PREMIÈRE PARTIE. CIUP. YU
trunient pour ses desseins. Cette constitution , qui culbutait 1 autre J le faisait toujours plus triompher de ses rivaux, mis aux fers ou en fuite. Ne voulant soumettre sa volonté' à aucuue sorte d’autorite' , il fit de'signer le dix août comme 1 epoque où elle serait présentée à l’approbation des fédérés de la république. En même temps il fit rendre une loi qui condamnait à mort quiconque proposerait ou suivrait une autre constitution. Condorcet se permit contre elle quelques critiques. Chabot allait le dénoncer comme digne de mort, quand on lui observa que censurer une constitution u’élaitpas en donner une nouvelle.
Secrétaire de la Convention, à l’époque de cette nouvelle constitution , on trouve mon nom dans les souscriptions en la forme o% inaire , ce qui ne prouve rien quant à mes idées ni à mes sentimens à l’égard de cette constitution et de ses auteurs. J’avoue que , telle qu’elle fût , j’en attendais du bien , niais je ne tardai pas à reconnaître mon erreur, Mns pourtant soupçonner qu’il s’en ferait une troisième dans la Convention, à laquelle je serais employé moi-mérne. Au surplus, ce qui ne laisse aucun doute sur mes sentimens contre tout ce que faisait la montagne, c’est qu’en quittant le bureau ' a la fin de mon secrétariat , j’ai constamment siégé au cote droit, préférant tous les périls et tous les dégoûts de cette place à l’assurance et au repos a que j’aurais trouvés dans le terrain haut ou bas de la montagne.
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q/^6 HISTOIRE DE LA CONVENTION NATIONALE.
Dès que les forces départementales furent dissipées au Nord et au Midi , les administrations, les sections, qui s’étaient déclarées pour les députés opprimés, les unes sincèrement et de bonne foi, les autres dans des vues particulières , se trouvèrent fort embarrassées. Les plus diligentes, dans le Nord, obtinrent grâce dans la Convention par la protection de Robert-Llndet : Robespierre et la montagne avaient pour lui des égards particuliers à cause de scs écrits contre nos collègues détenus ou fugitifs. Les plus lentes eurent plus de peine ; mais enfin Robert-Llndet sauva toutes celles du Nord dont il était député. Je le priai d’en faire autant pour les sections des Bouches-tlii-Rliône; il me dit qu’il ne pouvait , qu’il ne devait pas même prudemment s’en charger. Il ^ait obtenu leur pardon sous la condition qu’elles rétracteraient publiquement leur adhésion à la défense des députés proscrits ; cela fut ainsi réglé par décret de la Convention du 26 juin. Ce décret, mis <Ians les journaux, rassura les sections dans tous les départemens , et surtout dans celui des Bouches-du-Rhône où le soulèvement avait été général; on se hâta de faire cette rétractation publique, dans la conviction d’avoir prévenu toute rechei’che et toute punition. On le ^ croyait ainsi dans la Convention; mais ce décret du 26 juin n’ayant pas été rendu comme une loi générale, le ministre de l’intérieur vint à la Convention le 9 juillet, pour y apprendre les lions eft’eLs de la constitution, et il dit ensuite ;
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« Ces bonnes dispositions, si fortement pronon- » cées pour raficrmissement du gouvernement ré- » publicain , pour le retour de l’ordre et de la paix, » me font penser que l’Assemblée pourrait prendre » une mesure qui accélérerait l’un et l’autre. Le » décret du 26 juin , qui accorde le délai de trois » jours pour se rétracter , a souffert quelque re- » tard dans son envoi. Peut-être une prolongation » de quelques jours ramènerait-elle à la république » des citoyens qui ne sontqu’égarés ; c’est un moyen » de conciliation que je soumets à la sagesse de la » Convention. »
Rien n’élait certainement plus sage et plus juste que cette prolongation de délai ; elle ne pouvait produire que le grand bien de la réunion des esprits. Mais Rqbespierre ne voulait ni réunion, ni ordre , ni paix ; il ne pouvait régner que dans le trouble et dans l’anarchie; n’étre tranquille lulraéme que par la terreur; aussi s’opposa-t-11 vivement à l’indulgence à l’égard des sections; il prit la parole après le ministre, et dit :
(( Réjouissons-nous de l’allégresse avec laquelle }) le peuple accepte la constitution ; livrons-nous » aux transports que doivent nous faire éprouver » les élans sublimes de son patriotisme ; mais loin )» de nous toute idée de faiblesse au moment où la )) république triomphe et doit s’affermir par la perte )) de ses ennemis. Il est très-indifférent au peuple )» français que quelques intrigans reviennent plus têt I) ou plus tard de leur erreur, que quelques traîtres
M abandonnent leurs projets liberticides parce qu’ils » ne peuvent plus réussir. Ce que le peuple veut, ce » qui est de son intérêt, c’est que sa majesté olTen- » sée par la rébellion soit enfin vengée; c’est que,
)) trahi depuis tant d’années par tant de mandataires » infidèles, il trouve, dans la punition des scélé- M rats qui veulent répandre son sang , la juste réu paration des maux qu’il a soufferts. Bien loin de » partager le sentiment d’indulgence que vient » d’exprimer le ministre, j’engage la Convention à » persévérer dans les principes d’une juste sévé- » rité. 11 ne faut pas , après l’acceptation de l’acte •' » constitutionnel , laisser subsister de nouveaux .. » germes de division; il faut étouffer la faction a scélérate qui a si long-temps exposé la patrie ;
» sans cela elle renouerait bientôt s[es trames , et » forcerait le peuple à de nouvelles convulsions.
M Nous triompherons ! nous triompherons des ar- M mées qui nous environnent; mais pour cela, il >» faut exaucer les vœux du peuple et punir les >» traîtres ! »
Comme Robespierre savait personnifier son peuple, le faire parler, le faire s’indigner , se venger, et entretenir par lui les divisions intestines ! Personne, dans la Convention, n’osa répliquer. Le ministre, auteur de la proposition, s’estima fort heureux, après l’improbation violente de Robes- * pieiTC , d’en être quitte pour la retraite et le silence.
Au surplus , du refus fait par Robespierre d’ad-
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mettre à la réconciliation des hommes qui , suivant ses propres principes , avaient accompli un devoir en s’insurgeant contre la violation de leurs droits dans la personne de leurs représentans , il résulta qu’un tribunal de sang fut établi à Marseille; que ce tribunal, composé de juges choisis parmi les patriotes excessifs faits prisonniers pendant l’insurrection , n’exerça que de» vengeances. Alors tout ce qu’il y avait de riche et d’honnête dans Marseille en sortit pour se réfugier à Toulon , et c«mme les mêmes violences y continuaient , on se donna aux Anglais pour s’y soustraire. Les mêmes réactions et les mêmes horreurs eurent lieu • à INimes, à Toulouse et partout où les journées des 5i mai et 2 juin avaient produit les mêmes soulèvemcns contre les dominateurs tyranniques delà Convention nationâle. Cette boucherie affreuse ^d’un genre tout nouveau , fit , au nom de la loi et contre toutes les lois divines et humaines , verser - des flots de sang par toute la France !
La réunion des fédérés des départeniens , pour l’acceptation de la constitution , eut lieu le 10 août. Dès la séance du 7 , on entendit , dans la Convention , un de leure orateurs prononcer, au nom de -ses frères, un discours analogue au temps et au but de cette réunion.
Dans la séance du 9 , la commission des six , chargée de recueillir les pixicès-verbaux d’acceptation de l’acte constitutionnel, fit son rapport sur l’adhésion générale. Enfin, le 10 août 1795, eut
l5o tllSTOinE DF, L.^ CONVKKIION NATIONALE. ^
lieu , avec une pompe toute populaire, l’inauguration de la république française. Le président de la Convention termina ainsi son discours aux fédérés :
« Français, vos mandataires ont interrogé, dans » quatre-vingt-sept départemeus , votre raison et » votre conscience sur l’acte constitutionnel qu’ils #
» vous ont présenté. Quatre-vingt-sept départej) mens ont accepté l’acte constitutionnel. Jamais » un vœu plus unanime n’a organisé une rcpubli- >' que plus grande et plus populaire. Il y a un an ,
» notre territoire était occupé par l’ennemi ; nous » proclamâmes la république , et nous fûmes vain- » queurs. Tandis que nous constituons la France 8 ) l’Europe l’attaque de toutes parts : jurons de dé- « •
» fendre la constitution jusqu’à la mort : la répu- ■
» blique est éternelle !»
On discuta en leur présence quelques articles du Gode civil , et ils se disposèrent à retournerj^ ensuite dans leurs départemeus. Mais, avant leur départ, l’un d’eux , se rendant l’organe des assenv^ blées primaires dans la séance du 12 août, obtint ™ la parole, y demanda, au nom de ses collègues,
U qu’il fût fait un appel au peuple pour qu’il se » levât et anéantit ses ennemis; pour que tous les » gens suspects fussent mis en arrestation, et en- » voycsen tête de la masse terrible des sans-culot^^
» tes, et qu’ils y combattissent enfin pour la liberté.»
Tous les envoyés des départemens avaient été pris dans la sans-culottcrie, alors très en vogue par-’ ^^ tout parce qu’elle dominait dans la Convention.
PREMIERE PlRTlE. CH AP. YM.
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Cette proposition fut SQutenue par un membre, cpii
• demanda l’arrestation de tous les gens suspects. Elle fut envoyée au comité de législation pour le mode d’exécution, décrété dans la séance du 17 septembre suivant.
Néanmoins , parmi les envoyés des départemens,
• étaient des liomraes sages , qui , loin d’approuver toutes les démarches de leurs confrères , avaient et manifestaient des sentimens très-opposés. Ceux-ci furent molestés, emprisonnés ; violation criminelle de leur caractère , injure pour leurs commet-
- - tans ; mais après la violation de la représentation nationale dans la personne des députés détenus,
, celle-là doit-elle étonner ?
ïSa HISTOIRE DE LA COKVEMTIOIC HATIOKALE.