DE LANJUINAIS
DÉPOTÉ PAR LE DÉPARTEMENT DE t'iLE-ET-VILAINE A LA COMYEimoN KATIONALE,
PKONO.VCÉ LE UÏMANCÏIE a JUI\ 1-93, ET DÉTAILS TRÈS-CIRCO\STA\CIÉS DES FAITS LES PLUS MÉMORABLES DE CETTE JOURNÉE.
D*aprt's U (Icu&ièine corrigce et augmentée, publiée comme
la première en juin 1798 , par ce même député.
Un délibérait ( le 2 juin au soir ) sur l’arrestation des 22 , en conséquence de la pétition déclarée calomnieuse par décret , et depuis réchauffée par des factieux, affamés d’or, de sang et de domination.
Us avaient fait entourer la Convention par une force armée de plus de 100,000 hommes, commandés par le féroce septembriseur Henriot ; et les députés qui se présentaient au-tîehors de la salle pour les besoins les plus urgens , étaient repoussés avec violence.
lsnard,Fauchet, f janlheuas, Dusaulx, qpatre des 22 députés à proscrire, venaient de consentir leur suspension proposée comme moyen conciliatoire y par le trop complaisant Barrère , au nom du comité de salut public. Barbaroux avait seulement annoncé qu’il se soumettrait au décret, s’il était rendu.
Tout au contraire , Lanjuinais , appelé à sou
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rang de la liste pour se démettre, demanda, par un discours énergique sur les circonstances , la cassation de toutes autorités soi-disant insurgées dans Paris , et de tous leurs actes , avec défenses aux citoyens de les reconnaître , et autorisation de saisir et d’emprisonner tous ceux qui s'e prétendraient revêtus d’une telle autorité.
« Si j’ai montré , dit-il , jusqu’à présent quelque courage , je l’ai puisé dans Tardent amour qui m’anime pour la patrie et la liberté. Je serai fidcle à ces mêmes sentimens , je Tespère , jusqu’au dernier souffle de ma vie. Ainsi, n’attendez pas de suspension {Interruption.)
» Je dis à mes interrupteurs , et surtout à Chabot qui vient d’injurier Bai*baroux : On a vu orner les victimes de fleurs et de bandelettes, mais le prêtre qui les immolait ne les insultait pas
«N’attendez de moi ni démission, ni suspension momentanée; n’attendez aucun sacrifice. Je ne suis pas libre pour en faire , et vous ne Têtes pas vous-mêmes pour en accepter. Jja Convention est assiégée de toutes parts par de nombreuses troupes animes ; les canons sont dirigés sur elle ; des consignes criminelles vous arrêtent malgré vous aux portes de cette salle. On vient de vous insulter , de vous outrager , de vous menacer en vertu d’un édit du comité d’insurrection y de cette autorité rivale et usurpatrice qui prétend détruire la république et notre liberté naissante. Tout-à- Theure on vient de faire charger les fusils contre
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vous , et il n est pas permis , sans risquer sa vie , de se montrer seulement aux fenêtres qui environnent cette salle.
Si vous étiez libres, je dirais : Je n’ai pas le droit d’abjurer, au gré des factieux , l’auguste mission qui m’est confiée; j’appartiens à la république entière, et non à cette seule portion de citoyens, égarés ou intimidés , que de grands conspirateurs font mouvoir, et qui, s’ils s’expliquaient euxmêmes librement , s’élèveraient pour moi contre ceux qui me persécutent; je n’abandonnerai point volontairement mon poste à l’époque des plus grands dangers de ma patrie
>1 Je me trompe , citoyens , si vous étiez libres , je n’aurais rien à dire... Je n’avais rien dit quand, après une longue discussion, vous prononçâtes dans cette meme causé, et à la presque unanimité , ce décret célèbre qui imprima le sceau de l’infanue sur le front de mes calomniateurs... Je n’ai rien dit quand vous avez répété ce décret.... Vous étiez libres alors... Votre jugement souverain et réitéré pourrait-il être rétracté? Leserail-il valablement sous les canons et les baïonnettes qui se dirigent contre la représentation nationale?
« J’ai encore la faculté de faire entendre ici ma VOIX. Eh bien ! j’en userai pour vous donner un conseil digne de vous , qui peut vous couvrir de gloire et sauver la liberté. Osez manier avec vigueur le sceptre des lois déposé en vos mains ; cassez dès ce moment toutes les autorités que les
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DISCOURS
lois ne connaissent pas ; défendez à toutes personnes de leur obéir ; énoncez la volonté nationale : ce ne sera pas en vain ; les factieux seront abandonnés des bons citoyens qu’ils abusent... Si vous n’avez pas ce courage, c’en est fait de la liberté. Je vois la guerre civile, qui déjà est allumée dans ma patrie, étendre partout ses ravages, et déclii- ’rer la France en petits états; je vois l’horrible monstre de la dictature ou de la tyrannie , sous quelque nom que ce soit , s’avancer sur des monceaux de ruines et de cadavres, vous engloutir successivement les uns et les autres , et renverser la république. »
Récit des événemens du 2 juin lygS.
Un beau mouvement de l’assemblée avait précédé ce discours. La Convention, assiégée , de Vai>eu même de Delacroix etdeBarrère, par la force armée , et assiégée dans des desseins liberticides , avait cassé le matin , par un décret , la consigne qui la rendait captive.
Les sentinelles extraordinaires refusaient d’obéir. La Convention se présente en corps , le président Hérault à la tête ; on regardait la séance comme lèvée. Alors les sentinelles des portes et des escaliers n’insistèrent plus , mais toutes les avenues extérieures , du côté de la cour et du jardin des Tuileries , étaient fermées en dehors et en dedans par la troupe armée.
Cette troupe était d'environ 100,000 hommes ,
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DE LANJUINAIS. Soy
parmi lesquels il y avait 5ooo canoimiers avec i65 pièces de canon.
Là étaient des détachemcns de la garde nationale de Courbevoye , de* Saint-Germain-en-Laye , de Melun et de Versailles , arrivés dans le jour , et auxquels le comité révolutionnaire avait fait distribuer l’étape.
On sait que Santerre avait été dénoncé à la commission des douze , comme devant ramener dans Paris les conlingeus de la Vendée.
On distinguait parmi les assiégeans une partie de ces hussards royalistes de la légion de Rozenthal. A leur tête étaient Henriot et ses aides-decamp , choisis parmi ses complices de septembre.
Il y avait aussi dans les Champs-Elysées (i) des fourneaux avec des grils pour chauftèr des boulets ; un corps de réserve nombreux dans le bois de Boulogne , où il a bivaqué la nuit du samedi au dimanche, avec quatorze pièces de canon.
I,es bataillons des sections les plus contre-anarchiques de Paris étaient aux postes les moins importans et les plus éloignés.
Le mot d’ordre éfeit insurrection et vigueur.
Un militaire à cheval fut vu distribuer »les soldats des assignats de 5 liv. ( 2 ).
(1) On en parla dans les discussions publiques de ces jours malheureux , cuinine d'un fuit certain.
( 2 ) Je l’ai vu. Le maire Pache avait fourni , pour ces jotirndes ,
i5o,ooo Cr. destinés aux colons de Saiut-Uomiuguu. Voyez Souvenirs sénatoriaux , par M. le comte Coraef, p. 4g 3
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DISCOURS
Marat, avec Henriot. et divers officiers, avait visité, leSi mai, les principaux postes dans la ville ; Marat avait , comme insurgent , donné des ordres militaires autour de la salle, pendant la séance même.
Un municipal révolutionnaire de Paris , avec son écharpe , s’était emparé du comité de sûreté générale de la Convention ; il y faisait la police sur les gens suspects aux sentinelles de la faction. On connaît un député qui y a été conduit et interrogé, et raillé comme n’étant pas de la montagne.
Enfin les barrières étaient gardées , et Paris était cerné à cinq à six lieues à la ronde par un cordon de troupes armées. On croit que ce cordon existe encore.
La Convention se présente pour sortir parla grande porte sur la place du Carrousel ; les députés avaient la tête nue; le président seul était couvert , en signe du danger de la patrie ; les huissiers de la Convention le précédaient ; il ordonne
d’ouvrir le passage.
Henriot s’avance à cheval avec ses aides-decamp , et , enfonçant son cha^ieau sur sa tete , il tire son#abre ; il refuse le passage à peu près en ces termes : « Vous n’avez point d’ordre à donner ' ici, retournez à votre poste; livrez les députés le peuple demande. »
Des députés insistent; Henriot recule de quinze pas et crie : Jux armes J... Canonniers à vos pièces. La troupe qu’il commande se dispose à la charge;
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on a même vu les fusils en joue, diriges sur les de'putés; les canonniers se préparent à tirer leurs canons; les hussards tirent leurs sabres.
A cette vue , le président se recule , et puis se présente avec l’Assemblée à toutes les troupes , successivement dans la cour et dans le jardin ; il trouve partout résistance opiniâtre.
Cependant la plupart des troupes armées criaient, le chapeau â la pointe de la baïonnette, ou de la pique : V^ive la république ! vivent les députés ! La paix y la paix y des lois y des lois y une constitution! Un petit nombre criait : f^ive la montagne y vivent les bons députés ! un plus petit nombre encore : A la guillotine Brissot , Guadet , Vergniiwd , Gensonné ! et ceux-là paraissaient ne s’arrêter que faute de mémoire ; d’autres enfin : Pqrgez la Convention , tirez le mauvais sang...!
Lorsque la Convention quitta la salle de ses séances , les députés c|u’on appelle de la montagne, furent les derniers à partir. On leur criait de la tribune au-dessus d’eux , je ne saurais assurer dans quelle vue , mais on peut le deviner : N’allez pas , n’allez pas ; que les bons montagnards restent! I,a plupart sortirent.
Mais il en resta environ une vingtaine avec Marat. Ils lièrent conversation avec cette tribune affidée qui semblait fort instruite , qui annonçait hautemetit et la rentrée prochaine dans la salle , et le décret d’accusation contre les députés qu’on voulait proscrire.
DISCOURS
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Tout-à-coup Marat, craignant sans doute qu’on eût obéi à la Convention, à quelqu’un des postes , et que la troisième journée fût encore inutile au succès des conjurés, sort avec précipitation. 11 apprend que la Convention , repoussée près le Carrousel , se rend vers le Pont-Tournant ; il y accourt très-vivement, suivi bientôt d’environ cent cinquante hommes déguenillés qui criaient : P^ive Marat l 11 s’écrie, parlant aux députés : Je vous somme , au nom du peuple , de retourner à vos postes que vous avez lâchement abandonnés.
Là on entendit crier : Sacr , il nous faut un
roi ,J vous ne pouve:^ pas nous sauver.
L’Assemblée dévore en silence ces humiliations, ces outrages , elle rentre ; elle trouve les tribune.s occupées parades hommes de l’insurrectidh , armés de fusils et de baïonnettes. Les députés sont de nouveau consignés aux avenues de la salle.
Couthon , le déloyal Couthon , dit que chacun , maintenant , doit être bien rassuré sur la liberté de la Convention , et qu’il faut faire justice au peuple.
Couthon achève son rôle hypocrite en dictant 'aux représentans du peuple, en corrigeant en société, en tiers avec Marat et Chabot, la liste des proscrits. Ils en retranchent trois , Dusaulx , Ducos et Ijanthenas; ils en proposent quatre, Deferraon, Valazé et les ministres Clavière et Lebrun, et toujours sans aucuns motifs ; ils n’osent pas in- •^'^ster contre Defermon. Ils veulent d’abord que