‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 99 sur 119 · N“ II · texte numérisé non relu

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Rapport fait au nom du comité de salut public sur la fournée du mai et les événemens qui en ont été la suite , par Barrère.

Séance du 6 juin 1793. . '• "

Citoyens, le mouvement qui s’est fai t à Paris, le 3 1 mai , n’était pas digne du regard dulégislateur révolutionnaire : la morale pu-

( 1 ) Les pièces du procès communiquées ensuite è Louis XVI sont beaucoup plus nombreust». Leur recueil forme 4>volumes io-8. - •

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bUque n’avait pas à pleurer üur ses dTuU. Laproleetiun spéeia|^ donnée aux personnes et aux propriétés au sein de l’anarcbie, a moralisé eu quelque sorte ee premier mouvement dans lequel les patriotes ont vu deux motit's : le premier , la néeessité de faire taire dans l’Assemblée des représentans la voix discordante de tous les partis, pour ne faire entendre que la voix de la patrie déchirée et malheureuse; le second de faire cesser le système qui tendait à séparer d’opinion une grande cité dépositaire des pouvoirs nationaux , et les autres départemens de la république.

Mais qui userait apprécier encore les suites de ce mouvement ?

Qui est-ce qui parmi nous en eunnait les rapports secrets et les motifs réels? Je dirai seulement que les faits inopinés d’un jour trop mémorable ont affligé le coeur des hommes libres , sans les avoir découragés ni ébranlés. A la hauteur où la raison a placé le peuple français, il jugera sainement les objets ; il distinguera bien ce qui est national de ce qui appartient aux passions particulières : il ne confondra pas ce qui est révolutionnaire avec les projets sinistres qu’on peut couvrir de ce root imposant.

C’est en vain qu’on voudrait donner le change à l’opinion publique dans tous les partis ! Les députés du peuple assureront le triomphe de la république au milieu de ces oscillations forcées : ils ont été calmes dans un moment difficile; leur vertu généreuse et tranquille a conjuré l’orage ; et ce calme est le signe assuré de leur courage et la caution de leurs succès.

^Le comité de salut public a présenté à l’Assemblée une proclamation le i*' juin; il a la conscience intime qu’il a publié dans ce premier moment la vérité. Son silence , depuis cette époque , a dû être entendu par vous et par la nation entière. La journée du a juin a fait sur quelques esprits , et peut avoir fait sur des citoyens éloignés , une impression dont votre fermeté ne doit pas craindre les suites; mais il faut du moins les prévenir : là où les amis ardens de la liberté n’ont vu qu’une

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«rrenr de ia force, les citoyens alarmés ont cru voir un dessein formel d’attaquer les droits du peuple.

Nous sommes encore trop près de ces événemens pour en juger l’objet , le moyen et les conséquences. La nation connaîtra toute la fermeté de ses mandataires, les opinions vraies ou fau.sses sur la liberté se montreront enfin ; des faits altérés par toutes les passions se dégageront bientôt de ce limon impur qui s’y mêle dans les mouvemens révolutionnaires , et au lieu d’ajouter une calamité à une calamité , votré sages.se tirera encore de cette crise imprévue des moyens de bonheur, des motifs d’union et d’indivisibilité delà république.

Le comité de salut pulilic a dû apprécier les événemens, et SC tracer une route au milieu de ces faits populaires et des projets particuliers ; il a dû épier les passions, écouter les partis, surveiller les actes étrangers au mouvement révolutionnaire du peuple , pour les intérêts qui s’en rapprocTiaient , comme ceux qui voulaient s’en servir et profiter des circonstances.

Il a vu un mécanisme révolutionnaire semblable à celui qui avait brisé le trône le to août , mais ne pouvant briser la souveraineté du peuple; elle repose sur vingt -cinq millions d’hommes.

Le comité a pensé que le rc.ssort de la souveraineté nationale, comprimé un in.stant, devait reprendre toute son élasticité ; que l’ordre devait renaître de l’e.vcès des maux ; que le rc.spect dû au législateur devait s’établir sur les ruines du .système d’avilissement , trop long-temps toléré , et que les comités dits révolutionnaires devaient disparaître alors qu’ils cessaient d’être utiles , alors qu’ils pouvaient nuire à 1a liberté civile, ou attenter h la souveraineté nationale.

Dans quelques vHles les comités établis pour la surveillance des étrangers et la répression des stipendiés de nos ennemis , ont servi à assouvir des haines contre des citoyens. Dans quelques cités des sections ont eassé ou suppri'-" mé de leur propre autorité ces comités révolutionnaires ; dans d’antres sections de la république , ces comités ont exercé le

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droit d’imposition : ils ont établi et exécuté des taxes arbitraires. Citoyens , ce n’est pas là l’objet de l’institution que vous avez faite ; ce ne sont plus là que des instruraens d’anarchie et de vengeance. C’est au législateur, qui veut ramener les cilojens à l’amour de la véritable puissance, à la retirer de ces mains dangereuses dans lesquelles elle a été trop longtemps disséminée.

Si votre commi-ssion des douze a été supprimée pour avoir fait craindre des atteintes à la liberté civile j le même sort doit être ré.servé aux comités de surveillance appelés révolutionnaires et qui sont établis dans toute la république. Il est temps de fonder la liberté sur ses véritables bases ! Nous allons faire la constitution : qu’elle trouve donc les coeurs et les volontés des citoyens, ras.surés, prêts à la recevoir!

La suppression , tel est le sort réservé à ces élablissemens éphémères qu’un orage a créés, et que la liberté doit détruire alors qu’elle s’établit ! Où seront désormais les autorités constituées qui supporteront à côté d’elles ces comités révolutionnaires qui viennent éclipser à leur gré les volontés paisibles de la loi, pour y placer des volontés qui tendent naturellement à l’arbitraire et à la violence?

Le comité révolutionnaire de la république, c’est vous ! le véritable comité révolutionnaire de France, c’est la Convention ! Non cette Convention divisée en partis, se déchirant par des opinions contraires , et présentant plutôt le spectacle de gladiateurs acharnés que de législateurs sages; non cette Convention où la triste ambition du pouvoir, la suif du gouvernement et le désir des vengeances particulières a trop longtemps exaspéré les haines et multiplié les combats, fait douter si le gouvernement populaire était bon, cl si la république serait établie ! Le véritable comité révolutionnaire, c’est cette Convention une, indivisible comme la république que nous avons fondée ; cette Convention délibérant d’ensemble , n’ayant d’autres discussions <jue celles qui tendent à l’amélioration de lu loi ou au perfectionnement de

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l’ordre public ; cette Convention’ où l’on ne se disputera plu» (jiie de moyens et de zèle pour adoucir les maux du peuple^ pour lui donner des lois justes et populaires, pour diminuer la masse des assignats , pour préparer l’industrie , augmenter le commerce et encourager l’agriculture ! »

C’est vous qui êtes le véritable instrument révolutionnaire^ et vous l’avez trop souvent oublié! C’est vous qui avez perdu de vue votre honorable et unique mission , celle de faire une guerre vive et terrible aux tyrans de tout genre , et non pas à vous-mêmes ; celle de faire une constitution et non pas des décrets et des discours ; celle enfin de faire arriver à terme la plus belle des révolutions , celle qui aura pour résultat une république riche, puissante , une et indivisible et sans germe de fédéralisme !

C’est donc à la Convention à ne jamais descendre de la place éminente où la puissance nationale l’a établie, c’est à vous à diriger la force publique pour l’appliquer, non à des caprices particuliers, ou à des projets de parti, mais aux volontés nationales! Que serait-ce qu’une assemblée nationale qui, placée comme un dépôt sacré au milieu d’une des communes de la république , ne serait obéie de personne , verrait à ses côtés des ' autorités subordonnées se paralysant elles-mêmes par leur multiplicité ou leur discordance, ou pai'alysées par des mouvemens qu’elles ignorent ou qu’elles tolèrent ? Que seraitce donc qu’une assemblée au milieu d’une force publique à la merci d’hommes qu’elle ne connaît pas , ou aux ordres d’un pouvoir inconnu aux lois?

Que les lois soient désormais plus fortes que les armes! que la nation soit plus puissante que l’une de ses sections , et que , dès ce moment, la réquisition de la force armée soit placée dans vos mains! que votre réquisition, plus énergique, plus pleine que toutes les autres , les fasse cesser à l’instant. C’est à ce signe de la puissance dégitime et suprême, 'que la France reconnaîtra ses mandataires !

"En retenant tous les pouvoirs que la Convention a par l’objet

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de son établissement, et par ses mandats illimités, vous vous occuperez d’abord de l’état de Paris : depuis long-temps l’opinion J est tourmentée en sens divers. Nous ne donnons pas ' plus notre assentiment aux excès fu rieux de la démagogie, qu’aux combinaisons artisées du modérantisme; il ne nous faut, ni les systèmes qui veulent tout fédéraliser , ni les complots qui veulent tout soumettre aux municipalités : l’un et l’autre sont également destructifs de l’unité, de l’indivisibilité de la république. Il faut donc que l’opinion des citoyens se prononce librement; il faut que ceux qui composent la force armée cbovsissent leurs chefs, et que dès demain Paris et la Convention voient quel est le commandant-général en qui la confiance éclairée des citoyens remet une partie des destinées de cette belle cité que nous garderons tous pour la liberté, et qui nous est devenue plus chère depuis qu’elle est l’objet et le foyer des vengeances, des calomnies et des complots!

Le renouvellement de l’état-major est devenu aussi nécessaire que celui du chef. Il faut que la lutte violente des partis cesse de nous froisser ; il faut quela république paraisse ,et que son parti seul triomphe ! Tous les autres , par l’excès même de leurs vertus civiques , comme par les excès de leur conduite obscure , peuvent nous ramener au royalisme ou au fédéralisme.

Le comité a pensé que dans ce moment il devait prendre de sages mesures , et que les agitations , les tumultes et les excès , de quelque câté qu’ils soient, ne peuvent servir que les ennemis de la liberté.

Il a considéré combien seront grands les avantages d’une marche ferme , mais tranquille. C’est par une sagesse courageuse que nous pouvons rendre à la république tous les evénemens favorables, profiter des fautes de nos ennemis , et faire triompher l’unité et l’indivisibilité.

La poste a été arrêtée , et l’alarme générale pourrait en résulter. Le comité s’est occupé deux fois de rétablir la marche ordinaire; il vous propose une mesure à ce sujet.

Les journaux ont été arrêtés , et l’alarme générale pouvait

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encore s’accroître par cette lacune dans les nouvelles publiques; et aussitôt nous avons cru devoir en référer à la Convention assemblée. En vain dirait-on qu’il est quelques journaux qui se sont plus ou moins écartés du but utile que doit se proposer tout homme qui écrit pour ses concitoyens; la vérité jaillit de la diversité et du choc des opinions, et d’ailleurs, citoyens, que penseriez-vous d’une liberté qui dépendrait de quelques journaux?

Que devient la liberté de la presse, si les productions de la presse ne circulent pas? Que devient le droit de communiquer sa pensée, si les communications sont arrêtées? Que devient le droit d’écrire et d’imprimer son opinion, si l’imprimé ne ]>eut se distribuer ou se vendre? La police du despotisme usait de ces petits moyens. Voudrions-nous imiter les tyrans, nous qui les combattons?

Il faut briser ces misérables entraves données à la presse et aux journaux ! Ce n’est pas avec des entraves et des contraintes que l’on défend la cause de la liberté; c’est avec du courage et de bonnes lois que les calomnies* ou les erreurs des journalistes sont sans effet!

Il est une autre mesure que le comité a déjà indiquée dans dans un de ses rapports , que le ministre des affaires étrangères a souvent réclamée , et qu’il est instant de mettre à exécution , c’est l’expulsion des étrangers. Voilà une des grandes causes de nos maux,denos divisions, decesmouvemens préparés, de CCS convulsions qui fatiguent la liberté. Si c’est Pitl ou Cobourg qui nous agite, qui nous corrompt, rompons du même coup tous les fils de cette détestable intrigue, et que les étrangers disparaissent du sol de laliberté jusqu’à ce qu’elle soit établie.

Le comité doit terminer son rapport par quelques faits importans et qui doivent être présens à vos délibérations.'

L’afiBsire de Marseille vous sera rapportée : les renseignemens que nous avons jusqu’à ce jour nous font penser que ce n’est pas un désir de fédéralisme qui l’a produite.

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L’affttire de Lyun se présentait sons les couleurs les plus alarmantes ; il y a eu cpinbat entre la municipalité et les sections. Il parait que c’est la municipalité qui a donné le signal du combat , elle a été vaincue. Il faut déplorer le sang des citoyens qui a été versé ; mais les témoignagas réunis des deux commissaires de la Convention et des administrateurs , annoncent que les vainqueurs n’ont cessé de crier : Vive la liberté , V unité, et l’indivisibilité de la république! Deux autres de vos commissaires voient cette affaire sous d’autres rapports. Nous en mettrons les pièces sous vos yeux.

Des nouvelles se répandent que des suppléans vont s’assembler à Bourges , d’après le vœu imprudent et impolitiquc de quelques départemens. C’est à votre sagesse et à votre fermeté à déjouer cette fausse démarche qu’on cherchera sans doute à couvrir du prétexte de sauver la république, mais dont nous ferons rechercher les auteurs. Des suppléans vont s’assembler! dit-on, mais c'est nous qui avons juré de la sauver et nous la sauverons! Les suppléans ne peuvent paraître que sur notre tombeau.

Des bruits multipliés de fédéralisme le long de nos côtes sont répandus : l’intrigue anglaise s’acclimate partout ; mais la liberté s’y est établie avant l’intrigue, et nous espérons que tous les projets ILberticides avorteront.

Quant à nos collègues mis en état d’arrestation, nous avons plusieurs fois demandé des actes et des pièces aux autorités qui les avaient dénoncés. — Voici la réponse reçue hier à minuit de la commune.

• Commune de paris, /e 5 juin 1793, l’an ^ de la liberté, » fe de V égalité.

» Citoyen président, le conseil général nous fait parvenir > à l’instant votre lettre de ce jour, adressée aux citoyens eom> ■ posant la commune de Paris, avec charge d’y répondre.

» Lorsque le conseil général des communes du départe- » ment de Paris a annoncé à la Convention qu’il existait un

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