‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 58 sur 119 · PREMIÈBE PARTIE. CHAP. VIII. I · texte numérisé non relu

PREMIÈBE PARTIE. CHAP. VIII. I

moutrer publiquement. Il fut pris et exécuté surle-champ , sans d’autre formalité que celle qui servit à constater l’identité de sa pei’sonne. Bientôt la boucherie des députés commença par les vingtdeux. . ,

Les témoins entendus dans cet odieux procès ne furent que des ennemis des girondins. Chaumette procureur de la commune ; Hébert son substitut; d’Obsent juge du tribunal révolutionnaire; Fabre-. d’Eglantine, Maribou- Montant, Chabot, etc., c’est-à-dire tous les conjurés du 3 juin, déposèrent contre eux. L’ex-capucin Chabot, qui n’avait ’ pas son pareil en impudence et en calomnie, alla jusqu’à dire que Brissot et les siens avaient eu connaissance des massacres de septembre avant qu’ils fussent exécutés, et que loin de les avoir prévenus ils y avaient applaudi. Bientôt son tour vint aussi, et l’on rapporte qu’étant au Luxembourg, il s’écriait dans sa prison, d’où il ne sortit que pour aller à l’échafaud : (f Maudit soit le jour où j’ai moi-même aidé à violer la représentation nationale dans la personne du député Corsas ! »

On n’entendit pas un seul témoin à décharge.

’ Le président demandait à chacun des accusés , de quel côté il siégeait dans l’Assemblée ; quelle avait été son opinion dans le jugement du roi , dans l’affaire de Marat. Sur quoi Le Hardy , député breton , l’un des accusés , lui ayant dit : Je ne crois pas avoir été traduit ici pour mes opinions j le président lui répondit : Cette observation me force de dire

1 y2 HISTOIRE DE LA CONVEÎN’TION NATIONALE.

aux jurés que, s'il était question d'un délit précis ^ je n'appuierais pas sur cet objet ; mais comme il s’agit d’une conspiration contre l'Etat , on doit lafaire connaître par la coalition des accusés, et cette coalition ne peut être établie que par l’identité de leurs opinions.

Coalition rF opinions , identité d’opinions. Ce n’etait donc jamais, de l’aveu du president, que des opinions entièrement libres dans les suffrages d’un représentant du peuple. On est tout consolé d’apprendre comme de dire que les juges iniques et bonne partie des témoins accusateurs ont subi à leur tour le même sort.

Je finirai cet article par une anecdote qui m’est personnelle dans cette procédure. Après le 2 juin, Cliarlotte Cordaj remit à Lauze-Duperret une lettre de la part de Barbaroux , mon collègue de députation du département des Bouches-du-Rhône. Celuici savait que , sans me montrer dans la Convention pour son parti , je lui étais attaché de cœur. H m’écrivit, par la poste, des lettres qui furent interceptées , et dans lesquelles il me parlait de Pélissier de la même députation. Quand, le 3 octobre, Amar eut fini son rapport à la tribune, il ajouta , l’elativement à ces lettres : « La conduite M de la minorité, depuis le 2 juin, son apparente » nullité , son silence dans les délibérations , sont » un nouveau plan concerté par Barbaroux contre » la république. » Eu même temps il offrit de lire les pièces qui prouvaient ce nouveau complot. Ro-

Page 1