PREMIÈRE PARTIE. CHAP. VII
Les autorités de Paris , qui avaient été apostées , vinrent en féliciter la montagne, en y mêlant les injures ordinaires contre les détenus, leurs victimes communes. Plusieurs députés du côté droit ne se levèrent point pour donner leur suffrage à la nouvelle constitution. Alors ou demanda l’appel nominal pour les faire connaître au peuple. Mais Robespierre s’y opposa , et c’est ici le lieu de remarquer que cet homme , satisfait d’avoir abattu ses rivaux , et désireux d’augmenter le nombre de ses partisans, a toujours préservé le côté droit des coups dont le menaçait la montagne ; et certes , il ne nous fallait pas moins qu’un si puissant protecteur. Prenant la parole dans cette occasion , il dit : « La nouvelle constitution n’a besoin , » pour être adoptée par le peuple , que des prin- » cipes qu’elle renferme et de l’assentiment de la » presqu’unanimité de la Convention nationale. >> Je m’étonne qu’on -se soit 'aperçu de ce que » quelques députés , qui siègent au côté droit , ont » paru immobiles et n’ont point partagé notre en- » thousiasme. Ce procédé de quelques individus » m’a paru , à la vérité , si extraordinaire que je ne » puis croire qu’ils tiennent à des principes con- » traires à ceux que nous consacrons; j’aime plutôt » jà penser que s’ils ne se sont pas levés comme » nous , c’est pai’ce qu’ils sont plutôt paralytiques » que mauvais citoyens. » . . ;
Après les compliment de la commune, des sections, des tribunaux , etc. , Robespierre ajouta :
l44 HISTOIRE DE LA œNVEMTIOH HATIONALE.
« Il faut que tous les esprits restent aujourd’hui » fixés sur les idées touchantes et sublimes présen- » tées par les autorités constituées, au nom des » citoyens de Paris. Livrons-nous au sentiment » consolateur qu’elles inspirent. Livrons-nous à la » joie que nous cause à tous l’achèvement de la » constitution. Que ce grand ouvrage ne soit in- » terrompu par aucun intérêt particulier. Ce jour ») est une fête nationale ; tandis que le peuple jure « la fraternité universelle , travaillons ici à son » bonheur. — 11 reste , dit Billaud-Varennes , à con- » sacrer cette journée célèbre par un décret popu- » laire et bienfaisant ; c’est l’abrogation de la loi ») martiale. Cette loi ne peut être utile qu’aux ty- » rans, et le jour que vous proclamez une consti- » tution populaire, cette loi de sang doit disparal- » tre. Faites qu’aujourd’hui , dans leur union fra- ») ternelle, les citoyens disent : Le champdela Fédé- » ration nesera plus abreuvé du sang des patriotes.»
Cette motion fut 'aussitôt a^ptée avecapplaudissemens. Cependant, dès avant la Convention nationale , le marc d’argent aurait été aboli s’il n’avait plus été question de la loi martiale ; mais il fallait publiquement condamner la première constitution. J’espérai pourtant que l’anarchie et le mépris des lois cesseraient par l’établissemenlide la nouvelle constitution qui , telle qu’elle fût , établirait et fixerait au moins un j^uvernement. Mais ce n’était le compte ni des montagnards ni de RobespieiTe leur chef. Celui-ci se seri'ait de cet ins-