‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 72 sur 119 · PREMIÈRE PARTIE. CHAP. X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAP. X

(l’horreur qu’inspire à des hommes libres , à des républicains, le récit des crimes de la tyi’annie. Cependant , conune Vadier n’a présenté que quelques faits, et qu’il n’a pas saisi le plan général de la conspiration, Tallien demande la parole pour ramener la discussion à son vrai point. Je saurai l’y ramenery répond Robespierre , d’un ton menaçant et audacieux qui excite de nouveau des cris et des murmures universels , auxquels il est obligé de céder.

« Ce n’est pas sur des faits particuliers , dit alors )) celui qu’il av^it interrompu, que doit se porter » en ce moment l’attention de la Convention naw tionale. Il n’est pas un de nous , sans doute , qui « ne pût citer un acte tyranniipie. C’est le grand » ensemble de la conspiration dénoncée qu’il faut envisager; c’est sur le discours prononcé hier à la » Convention , et répété le soir aux Jacobins , qu’il » faut se reporter ; c’est dans ce discours , qu’avec » la justice, la vérité et la Convention, je veux » trouver des armes pour le terrasser , cet homme w dont la vertu et le patriotisme étaient tant van- » tés , mais qu’on avait vu , à l’époque mémorable » du lo août, ne paraître que trois jours après la » révolution ; cet homme qui devait être dans » le comité de salut public le défenseur des » opprimés , qui devait être à son poste , qui » l’a abandonné depuis -quatre décades ; et à » (pielle époque trabit-il la confiance de la Con- » vention nationale ? c’est lorsque l’armée du )» Nord donnait à tous ses collègues de vives solli-

>1 citudes. Il a abandonné son poste pour venir M calomnier les comités ,let tous ont sauvé la patnél » ( De nombreux applaudissemens attestent ici la « vérité, et détruisent en un instant les caloniuifes H méditées, répandues» et prononcées k la tributie *) même de la Convention par Robespierre contre » les comités.) Certes, poursuit l’orateur, si |e >1 voulais retracer tous les actes d’oppression qui » ont eu lieu , je remarquerais que c’est pendant lé » temps où Robespierre, a été chargé de la police » générale qu’ils ont été commis «que les patrio- » tes du comité re'volutiqpnaire ^de la sectiod de » l’Indivisibilité ont été arrêtés.... >»■

« Robespierre , bourrelé par sa conscience s’agite fortement et crie qu’on l’envoie à la mort. Tu la mérites mille fois, lui répônd un meiiibi|^ Robespierre le jeune -se joint alors à son fret^, et demande à partager son sdrt. Tous deux, les yeux étincelans.de fureur ^ et n’espérant plus en itnpp-^ ser par un calme affecté , laissent voir le fond de leur ame. Us injurient, ils;insultent, ils ttiehàcent la Convention nationale. De toutes parts l’indignation se manifeste et répond aux cris de ces forcenés ; le trouble croît de minute en minute j le président se couvre ; et Robespierre l’ainé , profitant du moment de silence que cet acte rj^mène’ toujours'^ apostrophe le président*et les membres de l’Assemblée dans les termes les plus injurieux. De violens murmures se font entendre;’ la. Convention nationale se lève tout entière par un mouvement uha-

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iiime : plusieurs membres <lemandent que l’homme qui ose ainsi attenter à la majesté du peuple dans la pereonne de ses représentans , soit mis en arrestation. Un autre s’écrie qu’il est constant que Robespierre a été dominateur, et que par cela seul il demande contre lui le décret d’accusation. Tous demandent l’arrestation des deux frères , lorsqu’un autre membre obtient la parole.

« J’ai, dit-il, des faits positifs que Robespierre >1 n’osera pas nier, et qui achèveront de vous le » faire connaître. Vous l’avez entendu accuser le » comité d’avoir voulu désarmer les citoyens': eh » bien ! sachez que c’est lui seul qui a pris cet M arrêté. < .

» Il a accusé le comité d’avoii* fait disparaître )) tous les monumens consacrés à rÊtre-Suprênle ï M eh bien! c’est Couthon qui les a fait dispàt-ai^ » tre. » üouthon convient y avoir coopéré. G’est en vain que Robespierre s’agite, et menac'e encore J en vain il parcourt divers points de la salle ; en * vain il monte et descend , d’un air furièux , léS degrés de la tribune où si long-temps il parla 'en despote. Une forte haine de la tjrann?ffe s’exhale de toutes les âmes, et forme autour de lui une atmosphère dans laquelle il ne peut plus respirer; il' tombe haletant sur un siège où l’indignation républicaine le tient comme enchaîné. Son arrestation alors est réclamée partout , ainsi que eelle de son frère , et est enfin décrétée au milieu des plu^ nombreux et des;plus vifs applaudisseméns.

» La Ckmvention nationale décrète que Maximilien Robespierre , l’un de ses membres, sera surle-champ mis en état d’arrestation.

» La Convention nationale décrète ^ue Robespierre le jeune , l’un de ses membres , sera sur-lechamp mis en état d’arrestation. »

« La patrie et la liberté sortent donc de leurs » ruines , s’écrie Fréron. On a voulu former un » triumvirat qui rappelât les proscriptions san- » glatîtes d’Auguste et de Sylla ; on a voulu s’éle- » ver sur les ruines de la représentation nationale » et de Ja république : les hommes qui le tentè- » rent sont Robe^ierre , Couthon et Saint-Just. » Le chef de cette association liberticide vient » d’être frappé ; je dénonce les deux autres, m On entend plusieurs voix prononcer le nom de Lebas. Couthon veut encore parler de vertu et d’humanité ; mais l’orateur lui reprochl^ d’être un tigre altéré du sang de la représentation nationale, et rappelle que naguère il a osé demander, comme passe-temps royal , cinq ou six têtes de la Convention, espérant se faire de leurs cadavres autant de degrés pour»arriver à la tyrannie. L’opinant termine en demandant aussi le décret d’arrestation 'contre Saint-Just , Couthon et Lebas.

« • J’appuie d’autant plus l’arrestation des triumj> virs , dit Elie Lacoste, que je me rappelle avoir » vu Saint-Just pâlir et se trouver mal lorsque, le » premier , je les ai dénoncés sous ce nom , en » leur présence, au comité de salut public. » Le

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