PREMIÈRE PARTIE. CHAP. X. 32J
décret d’an’estation étant demandé à lunariimité , est porté aussi à runanimitc contre Couthon, Saint- Just et Lebas , au milieu des acclamations du peuple. « La Convention nationale décrète que Saint— Just , Couthon et Lebas , trois de ses membres , seront sur-le-champ mis en état d’arrestation. »
» Collot-d’Herbois alors monte à la tribune , et propose une mesure qu’il croit essentielle : c’est d’ordonner à Sainl-Just de déposer sur le bureau le discours dont il a commencé la lecture , et qu’il avait préparé pour contribuer aussi fx amener la contre-révolution. Cette proposition est adoptée, et Saint- Just , qui depuis le matin était resté auprès de la tribune dans l’attitude d’un traître découvert , à qui une conscience criminelle ne permet pas le moindre mouvement , Saint-Just tend presque machinalement son discours à un des secrétaires qui s’en empare. « 11 est vrai de le dire , » poursuit Collot-d’Herbois, vous venez de sauver ». la patrie. La patrie soupirante et le sein pres- » que déchiré, ne vous a pas parlé en vain. Vos » ennemis disaient qu’il fallait encore un 3i mai...
» Il en a menti , » s’écrie Robespierre aîné qui recommence ses menaces et ses fureurs avec plus d’acharnement que jamais. On s’étonne de tant d’audace ; le peuple , qu’il implore en vain , ne lui répond que par des cris d’indignation et de mépris, et toute la Convention réclame l’exécution du décret d’arre^ation.
» Le président observe que déjà il a donné l’ordre
de l’exécuter ; niais que , lorsque les huissiers se sont présentés , on a refusé d’obéir. Ou demande alors de toutes parts que les accusés se rendent à la barre; ce qui est décrété. Robespierre refuse encore de se soumettre à l’ordre qui lui en est transmis par un huissier ; il veut de nouveau prendre la parole , et profère quelques injures étouflées sur-le-champ par la voix du peuple , qui le force enfin de descendre à la barre et de céder à la loi.
Son frère , Coulhon , Saint-Just et Lebas le suivent , et sont presqu’aussitül emmenés par la gendarmerie , aux acclamations de tous les citoyens , qui crient tous à runisson : u/Ve /a liberté! vive la république !
» Collol-d’Herbois, qui était à la tribune, reprend la parole , et dit : « La patrie sourit à notre éner- » gie. Ce matin les conspirateurs étaient déjà tout )) radieux ; ils voulaient une insurrection ; vous » en avez; fait une, mais c’est contre la tyrannie ;
» elle a sauvé la patrie , et elle aura aussi sa place ^
)) dans l’histoire. Voyez les hordes fugitives des » ennemis de la république ; voyez leurs armées » consternées se répandre au loin. Leur dernière ,
» ressource était la suerre civile au sein de la Con- i
» vention nationale , afin de vous forcer d’accepw ter un tyran ; mais tous les Français périront » avant de transiger avec la tyrannie : jamais, non, j
» jamais le peuple français n’aura de tyran. « i
JVo/i , uon, s’écrient toute l’Assemblée et tous les
spectateurs ; nou , jamais de tyran , et tous simul—
PftEMlènF. PAUTrK. CHA1>.
taaément se lèvent, el. crient vive la réjmhiinitel » ( ioUot-d’ilerbois cotUinue : « Il fallait tenter la «lissolntio!) de la représentation nationale, rom- » pre le gonvernenient , amener la f>uerre civile : i> eh bien! nn instrument se préparait dans l'qmi> bre. Savez-vous quel était ce triple instrunemt .*
» c’est le di.scoui-s de Robespierre.
» Citoyens, vous qui l’avez entendu , ce dis- » coqrs, je vous le demande : était-il rien de plus » propre à briser les liens de la confiance, de pins )) subtil pour dissoudi*e la Convention nafionale ?
» Était-il enfin quelque chose de plus enflammé » pour allumer la guerre civile ? Ce ii’était point » assez : il fallait encore corrompre l'esprit pu- » bile, détériorer la morale, égarer l’opinion.
)) La motion que fit Couthon hier aux Jaco- » bins , devait précipiter ce mouvement. Couthon » avait demandé qu’il fût fait un nouveau scrutin )) épuratoire dans la société ; il ne déguisait pas ^ » qu’il fallait exclure les membres des deux conri- » tés , que ce conspirateur osait appeler des traî- » très. C’est pour cela que Saint-Just est venu, » contre sa parole donnée aux deux comités , lire » le discours que vous avez interrompu. Il est » bon, à cet égard , de vous faire connaître quel- » ques détails. Saint-Just était au comité. J’y arrive » en sortant de dessous les couteaux; car plusieurs t> de ceux qui m’accompagnaient dans ce trajet, » entendirent. répéter plusieurs fois à mes oreilles : » Dans deux jours tu ne parleras pas tant] ta y
22(S HISTOIBK DE I.i CONVENTIOM NATIOKALE.
« passeras. On disait à un autre : Il faut lui couper « le caquet; et ces propos étaient tenus par les » acolytes ordinaires , par les gardes - du - corj^' » de Robespierre. J’arrive donc au comité, les rc- » gards se portent sur Saint- Just. J’exprimai éflter- » giquemeiit ce qui venait de se passer : il vit coui- » bien j’étais ému. 11 était de marbre : il annonn çait froidement au comité ce rapport, dans le- >) quel il ne cachait pas que plusieurs membres » étaient accusés, sans pourtant oser proposer » contre eux le décret d’accusation , car il faisait » cette réticence. Savez-vous sur quoi ce rapport » était basé? Sur tous les récits des espions de Ro- M bespierre : c’est-là qu’il avait puisé les faits et » les reproches qu’il prétendait articuler contre » plusieurs membres de cette Assemblée. Nous » dîmes à Saint-Just qu'il fallait déclai'er à la Con- » vention cos faits s’ils étaient vrais ; mais qu’an- )> paravant il fallait les examiner, afin dè ne pas »* jeter le trouble. Nous quittâmes Saint^-Just à • J) cinq heures du malin, il devait revenir à onze » heures , il n’a pas tenu sa parole. Les deux co~
» mités se sont assemblés , ils vous feront un rapi> port circonstancié sur cette conspiration , et il )) ne sera pas diflicile de vous convaincre qu’il se » préparait ici quelque chose de favorable à la » cause des despotes terrassés. Il ne sera pas dilB- » cile de prouver qu’ils se réunissaient pour.coni*- )> ploter. Remarquez , citoyens, que ceux qui vien^
» nent ici réclamer la loi , sont ceux qui la violent