‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 89 sur 119 · PREMIÈRE PARTIE. CHAP. Xlf · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAP. Xlf

COU , autant à IMarseille. La réaction de ceux qu’on appelait aristocrates contre les patriotes fut sans mesure dans tout le Midi ; on y tuait les patriotes comme on tue les grives dans les champs , partout ou ou les rencontrait. A Lyon, le Rhône fut pour eux ce que la Loire avait été pour les Vendéens. Il faut dire , à la décharge des patriotes , qu’avant la mort de Robespierre ils n’avaient agi que d’après les lois. Si ces lois étaient mauvaises et tyranniques, les législateurs devaient en porter la peine qui ne pouvait pas retomber sur ceux qu’on aurait peut-être guillotinés , s’ils leur avaient désobéi ; mais la passion ne raisonne pas , ou ne raisonne que dans le sens de ses volontés. Le parti qu’on appelait des honnêtes gens , et qui était le parti des vengeances, exécutait les plus sanglantes représailles sans aucune espèce de remords. La Convention faisait vainement des lois , des proclamations pour mettre un terme à ces infractions de la justice , à ces égorgemens de prisonniers. Il fallait une constitution , et chacun la demandait comme le seul remède à tant de maux , comme la seule ancre dans la tempête. Le citoyen Thibaudeau en fit sentir tout le besoin le 7 floréal an III, par un discours très-bien raisonné , et l’on ne cessa dèslors de s’en occuper ; mais le plus grand obstacle était dans la Convention même.

La minorité de la Montagne, voyant par la réaction llfr aristocrates immoler les patriotes à leur vengeance , au-dedans comme au-dehors des pri-

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sons, était ci’aillcui's irritée d’être soumise au joug d’une majorité quelle avait jusque-là tant méprisée. Elle essaya de se relever de sa chute et de reprendre le pouvoir. Elle ne put pas y parvenir le 12 germinal, jour où la fermeté du président Boissy-d’Anglas déconcerta cette minorité turbulente; mais elle vit le 1" prairial avec une fureur et des forces extraordinaires. Les factieux envahirent un moment la Convention , et l’un de nos collègues, Féraud, eut la tête coupée par eux. Ils portèrent celte tête sanglante sur une pique dans la salle même de notre assemblée. Huit ou

dix députés, qui avalent fomenté cette insurrection armée, se regardant déjà comme vainqueurs, s’érigèrent en représentation totale de la nation. Ils avaient déjà fait des décrets lorsqu’une force supérieure les terrassa. On saisit le plus grand nombre d’entre eux , et les plus coupables furent jugés militairement , parce qu’on les prit pour ainsi dire les amies à la main. La plupart n’attendirent pas leur condamnation , et ils se donnèrent eux-mêmes la mort; déplorable destinée pour des députés qui n’avalent pas été envoyés pour faire la guerre , mais pour procurer la paix et le bonheur à leui’s comraettans.

Il y eut à] Toulon une insurrection pareille secondée par des troupes; mais les montagnards furent également vaincus. Les aristocrates abusèrent de cette victoire par de nouvelles persécutions et de nouveaux massacres.

• PREMIÈRE PARTIE. CHAP. XllI,

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