PREMIÈRE PARTIE. CHAP. XII. 2y
de la commission des seize qui en faisaient partie s’etant démis, on leur substitua Lanjuinais, Baudin des Ardennes y et moi qui , certes, ne m’attendais pas à l’honneur d’un tel choix. J’étais peu disposé à m’associer à la construction d’un édifice qui me paraissait bâti sur le sable quand il n’avait pas la religion pour fondement. Néanmoins , pour ne pas témoigner de mépris envers ceux qui m’avaient honoré de leurs suffrages , je me rendis à mon poste où je fournis peu du mien avec des collègues pleins de talens et de capacité pour cette œuvre ^essentielle. Je n’eus que l’idée d’un juiy constitutionnel. Après avoir proposé cette institution , je n’y donnai pas de suite. Peut-être aurait-elhî mieux réussi dans cette commission que dans la Convention où elle fut présentée et soutenue par M. Sieyes. Si on l’eùt adoptée , le Directoire n’aurait pas foulé la république à ses pieds , ainsi que les législateurs; il aurait eu un surveillant qui l’eût fait marcher . dans la ligne de ses devoirs sans empiéter sur les droits du corps législatif, sans insulter et aux lois et a leurs auteurs. J ai lieu de croire que le jury constitutionnel proposé par M. Sieyes n’était pas assez simple ; la complication d’un tribunal , d’un • gouvernement, d’une législature, d’un jury constitulionnaire le fit rejeter, tandis que, réduit ou borné à un seul jury constitutionnel, on l’aurait probablement approuvé. Il suffisait pour tenir toutes les premières autorités en respect et dans les bornes de leurs* fonctions. Mon idée était aussi
2^6 HISTOIKE DF. lA CONVETiTlON NATIOT^AI.E.
de ne composer ce jury que de vingt-quatre meni- ^ bres choisis parmi les hommes les plus instruits et î en même temps les plus attachés à la chose publique et à la constitution : on eût placé un ou deux procureurs-généraux auprès de ce jury, afin ^
* de relever et de poursuivre tous les écarts con- ^ ' traires à l’ordre public et constitutionnel de IjÉtat.
Les partis s’agitaient pendant que la Convention préparait une constitution nouvelle , afin de redonner à la France la liberté et la paix intérleure au moyen de la loi. Cette constitution ne plaisait, ni aux mécontens qui voulaient exercer^
^ des vengeances, ni aux jacobins qui repoussaient le règne de la modération. Ces derniers se révoltèrent le 12 germinal et le i" prairial an lll,à la ’ grande satisfaction des royalistes qui espéraient
tirer parti des troubles , et qui, frustrés dans leurs espérances, se révoltèrent eux-mêmes. Ils commencèrent à Lyon. Le sujet de leurs plaintes fut la forme nouvelle des jurés dans les procédures criminelles. «Quoi, disaient-ils, nos pères , nos 'T parens , nos amis n’ont point été jugés , ou ils l’ont été dans des formes dérisoires , et leurs bourreaux ne seraient jugés qu’avec les lenteurs et les avantages d’un jury ! » Ils partent aussitôt de Lyon et «
SC rendent aux prisons de Roanne , et là ils tuent les prisonnlei's à leur choix et jusqu à satiété. Cette meurtrière expédition se fit le i 6 floréal. La nouvelle en arriva à Alx trois jours après, et l’on en fit autant aux prisonniers d’Aix, autant à Taras-
Digitizcc! ; ;lc