu’autant qu’ils seront réunis au nombre de Il quatre.
» Art. 5. Les commissaires , qui sont actuelle- » meut auprès de l’armée de la Belgique, se ren- » dront au sein de la Convention nationale pour » lui donner tous les renseignemens qu’ils ont » acquis sur l’état de l’armée et des frontières.
» Art. 6. Les commissaires sont Camus, -La- » marque, Quinette, Bancal et Carnot. «
Les propos , comme les procédés du général Dumouriez, avaient tout le caractère de la rébellion la plus coupable ; ce ne fut pourtant pas en refusant d’obtempérer au décret et de se rendre à la barre d’«ü il n’aurait fait qu’un pas à l’échafaud , mais en faisant traîtreusement saisir et conduire chez l’ennemi quatre des cinq députés de la Convention. La Convention, légalement réunie, représentait toute la nation avec l’exercice de ses droits et de
PREMIEBE PARTIE.