‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 8 sur 119 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Elections pour la Convention nationale. — Division entre le parti Pétion et le parti Robespierre. — Griefs et combats des deux • , partis.,

L’Assemblée constituante , après avoir établi les tlfoits de l’homme en société , en réalisa l’exercice par le vote de chaque citoyen dans les assemblées primaires. Mais il fallait former un collège élecloraL pour mettre plus d’ordre et de sagesse dans le choix des rçprésentans. et des premiers fonctionnaires. Aussicette assemblée, qu^ semblait prévoir les desor- , dres qu’amènent les choix populaires , exigea que les électeurs possédassent quelque propriété ijui les fit tenir à la patrie par leur propre intérêt. Cette propriété fut fixée au revenu du prix du marc d’argeqt , ce cpii certes n’était pas une fortune bien considérable. Malgré les sages motifs d’une pareille mesure et le peu de gêne qu’elle imposait , elle * essuya la critique des esprits portés à la dértiagogie.

Ils firent abolir, après le lo août, le marc d’argeit contre lequel ils n’avaient cessé de déclamer , (omme contraire aux droits et à la liberté des ci- ’ toyens. 'L’Assemblée constituante avait excepté ou excju du 'premier vote dans les ^semblées primaires , les 4ûmestiques ou serviteurs à gages ; cette exception leur déplut aussi et on la supprima,

ce qui fit de tous les prolétaires de Iji France, qui ç iù-

5o mSTOIHE DE LA CONVENTION NATIONALE. *

n'avaient ni biens ni consistance, la partie dominante dans les assembléés électorales j ils envahirent aussi les clubs où ils servirent à tyranniser ininunément et cruellement toute la France. JMais u semble que depuis les ravages causes par les indigens , on soit tombé dans un excès contraire en ne faisant cas que des riches et de la richesse ; comme si la*' cupidité ay^t besoin de nouveaux aiguillons, de celui Surtout qui lui met devant les yeux toutes les plj|ces et tous j^s^hotneurs , à l’exclusion du talent et de la vertu à qui toute préférence est due et à <pû elle est aussi accordée dans tout bon gouvernement.^ i . ;r :

Telle était du reste la composition des clubs et des assemblées prinudres après 1# lo août. Cet évé- ' , nement avait en oi||tre rompu tous les liens de l'autorité publique. La puissance du coi’ps- législatif était devenue' trè&H^ble auprès de la puissance ■ <^e se .donna uiftudein la commune de f aris. ^o^ beapierre s’y jejta<çour diriger pridcipalement le * <x>tps électoral dans les cboix des député pour la Convenliqp nationale. Quel autre que, lui aurait pu %ire élire Marat et la plupart des autres meiybrès de cedie députation , lorsqu’à l’ouyerture des pre-r mières 'séances de la Convention il' se forma entrç ^es député»de Paris et les Girondins, hommes dis- * tîngués par leurs taleus et leurs connaissances, une rivalité qui , dégénérant en guerre ouverte ,• a fait employer par les vainqueurs les moyens les plus odieux et les plus atroces?

' PBÏMIÊBE PARTIE. CHAP. U. ^ 5l

Dans les autres départemens, les élection» se firent à l’avenant des circonstances qui en rendirent maîtres les divers clubs alors établis dans toute la France. Cette influence des clubs, indépendamment de l’abolition des ordres qui avait mis partout le troisième à son aise , pour le choix de ses mandataires, a fourni à cette Assemblée nombre de députés dignes des vues et de l’esprit de Robespierre.

Notre département des Bouches-du-Rhône fut « alors opprimé paî* les Marseillais. Fiers du succès de leurs frères à l’assaut du château des Tuileries , ils maîtrisèrent despotiquement notre assemblée électorale , où quatre cents électeurs de Marseille , dont le dixième n’avait pas le revenu du marc d’ar- . gent , ne permettaient à personne d’élever la voix contre la leur. Barbatoux était leur idole , il revenait de Paris où il avait pris part à la victoire des siens Je lO août, avec des députés que nous verrons s’en faire honneur «lans leurs débats contre Robespierre et son parti. No^Iarseillais ne juraient ‘ donc que par Barbaroux , et il eut l’imprudence de prendre au sujet du roi des engagemens prématurés, d(^ ses ennemis se sont ensuite prévalus pour sa perte. On n’élut que cçux qu’il désigna , et je fus du nombre, parce qu’il me dit lui-même que Pétion» eX-Fauchet lui avaient recommandé ma députation.

Le journal de la Sentinelle m’avait aussi désigné ^ comme im des constituâns qui méritaient ime place dans la nouvelle Convention. Je me prêtai au choix

3a HISTOIRE DE LA COMVENTIOH NATIONALE.

qu’on fit de moi, et d’autant plus volontiei’s que, quelque temps avant le lo août, n’ayant pas voulu souscrire à la réclamation qui se fit contre l’invasion du peuple au château, le ao juin, j’e'prouvai certaines saillies très-importunes et même dangereuses pour mon attachement à la constitution de 1791* Je ne pouvais prévoir qu’on fût par- .tout moins en sûreté que dans le sein même de la Convention nationale , convoquée pour le bien et la tranquillité publique dans le royaume. Mais quoi qu’il en soit , de toutes ces élections où il entra une soixantaine de constituans, la réunion des députée à Paris se fit le aa septembre 1792- Les ennemis étaient alors en Champagne ; ils avaient remporté beaucoup d’avantages dans leur marche sur la capitale. Ce fut donc un nouveau péril qu’il nous fallut braver en partant de nos pays pour nous rendre à notre poste à Paris. Le roi étant alors prisonnier et déchu provisoirement de toute autorité , chaque assemblée électorale s’estimait souvèraine dans son r ressort. Plusieurs en albuscrent ; ce qui fut le présage des troubles que causa la Convention elle-même.

Dans notre assemblée électorale, tenue à Avignon dans l’église des Carmes , après que les député^urent été choisis , un des électeurs prit la parole et dit : « Mes collègues , nous voipi réunis, avec tout )) pouvoir dans l’interrègne. Nous sommes ici tous ”» ?élés pour la liberté, tous occupés d’elle, tous » portés à la défendre contre ses ennemis ; n’êtes- » vous pas indignés , comme je le sui^s , contre les

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» bourgeois que la révolution a tirés du.uéaut, » pour les mettre au niveau des nobles ? Ces mes- » sieurs , après s’être tous éloignés de nos clubs » dont ils cherchent à présent la protection , n’ont J) cessé de faire contre nous avec cette race

» orgueilleuse de ci-devants, qui ne respire que » vengeance , et ne soupire qu’après le moment où » elle pourra , par tous les moyens , nous faire en- >j core tous ramer pour sa gloire et son plaisir. Je )»^ fais donc la motion, que cette assemblée ^or- » donne qu’il sera envoyé des commissaires pris » dans son sein , pour qu’ils aillent, avec de l’artil- » lerie qü’on prendra dans l’arsenal, mettre cette n coupable bourgeoisie à la raison dans les <listricts » environnans. » Cette motion fut adoptée. Dieu sait la peine que me fit une pareille délibération , à laquelle il y aurait eu le plus grand danger de se montrer contraire dans une assemblée où il fallait hurler àVec les loups , pour son salut. On y voulait tuer un électeur, accusé ou soupçonné d’aristocratie. Cependant il me fallut, à niou retour dans mon pays , faire quelque honneur aux commissaires choisis pour cette expédition : de-là , mille calomniés contre moi qui, à cette époque même, eus le bonheur de sauver la tête à deux messieurs d’Arles, frères , que le bataillon de cette ville voulait tirer de la prison où ils étaient pour les pendre. J’ai réndu ainsi beaucoup d’autres services à des hommes qui, depuis, n’ont fait qu’ajouter les plus criantes injustices à la plus noire ingratitude. Rien de plus

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comiimu pour tous les scn'iccs rendus aux victimes de la révolution. Elles ne se souviennent que du mal qu’elles en ont reçu , que des pertes qu’elle leur a causées , et il ne reste a ceux qui les ont ou secourues ou sauvées dans leur malheur, que la récompense attachée à chaque bienfait, par le doux sentiment qu’en éprouve son auteur : rectè fecisse inerces est.

Dès que nous fûmes réunis en Convention , les querelles commencèrent entre les partis. Depuis assez de temps Robespierre s’était montré jaloux de Pétion ou de la gloire qui l’environnait dans sa mairie , dont l’exercice ferme et désintéressé lui avait fait donner le surnom de f^ertueux. Robespierre , avide de l’encens populaire , se croyait seul digne des éloges que méritait son rival. Dèsloi's il avait juré sa perte et celle des députés ses amis.

Les 2 et 5 septembre 1792 , il s’était commis dans les prisons do Paris des massacres horribles , dans l’intervalle de l’assaut du 10 août à la réunion des députés de la Convention , temps où tout était dans Paris à la merci de la commune ou de ses comités composés de l’élite des patriotes jacobins. 11 ne fut pas possible à Pétion, maire de Paris, de connaître leure délibérations, et bien moins de s'opposer à leur exécution ; aucune autorité n’était alors respectée. Danton était ministre de la justice ; mais nommédéputé à la Convention, il préféra cette dernière place à sa haute magistrature. 11 suivit le

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