PREMIÈRE PARTIE. CHAP. TII. I
guisement que l’on fit bientôt couler le sang des députés mis en arrestation. ,
U La section des Arcis , dit l’orateur, vient vous » dire son dernier mot , c’est d’ordonner la puni- » lion des traîtres , et de faire conduire à l’éclia- » faud les assassins de la république; nos frères » des départemens et ceux d’outre-mcr rendront J) grâces aux Parisiens qui ont démasqué ces pcr- )) fîdes législateurs. Décrétez que chaque départe- >1 ment enverra un juge à Paris pour juger ses mari- » dataires infidèles. Si vous différez, levez la tête, )) et voyez l’orage qui gronde de toutes parts. La » république ou la mort , voilà le dernier mot de » la section des Arcis. »
C’est ainsi qu’à Paris on faisait mouvoir ce qu’on appelait le peuple entier^ pour préparer les esprits au supplice des députés , en faveur de qui la commune de Paris , le comité de salut public, Danton et Couthon avaient proposé des otages , comme garantie de leur inviolabilité.
Mais il n’en était pas de même dans le re.ste de la France. Les événemens des 3i mai et 2 juin excitèrent une indignation générale dans les départemens. Partout il se forma des rassemblemens auxquels fut donné le nom de sections. On les éleva contre les députés oppresseurs de la Convention nationale ; mais on n’y prit aucune mesure prompte , et bien entendue contre eux. Les girondins , qui se réfugièrent à Caen , obtinrent l’approbation des municipalités, des administrations , mais
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ils trouvèrentpeu de secours. Le general Wimpfen , ex-coustituant , officier distingué, s’associa un moment à eux , et puis il déclara ne vouloir commander les troupes que pour le fils du roi Louis XVI. Cette diversité d’intérêts dans la cause de la révolution, a toujours favorisé Robespierre et les siens. J’ai déjà eu l’occasion de le dire : tous ceux à qui la révolution a fait du mal ont toujours plus esp^é pour un changement , des excès de la montagne que de la modération et de la probité de la plaine. Une jeune fille, Charlotte Corday, animée d’un’ tout autre esprit que celui des députés qui enflammèrent son courage , vint périr fort inutilement à^- Paris , après avoir assassiné Marat , presque mourant dans son bain. <
Dans les départemens du midi , les événemens des 5i mai et a juin donnèrent lieu aux mêmes réunions et eurent les mêmes suites. L’aristocratie y domina et se mit à la tête de l’armée départementale que les partisans de Barbaroux étaient^ parvenus à mettre sur pied à Marecille ; mais cCtte armée ne passa pas même la Durance. Les départemens qui devaient s’y joindre , tels que celui du Gard , et ceux qui l’avoisinent , furent- retenus par une lettre d’un député de ce p^s. Il écrivit que la Convention , étant toute occo^e de la constitution qui devait servir d’ancre dans la tempête, on devait partout se réunir et se rattacher à ce monument de gloire et de paix pour la France. La garnison de Nîmes s’était emparée du pont Saint-