‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 68 sur 119 · PREMIÈRE PARTIE. CH AP. X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CH AP. X

» Les murmures d’iudignation que ce récit occasione redoubleut , et interrompent pour uains«tant l’orateur , qui continue ainsi :

« Quand Robespierre vous dit qu’il s’est -éloi- » gué des comités , parce qu’il y était opprimé , il U a soin de ne pas vous faire tout connaître : il ne

• » vous dit pas que c’est parce qu’ayant fait, dans le » comité , sa volonté pendant six mois , il y a » ^trouvé de la résistance au moment où , seul ,

» il a voulu faire rendre le décret du 22 prairial ,

» ce décret qui, dans les mains impures qu’il avait » choisies, devait être si funeste aux patriotes. »

( Tous les yeux se tournent sur Robespierre et • lui expriment l’horreur qu’il inspire ; un frémissement général se fait entendre. )

• « Sachez , citoyens , continue l’opinant , qu’hier » Dumas , président du tribunal révolutionnaire , n a proposé ouvertement aux Jacobins de chas- » ser de la Convention tous les hommes impurs ,

» c’est-à-dire ceux que Robespierre , son maître ,

» veut sacrifier. Mais le peuple est là , et les pa- » triotes sauront mourir pour sauver la liberté.

» ( Oui J oui , s’écrient tous les membres et tous les » spectateurs dont les applaudissemens annoncent » assez les dispositions, ) Je le répète : nous mour- » rons tous avec honneur ; car je ne crois pas qu’il « y ail ici un seul représentant qui voulût exis- » ter sous un tyran . »

» ünseulx^ri se fait alors entendre : Périssent , périssent les tyrans! Ce mouvement républicain

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se prolonge long - temps; tout le monde est debout, et l’attitude de chacun annonce aux dominateurs que leur dernière heure est venue.

« Voulez -vous, reprend l’orateur, connaître M par un seul trait ces hommes qui parlent sans » cesse de justice et de vertu , soif à la Convention, » soit aux Jacobins, et qui les foulent aux pieds ’)) quand ils le peuvent ? Un .secrétaire du comité » de salut public avait volé t4o,ooo livres. J’<ai « demandé son arrestation, et Roliespierre qui » parle toujours de justice et de vertu , est celui » qui s’y est opposé, et qui l’a fait échapper. 11 * » est beaucoup d’autres faits que je pourrais citer;

» ef c’est nous qu’il accuse î Quoi ! des hommes » qui se sont isolés , qui ne connaissent personne, » qui s’occupent uniquement des grandes et pé- » nibles fonctions que vous leur avez contiées, se- )) raient des conspirateurs; et ceux qui n’ont aban- » donné Hébert que quand il ne leur a plus été H possible de le favoriser , seraient des hommes » vertueux ! La première fols que je dénonçai I) Danton au comité , Robespierre se leva comme- 6 un funeux , en disant qu’il voyait mes inten- » tions, que je voulais perdre les meilleurs pa- » triotes; et c’est lui qui ensuite s’est réveillé tout- » à-coup pour faire punir ses crimes. Tout cela » m’a fait voir l’abîme ‘creusé sous nos pas. 11 ne <) faut point hésiter à le combler de nos cadavres » pu à triompher des traîtres.

» On voulait mutiler, détruire la Convention

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» nationale; «t cettfe intention*était si réelle, qu’on » avait organisé un espionnage auprès des repré- M sentans du peuple qu’on voulait égorger. Il est » infâme de parler de justice et de vertu, quand on » les brave , et quand on ne s’exalte que lorsqu’on » est arrêté ou contrarié. »

» A ces mots , Robespierre , dont il est facile de concevoir la rage , s’élance à la tribune , et croit encore en imposer par ce ton impérieux qui lui a ♦

toujours réussi : mais le charme est détniit; la conviction est dans tous les esprits, et de partout on lui crie : A bas le tj ran ! Ce mot terrible l’atterre ; il baisse la tête, descend quelques degrés; * la discussion de ses forfaits se continue , et son supplice commence.

« Je éeinandais tout-à-l’beure , dit Tallien » qui a interrompu Saiut-Just , je demandais qùW »• déchirât le voile : une main courageuse vient de » le lever. Je vois avec plaisir que les conspira- )) teurs sont démasqués, qu’ils seront bientôt anéan- » • tis , et que la liberté sortira triomphante de cette h inouvêlte épreuve. Tout annonce que l’ennemi t) de lâ refprésentation nationale va tomber sous » ses coups.

» Jé me suis imposé jusqu’ici le silence, parce n que je savais d’un homme qui approchait le tyn • ràn de la trance , qu’il avait formé une liste de » proscriptions. Je n’ai pas voulu récriminer ;

» mais j’ai vu hier la séance des Jacobins, j’ai fré- » mi pour la patrie : j’ai vu .se former l’armée du

» nouveau Cromwell, et je mesuis«rmé d’unpoi- » gnard pour lui percer le sein , si la Convention M n’avait pas le courage de le décréter d’accusa- » tion. (De nombreux applaudissemens annoncent M à l’opinant que la Convention ne manquera ni » de courage , ni de fermeté. ) Je l’accuse , pour- )) suit-il , avec la loyauté républicaine , en pré- V sence du peuple Français : il faut que les ci- » toyens soient éclairés ; et ceux qui fréquentent » les tribunes des Jacobins ne sont pas plus atta- » chés à Robespierre qu’à aucun autre individu , » mais à la liberté.* J’appelle toute l'attention de • » la Convention nationale sur cette vaste conspi- » ration ; je ne doute pas qu’elle ne prenne des me- » sures énergiques et promptes , et qu’elle ne reste » ici en permanence pour sauver le peuple ; et ^ » quoi qu’en aient dit les partisans de l’homme » que je dénonce , il n’y aura pas de 3 1 mai ; la » justice nationale seule frappera les scélé- » rats. »

» Des applaudissemens universels interrompent, pour un instant , l’orateur qui poursuit ainsi : « Comme il est de la dernière importance que , » dans les dangere qui environnent la patrie , les » citoyens ne soient pas égarés , que les chefs de » la force armée ne puissent faire de mal , je de- » mande l’arrestation d’Henriot et de son état- » major. Ensuite nous examinerons le décret qui a » été rendu sur la seule proposition de l’homme qui » nous occupe. Nous ne sommes pas des modérés,

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