‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 61 sur 119 · PRKMIÈRE PARTIE. — CHAP, IX. I · texte numérisé non relu

PRKMIÈRE PARTIE. — CHAP, IX. I

plus malheureuse que sous cette nouvelle autorité qui la soumit à la tyrannie des comités, et qui rendit cette tyrannie prc'sente dans chaque province , par les repre'sentans en mission. .

Les révolutionnaires ne se bornèrent point à ces actes déjà trop odieux. Après avoir tout détndt dans l’ordre politique , ils renversèrent ce qui existait encore dans l’ordre religieux; ils entassèrent ruines sur ruines : le calendrier grégorien et le clergé constitutionnel , seuls restes du christia-. nisme en France , furent attaqués à leur tour ; les montagnards abjurèrent l’un et voulurent forcer l’aiitre à l’abjuration. L’antique calendrier chrétien fut remplacé par^un calendrier nouveau très-analogue aux mœurs nouvelles de ce siècle. Celui-ci fut proposé par Romme , député du Puy-de-Dôme , dans la séance' du ao septembre 1793.

Il fut accueilli très-gracieusement par la montagne dans l’intention de fonder une ère tout-àfait nouvelle pour l'humanité. Cette prétention éclata dans la discussion relative à cette matière. « 11 ne faut pas , dit Bentabolle , faire de notre ca- II lendrier ce que Mahçmet fit du sien , en isolant w'sa secte du reste de la terre. Il faut, au con- » traire , qu’il serve à réunir tous les peuples au » peuple français. » Si le fanatisme, ajouta Lebon, a su tirer si bon parti de son calendrier pour étendre et atïermir son empire, il importe de faire sérvir promptement le nôtre à la même fin. On entendit un autre montagnard s’écrier : Que les prêtres cons-

lyS HISTOIRE 1)E LÀ CONVENTION NATIONALE.

titutionnels que nous avons encore ne prétendent pas religionner ( l’expression est remarquable ) notre révolution !

Aux noms des saints et des saintes , furent substituées, d’après l’avis de Fabre-d’Églantine , des dénominations purement morales et agricoles.

« La régénération du peuple français , dit-il , l’établissement de la république , ont entraîne nécessairement la réforme de l’ère vulgaire; nous ne pouvions plus compter les années où les rois nous opprimaient, comme un temps où nous avions vécu; les préjugés du trône et de l’Église, les mensonges de l’un et de l’autre souillaient chaque page du calendrier dont nous nous servioiÿ. Vous avez réformé ce calendrier; vous lui eu avez substitué un autre où le temps est mesuré par des calculs plus exacts et plus symétriques : ce n’est pas assez. Une longue habitude du calendrier grégorien a rempli la mémoire du peuple d’un nombre considérable d’images qu’il a long-temps révérées , et qui sont encore aujourd’hui la source de ses erreurs religieuses ; il est donc nécessaire de substituer à ces visions de l’ignorance les réalités de 1& raison , et au prestige sacerdotal la vérité de la nature. Nous ne concevons rien que par des images ; dans l’analyse la plus abstraite, dans la combinaison la plus meVphysique, notre entendement ne se rend compte que par des images ; notre mémoire ne s appuie et ne se repose que sur des images : vous devez donc en appliquer à votre nouveau calendrier, si vous voulez que la

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méthotle et l’ensemble de ce calendrier pénètrent avec facilité dans l’entendement du peuple , et se gravent avec rapidité dans son souvenir.

>> Ce n’est pas seulement à ce but que vous devez tendre ; vous ne devez , autant qu’il est en vous , laisser rien pénétrer dans l’entendement du peuple, en matière d’institution, qui ne porte un grand caractère d’utilité publique. Ce vous doit être une heureuse occasion à saisir , que de ramener par le calendrier , livre le plus usuel de tous , le peuple français à l’agriculture : l’agriculture est l’élément politique d’un peuple tel que nous, que la terre , le ciel et la nature regardent avec tant d’amour et de prédilection.

)> Lorequ’à chaque instant de l’année, du mois , de la décade et du jour , les regards et la pensée du citoyen se porteront sur une image agricole , sur un bienfait de la nature, sur un objet d’économie rurale , vous ne devez pas douter que ce ne soit pour la nation un grand acheminement vers le système agricole, et que chaque citoyen ne conçoive de l’amour pour les présens réels et effectifs de la nature qu’il savoure , puisque , pendant des siècles , le peuple en a conçu pour des objets fantastiques , pour de prétendus saints qu’il ne voyait pas , et qu’il connaissait encore moins. Je dis plus ; les prêtres n’étaient parvenus à donner de la consistance à leurs idoles qu’en attribuant à chacune quelque influence directe sur les objets qui intéressent réellement le peuple. C’est ainsi que

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|8o HISTOIRE DE Là CONVENTION NATIONALE.

Saint-Jean était le distributeur des moissons ^ cl Saint-Marc le protecteur de la vigne (i). »

Voici les principaux articles du décret par lequel la Convention fixa l’époque et les divisions d’une ère qui dura en France pendant quelques années.

« Art. I". L’ère des Français compte de la fondation de la république , qui a eu lieu le 22 septembre 179a de l’ère vulgaire , jour où le soleil est arrivé à l’équinoxe vrai d’automne , en entrant dans le signe de la balance à neuf heures dix-huit minutes trente secondes du malin pour l’Observatoire de Paris.

»II. L’ère vulgaire est abolie pour les usages civils .

» III. Chaque année commence à minuit avec le jour où tombe l’équinoxe vrai d’automne pour l’Observatoire de Paris.

» IV. La première année de la république fhinçaise a commencé à minuit , le 22 septembre 1792 , et a fini à minuit, séparant le 21 du 22 septembre

» V. La seconde année a commencé le 22 septembre 1795, à minuit, l’équinoxe vrai d’automne étaut^ arrivé ce jour-là , pour l’Observatoire de Paris , à trois heures onze minutes trente-huit secondes du soir.

(i) Il serait superflu de s’élever contre l’irréligion de ce passage. Fabre-d’Églantinc, cherchant l’approbation de la montagne, ne pouvait pas lui tenir d'autres discours.

( Note des édit. )

rREHlÈRE PARTIE. — CHÀP. IX. l8l

» VI. Le décret qui fixait le commencement de la seconde année au prenfier janvier 1795, est rapporté ; tous les actes datés l’an second de la république y {tassés dans le courant du premier janvier au ai septembre inclusivement, sont regardés comme appartenant à la première année de la république.

» VIL L’année est divisée en douze mois égaux , de trente jours chacun, Après les douze mois suivent einq jours pour compléter l’année ordinaire ; ces cinq jours n’appartiennent à aucun mois.

)i VIII. Chaque mois est divisé en trois parties égales de dix joufs chacune , qui sont appelées décades.

» IX. Les noms des jours de la décade sont :

pçimidi J duodiy tridi , quartidi , quinlidi , sextidi, septidiy octodi y nonidi y décadi.

» Les noms des mois sont : {>our l’automne , vendémiaire , brumaire , frimaire ; pour l’hiver , nivôse , pluviôse y ventôse ; fiour le printemps, germinal y floréal y prairial f pour l’été, messidor, thermidor y fructidor.

» Les cinq derniers jours s'appellent les sansculoltides.

» X. L’année ordinaire reçoit un jour de plus selon q&e la position de l’équinoxe le comfiorte , afin de maintenir la coïncidence de l’année civile avec les mouvemens célestes ; ce jour , appelé jour de la révolution , est placé à la fin de l’année et forme le sixième des sansculottides ) » ,

Le changement du calendrier fut le prélude de

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l’abolition du christianisme. La commune vint proposer cet acte d’impiété a la Convention , qüi s’en rendit complice , et remplaça par un décret le culte catholique par le culte de la raison. Ce déplorable scandale, des adresses en l’honneur de l’athéisme , des abjurations indécentes , et dont la plupart étaient forcées , figurèrent dans le procèsverbal qu’on envoya aux* autorités et aux armées. Le poète Chénier composa un hymne, où, en' fidèle disciple de Voltaire , il fit une guerre ouverte à la religion de Jésus-Christ.

La Convention décréta qu’orf se porterait à lé’glise métropolitaine , pour y chanter l’hymne de Chénier, et y célébrer la nouvelle déesse de la raison. On jugera du reste de l’hymne par cette première strophe :

« Descends , ô Libcrtd ! fille de In nature.

» Le peuple a reconquis son pouvoir immortel

» Sur les pompeux débris de l’antique imposture ;

» Ses mains relèvent Ion autel. »

Je n’assistai point aux scènes plus que scandaleuses qui se passèrent dans l’église Notre-Dame , où une actrice d’opéra fut encensée comme une divinité, et je dois dire que la moitié au moins des conventionnels refusa d’y assister. Un gran^ nombre d’entre eux ne se rendit même plus aux séances de l’Assemblée, depuis le jour où l’on traîna l’évêque de Paris à sa barre, pour y déclarer qu’il n’avait jamais été qu’un imposteur , et que le peuple rejetait le christianisme. Son exempft ayant été imité

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par les prêtres et les miaistres prôtestans conventionnels, qui montèrent à la tribune pour y abdiquer leur état religieu», plusieurs députés furent .saisis d'un tel dégoût et d’une telle indignation , qu’ils ne parurent plusdans la Convention ainsi souillée. Mais les moatagnards s’aperçurent de leur absence , et les forcèrent de retourner et d’entendre chaque jour les plus scandaleuses adresses , et le récit des profanations dont se rendaient coupables les émules de la commune dans les départemens.

fj’évêque de Paris , traîné malgré lui à la barre pour abdiquer son ministère épiscopal, continua de professer hautement sa religion , et mérita qu’on le fit guillotiner. 'Un témoin de son supplice m’a rapporté dans le temps à Paris , que lorsque le peuple criait à son ordinaire vive la république , Gobel , évêque de Paris, s’’écria à son tour et à voix haute vive Jésus-Christ. Je dirai aussi que dans cette même séance , M. Grégoire fut vivement sollicité par les montagnards de monter à la tribune comme les autres, et qu’il s’y refusa constamment. On le menaça, et les menaces de la montagne étaient à cette époque des arrêts de mort. M. Grégoire les brava, et acquit ainsi sous mes yeux le titre de confesseur de Jésus-Christ. f

Mais ces changemens ne convenaient pas à Robespierre qui ne les avait point opérés lui-même , et dont le pouvoir devenu exorbitant, ne pouvait souffrir aucune autorité rivale. Aussi ce fut à cette époque qu’il se déüt de ses anciens partisans de la

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commune et des chefs montagnards ses amis. Après avoir sacrifié Roland et Pétioii , qui avaient été ses premiers collègues en révolution, il atteignit les autres. Hébert, Chaumette, AnacharsisClootz,etc.., au moyen desquels il avait fait poursuivre les girondins par la populace, furent sacrifiés, ainsi que Danton, 1 ^acroix, Hérault-tle-Séchelles,Philippeaux, Camille-Desmouliiis, Fabre-d’Eglanline, et les principaux membres de la montagne. Les premiers périrent parce que la commune semblait menacer, par l’accroissement de la puissance, la dictature du comité de salut public, dont Robespierre était le chef; les autres parce qu’ils avaient trop de réputation révolutionnaire pour se courber sous le sceptre de cet impérieux décemvir. Il était jaloux de Danton et de Hérault-de-Séchelles. Camillc- Desmouiins avait demandé dans son journal du vieux Cordelier, un comité de clémence. Philippeaux avait dénoncé le comité de salut public , en dénonçant ses généraux et ses commissaires dans la Vendée. Comme à cette époque, surtout ^ l’étranger avait disséminé des agens en France, et répandu beaucoup d’or, Robespierre fit entamer une procédure sur les tentatives contre-révolutionnaires érigées en France par l’Angleterre, et il y enveloppa tous ses adversaires. Chaumette, Hébert, Clüotz , Ronsin, Vincent, etc., furent accusés de servir la cause étrangère par les excès dont ils se rendaient coupables, ce qui n’étonna point de la part de ces clievaliers patriotes, de ces marchands

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