PREMIÈRE PARTIE. CHAP. V
contre les honnêtes députés, par les voies legales,
. ^ ^ ils employèrent la force de la manière la plus scandaleuse.
A. celte epoejue la discussion de la constitution V devait être reprise. Le parti Robespierre était par- * venu à la faire renvoyer apr^le jugement du roi.
\ I-e jugement rendu , le projeT de la constitution , - rédigé par- Condorcet , fut distribué en février,, et
r^-*, i" mars la Convention décréta que la discussion
s’ouvrirait invariablement le i5 avril. Ce jour ar- ”vé, les montagnards s’opposèrent à la discussion sous divers prétextes; ils prétendirent qu’une levée de trois cent mille hommes qui avaient déjà marché contre l’ennemi , ayant été faite, il n’était ' ■- pas juste de décréter une constitution pour eux et
sans eux ; que ce serait faire perdre à ces généreux citoyens le droit le plus précieux , celui de coopé- V rer, par leur consentement , à une constitution qui allait fixer la destinée de la France par une nouvelle
Que la levée de ces trois cent mille hommes ayant exigé la présence et les soins d’un grand nombre de députés, alors absens, ceux-ci ne pouvaient fournir leurs lumières et leurs avis dans la discussion importante de chaque article de la constitution ;
Que d’autres députés avaient été envoyés aux armées, et que cette seule considération de tant de représenlaus du peuple , qui ne prendraient aucune part à la constitution pour laquelle
forme dans son gouvernement
surtout ils avaient été envoyés par leurs depai’tcmeris , devait faire renvoyer la discussion Jusqu à leur retour.
Cependant le besoin , le désir de cette constitution étaient si grands , que la Convention nationale , composée ei^ore des deux tiers présens de ses membres, allait passer outre. On était au i6 avril; le i5 un décret avait été rendu contre Marat, ce qui fît prendre la parole à un député de Paris : «On est parvenu , dit-il , à faire » mettre à l’ordre du jour la discussion sur les » bases de la constitution ; et dans quel moment » cette proposition est-elle faite ou renouvelée ?
» Dans un moment où la Convention nationale se ») trouve divisée en deux partis fortement pronon- )) (Xîs; dans un moment ou l’un de ces partis, fort >) de sa majoi'lté, vient d’arracher à la Conven- » lion nationale un décret qui la prive d’un do )> ses membres dont la surveillance et l’énergie » étaient nécessaires à la liberté , et ne pouvaient » être redoutables qu’aux malveillans. Je demande » donc l’ajournement de cette discussion jusqu’au » retour des commissaires envoyés dans les dépar- M temens. »
Sur cette nouvelle traverse , I.asource , l’une des premières victimes du parti Robespierre , combattit cet ajournement : « Les bases de la constitution » vont être bientôt le point central , autour duquel J) se réunira la .république entière. Ces baiies de la *> liberté serviront aussi à la Convention nationale
.. PREMIÈRE PARTIE. CHAP. Y. qq
)) de bouclier contre les traits de ses ennemis. » Chacun sent la ne'cessite' de les voir prorapte- » ment arrivées. Ainsi , je ne pense pas que Topi- » nion du préopinant puisse faire suspendre votre » délibération. »
L’assemblée en général, tout aussi impatiente que le reste de la nation de voir la nouvelle constitution s’établir, ordonna qu’on passerait à l’ordre du jour , c’est-à-dire à sa discussion dont on devait s’occuper trois jours de la semaine. On commença par la question de savoir si l’on discuterait d’abord les bases de la constitution, ou la déclaration des droits de 1 homme. Ce dernier avis prévalut : ce fut l’avis de Robespierre. Celui-ci éprouvait cependant beaucoup de dépit de cette discussion. Il était d’ailleurs, ainsique son parti, hors de lui-même de ce que la dénonciation contre les vingtdeux députés par la commune de Paris , avait été jugée calomnieuse par la Convention nationale. On découvrit et on porta a la barre de l’assemblée un paquet adressé par les Jacobins aux sociétés populaires des départemens , et dont le contenu faisait frémir. C’était une instruction sur le complot qui avait échoué , mais auquel on déclarait vouloir revenir comme au seul remede de tous nos maux , comme au seul bon moyen de faire cesser tous les obstacles a la paix et au bonheur public. Mais, vaines découvertes ! Toutes ces pièces furent renvoyées à des comités d ou elles ne sont plus sorties. •
La discussion de la constitution s’ouvre. Ou commence par établir , pour première base de la constitution, que la France sera désormais gouvernée dans la forme d'une république une et indivisible. Ensuite l’on passe à la déclaration des droits de riiornme ; on parvient à la finir, mais sans y parler de l’Étre-Suprême. Un député des îles de l’Amérique monte alors à la tribune pour s’en plaindre ; il est relancé par Danton et Vergniaud. Ce dernier disait à ce sujet, aveti son éloquence ordinaire : « Nous n’avons que faire de la >» nymphe de Numa , pas plus que du pigeon de » Mahomet. Sans recourir à ces fraudes supersti- » tieuses , la raison seule nous suffît pour donner )) à la France la plus sage constitution. » J’étais orésent à cette séance, et j’avoue que je désespérai dès ce moment de la république. Cependant on avait distribué le projet de Condorcet , il y avait plus d’un mois : je m’en étais occupé pour qu’il ne fût pas dit, dans mon silence, que je n’étais bon à rien. Mais aussi quand je vis que non-seulement on entendait se passer de la religion , pour former le gouvernement, mais qu’on afl’ectait encore de vouloir la détruire ; quand je vis que le parti girondin auquel je m’étais attaché comme au parti le plus droit, le plus vertueux , était plus impie même que le parti de Robespierre, lequel se prév.Tlut de l’atliéisme de ses rivaux (i) pour ac-
(i) n.iranA-Maillane sc trompe. Robespierre ne se prévalut jainais de l’cxistcucc de l'Étre-Suprême et de VimmoriaUié de famé
TREMIKRE PARTIE. CIIAP. V. lOl
créditer son Être-Suprême et son immortalité de l’ame ; quand donc je vis tous ces gens-là marelier sans religion dans une carrière politique qui intéressait toute la nation , je crus devoir faire hautement, dans toutes mes opinions , profession de ma foi, pour n’étre pas confondu avec tous ces atliées et tous ces déistes.
Cependant IMarat était revenu triomphant dans la Convention où il poursuivait de ses Injures les girondins qu’il appelait les hommes d’Etat. D’autre part, la défection de Dumouriez avait toxit fait craindre au-dehors des années ennemies , tandis qu’à Lyon et à Marseille on avait établi des tribunaux populaires pour se défendre des excès impunis de ceux qui se disaient les patriotes exclusifs , et qui , sous la protection des jacobins de Paris et de la montagne, se pennettaient les vols et les meurtres. Enfin on était à Paris dans les soucis réels et factices des subsistances; ce qui faisait accorder à tous les enfans gâtés par la licence et l impunlté une taxe , un maximum pour tous les objets de premier besoin. RobtvSplerre et son parti fomentaient eux-mêmes tous les germes de
coulre le parti girondin. Il se servit d’autres moyens et d’autres accusations pour le perdre. 11 n’opposa l’Étre-Supréme qu'à la faction athée de la commune de Paris , à la tète de laquelle se trouvaient Hébert , Chauinettc et Auacharsis Clootz. Après que les girondins eurent été vaincus, la commune lit fermer les églises , et substitua aux cultes chrétiens le culte de la raison. Robespierre renversa la commune, et remplacfi, à son tour, le culte matérialiste de la raison par celui de VÈtre-Supréme.
troubles et de guerre civile. Les ministres n’y suffisaient plus , et l’on imagina un comité de salut public, pris dans le sein même de l’Assemblée. Cette mesure changea tout-à-coup la marche de la Convention qui, tout occupée des prétendus dangers de la patrie, exagérés à dessein, laissa là soudain la constitution. De son côté, la montagne chercha les moyens de se débarrasser, une bonne fois, de ses compétlteui's ; ce qui ne fut pas long avec la force armée dont elle disposait , et que le nouveau comité de salut public , assez bien composé, négligea trèsimprudemment de mettre à sa seule disposition.
Ce comité de salut public , sans constitution comme sans lois , réunissait dans son sein tous les pouvoirs souverains. Les ministres subsistaient toujours pour faire aller la machine dans l’ordre ordinaire de leurs divers départemens , et ils ne cessaient pas d’être sous le poids de la responsabilité publique de leurs actes.
Ce premier comité de salut public fut composé de neuf membres dont les noms suivent :
Barrère , Delmas , Bréard , Cambon , Jcan-de- "Bry, Danton, Guyton-Morveau, Treilhard et Lacroix. Jean-de-Bry donna sa démission , et fut remplacé par Robcrt-Lindet.
Ce comité, dont l’institution avait principalement pour objet les armées au -dehors et les grandes mesures de sûreté générale, n’empêcha pas que la guerre intestine des députés ne continuât toujoui*s. La montagne y était secourue par cette partie