PREMIÈRE PARTIE. CHAP. X. 2o
l’épilnier ou punir les abus , les troubles ou les crimes qui peuvent en résulter. On l’avait vu , abusant d’une institution sévère , . mais jusle et surtout salutaire, y substituer une loi extensive, astucieuse dans scs combinaisons, hypocrite dans le développement de ses motifs appareils, mais odieuse, atroce dans son exécution et ses résultats. On l’avait vu se roldlssant , rugissant contre les hommes qui avaient démêlé ses intentions , et qui réclamaient l’ajournement et la discussion de cette loi , les proscrivant de l’œil , du geste et de la voix , et •demandant en effet, ou faisant demander leur tête par ses agens.
» C’est dans ces dispositions que Saint-Just trouve les esprÿs en arrivant à la tribune. Son air sinistre et sombre , son ton mal assuré, son regaixl farouche, l’heure à laquelle il se préseule ( midi venait de sonner), son intimité avec Robespierre, la présence inaccoutumée de ce dernier à la séance de la Convention nationale , les souvenirs de la veille , tout semble annoncer de grands éclalrcissemens., une discussion importante, et présager des événemens majeurs.
» Le silence succède enfin à cette espèce de tumulte , résultat nécessaire de l’inquiétude et de l’agitation générales.
« Je ne suis d’aucune faction, dit Saint-Just; » je les combattrai toutes. Le cours des choses a » voulu que cette tribune fût peut-être la Roclie )) Tarpéïenne pour celui qui viendrait vous dire
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» que le gouvernement avait quitté la sagesse. ».
» A ces mots et à quelques phrases encore de ce genre , le but de l’orateur est dévoilé , ainsi que sa coupable intelligence avec Robespierre ; il est interrompu par une motion d’ordre.
(( Et moi aussi , dit Tallien , je n’appartiens à au- » cune faction ; mais mon coeur gémit sur les maux » qui menacent la patrie. Hier un membre du gou- » vemement s’en est isolé, pour l’accuser; au- » . jourd’hui un autre fait la même chose , et vient » encore l’attaquer , aggraver les maux de la patrie » et la précipiter dans l’abime. Je demande que.le » rideau soitj,entièrement déchiré. »
)) // le faut y il le faut, s’écrie-t-on de toutes parts ; que la vérité brille enfin , et^ue les traîtres soieiit connus.
» Aussitôt Billaud-Varenne rappelle ce qui s’est passé hier aux Jacobins. « La société , dit-il , était » remplie d’hommes apostés ; presqu’aucun n’avait » de carte : on y a ouvertement manifesté l’intention » d’égorger la représentation nationale. Je vois » même ici un de ces hommes qui l’ont roeqaeée. » ( Un seul cri se fait entendre : Qu'on V arrête ! Les huissiers s’en emparent sur-le-champ , et le con- ,duisent au comité de sûreté-générale).
f< Le moment de dire toutes les vérités est ar- » rivé, poursuit alors Billaud-Varenne. Je m’é- » tonne de voir Sainl-Just à la tribune : il avait » promis aux deux comités de leur soumettre son » discours avant de le lire à la Convention natio-
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w nale, et même de le supprimer, s’il leur semblait » dangereux. C’est à cinq heures, ce matin, qu’il « nous a quittes en nous faisant cette promesse , » avec parole de nous réunir au comité à onze » heures pour le même objet ; et c’est au moment » où il sait que nous ne pouvons être ici , puisque » nous l’attendons au comité , qu’il vient se par- » jurer à cette tribune et essayer sur vous ses fu- )) nestes poisons !
» L’Assemblée jugerait mal les événemens et la » position dans laquelle elle se trouve, si elle se dis- » simulait qu elle est entre deux égorgemens : elle )) périra, si elle est faible. » (iVbn, norif nous ne le serons pas y crient tous les membres en se levant tous ensemble; et ce mouvement unanime qui prouve au peuple que ses représentans sauront toujours renverser les tyrans, est accueilli par lui au milieu des cris universels vive la république! vive lu Convention nationale !)
» Ici un membre , c’est Lebas , un des dévoués serviteurs de Robespierre , fait beaucoup de bruit, menace du geste et de la voix tous ceux qui l’entourent , et se précipite avec fureur à la tribune , en demandant la parole. En vain on lui obseiTC quelle est au préopinant , en vain on le rappelle à l’ordre par décret : ses violences continuent. Il se tait enfin, lorsqu’il entend demander de toutes parts qu’on l’envoie à l’Abbaye.
» Billaud -Varenue, Interrompu par Lebas,
continue et trace le tableau de la position où se trouve la Convention nationale :
« Vous frémirez d’horreur , dit-il , quand vous » saurez que la force armée est confiée à des » mains parricides; quand vous saurez que le com- » mandant de la garde nationale a été dénoncé au M comité de salut public , par le tribunal révolu- » tionnaire, comme un complice d’Hébert, et ua » conspirateur infâme.
» Vous frémirez d’horreur , quand vous saurez M que ceux qui accusent le gouvernement de pla- » cer à la tête de la force armée des cons- )) pirateurs et des nobles , sont ceux qui nous ont » forcé la main pour y mettre les seuls nobles » qui y existent; et Lavalette, conspirateur à >) Lille , en est la preuve. Vous frémirez, quand )) vous saurez qu’il est un homme qui , quand il » fut question d’envoyer des représentans du peu- » pie dans les départemens , ne trouvait pas , di- » sait-il , vingt membres de la Convention qui » fussent dignes de cette mission.
)) Je dirai plus : on s’est plaint de ce que les « patriotes étaient opprimés. Certes, vous aurez » une bien étrange idée de la dénonciation, en ^ }) apprenant que celui de qui elle part , a fait ar- » rêter le comité révolutionnaire de Paris le plus >1 patriote, celui de la section de l’Indivisibilité, » et l’a fait arrêter tout entier, quoiqu’il n’y eût ») que deux de ses membres qui fussent dénon- » cés. «