PREMIÈRE PARTIE. EHAP. X. * 2l
bas le tyran ! lui répète-l-ou de toutes parts. Il se retourne un moment vers Saint- Just dont l’attitude annonce le désespoir de se voir démasqué , et est peu propre à l’encourager : il s'obstine à avoir la parole ; mais tous les membres lui crient de nouveau ; bas le tyran! et le forcent enfin au silence.
I) Le rapporteur fait sentir ensuite le danger de. lais.ser exister au milieu de Pai;is, un régime militaire seml)lable à celui qui existait du temps des rois., Le régime populaire de la garde nationale avait établi des chefs de légion , commandant chacun à son tour. Pourquoi coqserverait-on tous les commandans perpétuels , avec état-major , d’une force armée immense ? Il propose de rendre à la garde nationale son organisation démocratique.
» Il présente , et la Convention adopte le décret suivant.
» La Convention nationale, après avoir entendu )p rapport de ses comités de salut public et de sûreté ge'néraîe , décrète ;
« Art. PL Tout commandement , tout grade su- » ,périeur à celui de chef de légion, sont supprimés.
>) Lît garde nationale reprendra sa prepaière orga- » nisation ; en conséquence, chaque chef de légion » fommaudera à son tour.
» Art. 11. Le maire de Paris, l’agent national
et celiii.qui sera eu tour de commander la garde » nationale, veilleront à la sûreté de la représen- » tation nationale. Ils répondent sur leurs têtes ,
3i6 histoire t)E LA CONVENTION NATIONALE.
» de tous les troubles qui pourraient survenir à » Paris.
» Le présent décret sera envoyé sur-le-rchamp » au maire de Paris. «
M Les comités ont aussi pensé, ajoute le rapporteur, que, dans l’état actuel où se trouve l’opinion , et dans la crise présente , il était nécessaire d’adresser une proclamation aux citoyens. « Dans » un pays libre , dit-il, il suffit de quelques traits M de lumière , et aussitôt la raison du peuple s’eu » saisit, défend seS véritables défenseurs, et sou- M tient ses droits. «
» Le rapporteur lit la proclamation suivante , qui est adoptée à l’unanimité.
Proclamation de la Convention nationale au peuple français.
M Citoyens,
» Au mibeu des victoires les plus signalées , im » danger nouveau menace la république; il est » d’autant plus grand, que l’opinion est ébranlée , » et qu’une partie des citoyens se laisse conduire » au précipice par l’ascendant de quelques répu- » tâtions. <
» Les travaux de la Convention sont stériles , le M courage des armées devient nul, si les citoyens » français«mettent en balance quelques honunes et » la patrie.
M Les passions personnelles ont usurpé la place
PBEIflÈBE PABTIE. CHAP. X. 217
w du bien public : quelques chefs de la force armée » semblaient menacer l’autorité nationale.
» Le gouvernement révolutionnaire, objet de )) la haine des ennemis de la France , est attaqué M au milieu de nous ; les formes du pouvoir répu- )) blicain touchent à leur ruine ; l’aristocratie semble » triompher, et les royalistes sont prêts à reparaître .
« Citoyens, voulez-vous perdre en un jour six » années de révolution , de sacrifices et de cou- ' » rage ? voulez-vous revenir sons le joug que vous » avez brisé? Non , sans doute. La Convention ne » cessera pas un instant de veiller aux droits de la » liberté publique. Elle invite donc les citoyens de )) Paris à l’aider de leur réuniou , de leure lumières ,
» de leur patriotisme pour la conservation du » dépôt précieux que le peuple français lui a confié.
» Qu’ils veillent principalement sur l’autorité mi- » litaire , toujours ambitieuse et souvent usurpa- » trice. La liberté n’est rien dans les pays où le » militaire commande au civil.
» Si vous ne vous ralliez à la représentation na- *
» tionale , les autorités constituées sont sans subor- » dination, et les armées sans direction ;-les vic- » toires deviennent un fléau, et le peuple français » est livré à toutes les fureurs des divisions intes- » tines et à toutes les vengeances des tyrans.
» Entendez la voix de la patrie , au lieu de mêler » vos cris à ceux des malveillans , des aristocrates » et des ennemis du peuple ; et la patrie sera enw core une fois sauvée.
3^8 HISTOIRE OE LA. CQNVEMTIO» MATIOMALE.
^ » La ConveotiQn nationale décrète qnè la pré- H sente proclamation sera imprimée sur-le-champ , M adressée à toutes les sections de Paris, à toutes V les conununes et aux armées de la république. »
: » Après ces premières mesures de sûreté pu«blique , Yadier ( membre du comité .de sûiæté gé^ jiérale ) rappelle la discussion sur les crimes de Robespierre : « Jusqu’au aa prairial,- dit-ril^ je i> n’avais pas ouvert les yeux sur ce persoa^ge;a»n tucieux , qui a su prendre tous les masques 7 qui » fut l'ami de tous les conspirateurs , et. qui les <a » envoyés lui-même à l’échafaud , lorsqu’il a> vu » qu’ils ne pouvaient plus lui être utile. Cest ainsi » qu’après avoir défendu ouvertement Chabot, » Razire, Desmoulins et Danton , il les a sacrifiés M aussitôt qu’il s’est aperçu que . ses liaisons avec » eux pouvaient le compromettre. u
» Je suis le premier qui , en 1791 , ai demandé » la tête du tyran couronné ; je suis le premier qui » ai fait connaître Danton ; eh bien ! je vais vous « J» tfdire connaître aussi Robespierre. Ce ne sera ni M par des phrases , ni^iar des déclamations , mais >1 par des faits, que je le convaincrai de tyrannie. « J) Ici l’orateur entre dans les plus grands détails relativement à la loi du 22 prairial, à l’aifaire de Catherine ïhéos , et à l’espionnage que . Robespierpe avait organisé au sein de la Conveotioti même. . . • / »
C’est lui , c’est ce tyran, qui , sans l’avoir com- » niuniquée au comité de salut public, fit pro-
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