‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 4 sur 119 · VI NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

VI NOTICE BIOGRAPHIQUE

d’humanité. Au milieu des hommes dont les cris menaçans demandaient la mort de Louis XVI, il vota pour la détention et pour le bannissement à - la paix : c’était assurer son salut. Quand il reconnut plus tard que les girondins se flattaient de vaincre avec des discours ceux qui les attaquaient par des insurrections, désespérant malgré lui du succès de leur cause, il garda le silence. On le vit parmi ces hommes de la plaine , qu’insultait , que méprisait la montagne, mais que ménagea cons- • tamment Robespierre après le 3i mai. Ces hommes immobiles etsilencieuxsurleurssiéges, ces hommes qui semblaient étrangers à ce qui se passait autour d’eux, sourds aux menaces, insensibles au bien comme au mal, devaient, lorsque le joug du tyran épouvaiflerait même ' ses plus ardens complices, décider et précipiter sa chute. Nous seconderez-vous? leur disaient Legendre et Tallien, la veille du 8 thermidor.

— Oui y si vous êtes les plus forts ; non, si vous êtes les plus faibles. Ces mots qui ressemblent aux calculs de la peur, décelaient le • secret d’une indifférence étudiée. Ceux qui les

prononçaient savaient bien qu’ils pourraient seuls, au moment du combat, ôter ou donner la victoire. Çes paroles plaçaient les ennemis

SUR DUR AND DK MAILLANB.

de Robespierre dans la nécessité de v?uncre.

L’événèment prouva d’ailleurs que les hommes de la plaine s’étaient vantés d’tme impassibilité au-dessus de leurs forces.

. ^ Quand Robespierre, haletant, épuisé de fati- • gués , attaqué par Tallien, repoussé par les anciens amis de Danton, s’avança vers les bancs des députés échappés au massacre du 5i maii et leur dit : « A>mme‘s vertueux , c’est main- ' )) tenant à vous que je m’adresse ; je vous ai )) tous arrachés aux fureurs de ceux qui m’ac- » cusent : sauvez-moi donc , ou vous périrez » avec moi J » le côté droit garda d’abord son ordinaire immobilité. Mais tout-à-coup , rompant ce long silence, uîie voçt fit entendre ces mots : Scélérat! la zfertu dont tu profanes ■ le nom doit te traîner à V échafaud. A l’ins- • tant, d’un mouvement spontané, le côté droit se leva tout entier , et le décret d’accusation fut rendu. A l’accent lent et sombre de la voix .qui prononça ces paroles , on avait reconnu Durand de Maillane (i).

Enfin brilla le 9 thermidor. Si long -temps chargée de chaînes et baignée de sang, la France respira. Les cachots s’ouvrirent. Ceux

(1) Biographie de Bruxelles. — Artiele Robespierre.

vin ’ NOTICE BIOGRAPHIQUE

qui avaient le plus soiiflfert des excès de la tei^ reur se trouvèrent en présence des honunes auxquels ils avaient à redemander un père , un fils, une épouse, des amis immolés; et, comme la justice ne pouvait satisfaire tant, de ressentimens, et qu’en France on se précipite presque toujours d’un excès dans un autre,; ■ la réaction se livra trop souvent à de cruelles représailles : le Midi 'servit de théâtre * aux scènes les plus sanglantes.

Durand deMaillarie, né dans la Provence, et qui devait mieux qu’aucun autre connaître le caractère de ses habitans, y fut envoyé pour rétablir l’ordre, et rendre à la justice son cours ordinaire. U ne,paraît*pas que les*résultats de sa mission aient été ni bien prompts ni bien efficaces. Fréron, qui fut commissaire de la Convention dans la Provence , après Durand de Maillane, prétend qu’il ne sévit point contre les réacteurs ; qu’il favorisa le retour des émigrés; que, sous la république, il plaça des royalistes dans toutes les administrations. Il assure, comme on l’a vu dans ses Mémoires sur les réactions du Midi, que Durand de Maillane alla jusqu’à dire, dans un cercle, à quèlques personnes : Il vous faut un roi. J’en doute.

Pour expliquer la conduite de Durand de

SUR DURAND DE MAIU.ANK. IX

Maillane , il faut considérer son âge sa position, son caractère. Il venait au milieu de compatriotes qui tous avaient cruellement soufl'erl. A 65 ans, ayant passe l’èpoque de la force et de l’activité, il arrivait à l’âge oïl l’on sent le besoin du repos, où l’on ne veut plus agir sur les hommes que par la sagesse et la persuasion. L’expe'rience apprend alors que les passions s’usent d’elles -mêmes dans leur action. En déplorant , en condamnant les excès qui s’étaient commis, peut-être mit-il plus de soins à prévenir leur retour qu’à les punir, comme dans un violent incendie on abandonne au feu ce qu’on ne peut plus lui disputer, pour sauver du n)oius ce qui reste.

Quant aux reproches de modérantisme et de royalisme , qu’en faut-il croire? Durand de Maillane n’avait jamais été fougueux républicain. Il voulait sincèrement et fermement, en 1789, la réforme des abus; mais il eut dit volontiers, avec l’éloquent M. de Lally, dans sa tragédie de Strafford :

Réfortnpr nn Etat nVst pas le renverser.

L’essai qu’on avait fait, en q. 5 , du gouT

vernement républicain, n’était pas tle nature

X ^OTICE BIOGRAPHIQUE

à le faire goûter en France. Il avait été plus facile de prendre les noms de Caton, d’Aristide et d’Agricola, (pie d’imiter les vertus de ces grands hommes. On ne change point en un moment l’esprit, le caractère, les mœurs, les habitudes d’une nation. Tous les bons esprits en convenaient : on n’avait pas tarde' à s’en apercevoir," même dans le sein de la Convention.

Plusieurs hommes, instruits par Fexpe'rience du pre'sent et le souvenir du passe', pouvaient sentir la ne'cessitê d’une autorité' plus concentrée, plus imposante, qui fît cesser l’anarchie sans comprimer la liberté'.

Durand de Maillane porta ces principes et ces vues dans le Conseil des anciens, dont il fut membre, en vertu de la constitution de l’an IV. Avec de telles intentions , il se trouvait placé sur-le-champ dans les rangs de ceux que le Directoire devait traiter en ennemis. Aussi fut-il atteint par le 1 8 fructidor. Accusé d’avoir entretenu des relations avec les émigrés, d’avoir favorisé leurs radiations, il fut mis en arrestation au Temple. Après plusieurs mois de séjour dans cette prison, il en sortit par un Jugement que rendit en sa faveur le tribunal de la Seine, le ai février 1798. *«*.»- -

Ici se teiniine la carrière polilicjue de Du-

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