PREMIÈPE PARTIE. CHAP. XII
et les langues ou les plumes devenant toujours plus libres sous le nouveau règne des lois et de la justice , de plus graves inculpations furent dirigées de nouveau contre les députés missionnaires. On les renvoya sur-le-champ au comité de législation; mais le décret de la Convention ne s’exécutant pas faute de rapporteur , le même député qui avait provoqué le décret prit la parole pour se plaindre de rinaction du comité de législation . « Pourquoi donc, H dit-il , tant de retards? Est-ce que les coupables » missionnaires auraient dans ce comité des amis ou )) des complices ? J’écarte de moi tout soupçon M contre un comité si bien composé, mais je de- » mande cpi’il soit fixé un délai , passé lequel ce » comité sera renouvelé ou remplacé, s’il ne s’ac- » quitte pas d’un devoirs^ pressant et si honorable.» La Convention prit une détermination conforme à cette demande. Rien ne pouvait faii’e plus d’impression sur nous que la menace d’un remplacement honteux.. Le président convoqua la réunion générale du comité pour le soir du même jour, et tous s’y rendirent. Nous étions au nombre de vingt-deux . J’étais loin de croire que la charge du rapport tomberait sur moi , lorsqu’il y avait tant de membres plus capables de remplir cette délicate fonction. Tous s’y refusèrent. Le président s’était adressé à eux, jugeant qu’à mon âge cette tâche serait trop pénible pour moi; mais après leur refus il vint à moi et me proposa le rapport , et mes autres collègues me pressèrent tant, qu’il fallut me
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rendre el ceder à la nécessité. T^ous âtùs^me disaiton, Ze rapporteur qu’il faut pour une telle affaire.
• Mon consentement donné , je demandai 'deux adjoints pour l’examen et la lecture des pièces justificatives qui remplissaient nombre de cartons. On me les accorda : nous nous livrâmes à ce travail avec persévérance, et bientôt nous fûmes prêts à remplir l’attente delà Convention. Nous nous rendîmes à l’Assemblée dans ce but le i5 prairial an III, me.sdeux collègues adjoints et moi. Après ^ mon rapport et la lecture des pièces , il y eut quatorze députés en arrestation. I>a prévoyance d’un pareil résultat est ce qui avait réellement empêché mes collègues d’accepter la commission de rapporteur. La montagne en conserva un tel re.ssentlment, qu’elle me le fit sentir quand je fus mis au Temple par l’un des directeurs (Barras) , dont j’avais été obligé malgré moi de censurer la mission.
Ces quatorze députés ne furent pas les seuls sur lesquels la Convention fit tomber, après la mort de Robespierre , le poids de sa justice. Mais Lebon et Carrier furent les seuls judiciairement poursuivis, et condamnés à mort. Il était nécessaire de faire un exemple et de le faire sur ces deux atroces meurtriers.
Carrier et Lebon se défendirent avec une pleine confiance dans la bonté de leur -cause; mais le premier, quoi qu’il pût dire, n’inspirait que dé l’horreur avec ses noyades el ses fusillades sans justice comme .sans pudeur, imputant à royalisme.