‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 63 sur 119 · PREMIÈRE PARTIE. CHAP. IX. I9I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAP. IX. I9I

» quant ; mais les défenseurs de la liberté peuvent » s’abandonner avec confiance dans ton soin pa- » ternel. Etre des êtres , nous n’avons point à t’a- » dresser d’injustes prières ; tu connais les créan tares sorties de tes mains ; leurs besoins n’échap- » pent pas plus à tes regards que leurs plus secrètes )i pensées. La haine de la mauvaise foi et de la » tyrannie brûle dans nos cœurs avec l’amour de » la justice et de la patrie ; notre sang coule pour » la caille de l’humanité. Voilà notre prière , voilà » nos sacrifices , voilà le culte que nous t’oflProns. »

Mais la main de l’Etre-Suprème frappa bientôt celui qui n’avait fait un usage sacrilège de son nom que pour couvrir son hypocrisie et ses nombreux assassinats. Le lendemain de cette fête, où Robespierre n’avait parlé que justice , qu’humanité , que tendresse pour les malheureux , il fit rendre une loi qui augmenta sans mesures le nombre des victimes , et qui livra la France au plus horrible carnage.

Cette loi, présentée par Couthon le 21 prairial, effraya les plus intrépides montagnards. Dès que le rapport fut fait, la lecture de la loi faite, Ruamps s’écria de sa place : « Ce décret est important ; j’en t) demande l’impression et l’ajournement. S’il était ») adopté sans l’ajournement , je me brûlerais la M cervelle. » Le Cointre, de VersailTes, appuya l’ajournement et fut soutenu par la masse de l’Assemblée. « Ce n’est pas sans doute, dit Barrèrc, M un ajournement indéfini que l’on demande :

■ IQ2 mSTOIRB DE LA COWVEHTION NATIONALE.

» lorsqu’on propose une loi toute en faveur des )) patriotes et qui assure la punition prompte des conspirateurs , les législateurs ne peuvent avoir » qu’un vœu unanime. Je. demande qu’au moins » l’ajournement ne passe pas trois jours. » Mais Robespierre, qui ne voulait point de délai et surtout de tentative d’indépendance de la part de i 'Assemblée , prit aussitôt la parole et s’éleva avec violence contre toute espèce d’ajournement : « Je » demande , dit-il , que le projet de cett§ loi soit » discuté article par article, et qu’il le soit séance ^ » tenante ; je motive ma demande par un seul » mot. Cette loi n’est ni plus obscure, ni plus cora- » pliquée que celle que le comité vous a déjà sou- » mise pour le salut de la patrie. J’observerai d’ail'* » leurs que , depuis .long-teuqjs , la Conventiou » nationale discute et décrète sur-le-champ , psurce )» que, depuis long-temps, elle n’est plus asser- » vie à l’empire des factions ; parce que , depuis » long-temps , il y a dans la très-grande majorité » un assentiment prononcé pour le bien public; je » dirai donc que des demandes d’attermoiemeut de ** la fortune de la république sont aiïectées dans » ce moment; que quand on est bien pénétré des » dangers de la patrie et de ceux que courent » ses défenseurs , dans quelque lieu qu’ils se trou- )> vent , quelcpie poste qu’ils occupent , on est plus )> enclin à porter des coups rapides contre ses en- )> nemis, qu’à provoquer des lenteurs qui ne sont » que des délais pour l’aristocratie qui les em-

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» ploie à corrompre l’opinion et à former de nou- » velles conspirations. On se trompe si l’on croit » que la bonne foi des patriotes a trop de force M contre les efforts des tyrans de l’Europe et de » leurs vils agens, dont la rage se manifeste par les » calomnies ^t les crimes qu’ils ne cessent de vo- » mir sur cette enceinte , qui ne vous laisseront » aucun repos, et qui ne nous épargneront ni ar- » tifîces, ni conspirations impies, que quand ils » n’existeront plus. Quiconque est embrasé de » l’amour de la patrie , accueillera avec transport » les moyens d’atteindre et de frapper ses ennemis. M Je demande que, sans s’arrêter à la proposition » de l’ajournement, la Convention nationale dls- » cute , jusqu’à neuf heures du soir , s’iMe faut , le » projet de loi qui lui est soumis.» Sa proposition fut décrétée avec applaudissement , ce qui prouve l’ascendant irrésistible de Robespierre sur la Convention. Il faut convenir aussi que les tricoteuses stipendiées des tribunes étaient pour les trois - quarts dans les applaudissemens donnés à une loi dont la seule lecture avait glacé tous les cœurs. Son exécution fit couler des torrens de sang. Cinquante , soixante victimes furent chaque jour envoyées à la mort. Aucune ne put échapper à des juges atroces, armés d’une pareille loi. Qu’on en juge parles dispositions suivantes :

« Le tribunal révolutionnaire est Institué pour M punir les ennemis du peuple.

)) Les eunemls du peuple sont ceux qui chcr-

)) client à anéantir la liberté publique , soit par la » force, soit par là ruse.

» Sont réputés ennemis du peuple :

» Ceux qui auront provoqué le rétablissement )) de la royauté ou cherché à avilir ou à dissoudre » la Convention nationale et le gouvernement ré- )) volutionnaire et républicain dont elle est le » centre;

» Ceux qui auront trahi la république dans le }) commandement des places et des armees, ou » dans toute autre fonction militaire , entretenu » des Intelligences avec les ennemis de la répu- )) blique, travaillé à faire manquer les approvi- » sloiinemens ou le service des armees ;

>) Ceux qui auront cherché à empêcher les ap* )) provisionnemens de Paris , ou a causer la disette » dans la république ;

» Ceux qui auront secondé les projets des en- » nemis de la France, soit en favorisant la retraite » et l’impunité des conspirateurs et de l’aristocra- ») tie , soit en persécutant et calomniant le patrlo- » tisme, soit en corrompant les mandataires

du peuple , soit en abusant des principes de la >) révolution , des lois ou des mesures du gou- » vernement par des applications fausses et perj) fides;

» Ceux qui auront trompé le peuple ou les re- » présentans du peuple pour les induire à des dé- » marches contraires aux intérêts de la liberté ;

« Ceux qui auront cherché à inspirer le découra-

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