‹ Histoire de la Convention nationale. T. 2Chapitre 101 sur 137 · ETAT DES FINANCES · texte numérisé non relu

ETAT DES FINANCES

C’étaient des questions qui n’étaient pas même examinées. Cent livres en numéraire équivalaient déjà à cent cinquante-cinq livres en 'assignats. On allait devant soi en finances, comme en politique, sans rien prévoir, en déclamant des phrases ; les uns ne s’inquiétant de nulle autre chose que d’accélérer la destruction révolutionnaire ; les autres , impuissants à l’arrêter, parce qu’ils craignaient de retourner en arrière. Lorsqu’on annonçait que l’Angleterre, la Hollande et l’Espagne allaient joindre leurs urmées à la coalition , on entendait la Montagne s’écrier : « Eh bien, tant mieux ! »

Cambon ne concevait pas plus de crainte pour les finances que les Jacobins pour la victoire. « Les despotes, disait-il, contractent des emprunts, émettent du papier-monnaie, sans fournir aucun gage; ils ruinent leurs peuples. D’après la différence de nos procédés, il ne peut exister aucun doute qu’avec de l’ordre , nous sortirons triomphants de la lutte. 11 faut les attaquer dans le germe de leurs ressources; attaquons leur commerce, il ne restera plus de crédit à nos ennemis. C’est en Hollande que les puissances du continent contractent des emprunts. Si vos armées entrent à Amsterdam, toutes leurs ressources financières sont détruites, et vous forcerez les despotes à reconnaître l’égalité des droits et la souveraineté du peuple. «

En de telles circonstances, un plan de campagne était à peu près impossible à combiner d’avance. Lorsque Dumouriez était parti, le conseil exécutif négociait encore avec Londres et la Haye, sans prévoir l’effet qu’avait dû produire la mort du roi. 11 fut seulement convenu que l’année active serait portée de

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trois cent' mille hommes à trois cent soixante et dix mille.

Dumouriez avait déjà pensé à ce qu’il aurait à faire en cas de rupture avec les Provinces-Unies. Elles étaient prises à l’imprévu par la guerre; les places fortes étaient incomplètement munies. L’armée autrichienne se tenait aux environs de Cologne ; le prince de Saxe - Cobourg , qui s’était distingué dans la guerre contre les Turcs, venait d’en prendre le commandement. Pour que cette armée ne se portât point au secours des Provinces-Unies, où Dumouriez comptait pénétrer par la côte maritime , il avait dessein de faire assiéger Maastricht par des forces considérables, et de retenir ainsi les Autrichiens éloignés de la région qu’il voulait envahir. Cette position lui semblait si essentielle au succès de son plan, qu’il avait proposé au conseil exécutif de s’emparer de Maëstricht, en déclarant la guerre au stathouder d’une façon soudaine. Cette idée n’avait pas été accueillie parce que le gouvernement espérait encore, contre l’évidence, éviter une rupture et maintenir la neutralité des Provinces-Unies.

L’invasion devait être favorisée par la connivence d’un parti révolutionnaire qui avait des intelligences avec Dumouriez; il était pourtant résolu à maintenir dans le pays beaucoup d’ordre et une administration régulière, à n’y point laisser pénétrer le décret du 1 5 décembre, ni les commissaires français; en un mot, il voulait s’y rendre indépendant, traiter de son chef avec l’Angleterre, et convenir d’un armistice avec l’armée de la coalition. Enfin , après s’être établi en maître, mais non en conquérant, dans les Provinces-

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