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ORGANISATION DE L ARMÉE

Unies, dans la Belgique, il prétendait, par influence ou à main armée, rétablir en France la monarchie constitutionnelle. Ce chimérique projet, qui à cette époque de hasards pouvait ne pas sembler insensé, fut communiqué par Dumouriez à Danton, à Lacroix et à Westermann : ils étaient fort capables de s’y associer, mais seulement à la veille d’une réussite assurée.

Après avoir employé quatre mois aux luttes des partis qui se disputaient la supériorité plutôt que le pouvoir; après avoir absorbé son activité à conduire le roi à l’échafaud, la Convention s’était enfin aperçue qu’elle laissait les armées dans le dénûment et . qu’elle perdait un temps précieux tandis que l’Europe se préparait à continuer la guerre avec des forces redoutables. On commençait à croire que les trônes ne seraient pas abattus par des phrases de tribune et des décrets ; la folle confiance qu’avaient inspirée les premières victoires admettait maintenant quelque réflexion.

Dès que fut terminée la discussion sur l’administration militaire, une autre question non moins importante fut soumise à l’Assemblée. Le comité de la guerre présenta un travail sur l’organisation de l’armée. Dubois-Crancé était rapporteur; il avait, à l’Assemblée constituante, essayé sans succès de se donner quelque importance dans les discussions sur les lois militaires; depuis il était devenu un des plus furieux Jacobins. Son rapport supposait des connaissances pratiques; mais ses opinions exagérées le conduisaient à des projets qui auraient désorganisé l’armée. Elle était alors , selon les informations qu’il donna à l’Assemblée, composée de cent quatre-vingt-

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seize bataillons de ligne. Ils auraient dû être de sept cent cinquante hommes chacun, mais ils n’étaient pas au complet; ainsi on ne pouvait les compter que pour cent douze mille hommes. Les bataillons de garde nationale donnaient un contingent de deux cent quatrevingt -neuf mille hommes. Pour compléter la troupe de ligne, il fallait appeler trente-quatre mille soldats, et le déficit de la garde nationale était estimé à cent trente mille hommes. Mais comme, depuis les revues, beaucoup de gardes nationaux avaient quitté les drapeaux, le rapporteur croyait qu’une levée de deux . cent mille hommes était nécessaire.

Pour donner à l’armée une composition plus homogène, le comité proposait de la diviser en demi-brigades , formées d'un bataillon de ligne et de deux bataillons de garde nationale. Cette disposition avait une extrême importance; les généraux, et Dumouriez surtout, y étaient fort opposés; beaucoup de représentants en craignaient un mauvais effet sur la discipline. Au contraire , le rapporteur avait une telle assurance qu’il ne consentait même pas au moyen terme de former la demi-brigade de deux bataillons de ligne et d’un bataillon de garde nationale. « De quelle discipline parle-t-on? disait-il. Est-ce de cette obéissance aveugle que La Fayette commandait à ses sbires? Non, la discipline fondée sur la justice, commandée par l’estime et la confiance, subordonnée à la loi, ne sera point détruite; car elle est dans le cœur de presque tous les hommes. »

Ce qui donnait le plus d’inquiétude aux hommes sensés, c'était la nomination des officiers; elle était élective dans les bataillons de gardes nationaux, et, d’après le projet, elle allait le devenir aussi dans les

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bataillons de la ligne. Le comité proposait de régler l'avancement de la manière suivante :

Les caporaux devaient être élus par les soldats de la compagnie; puis tous les grades jusqu’au chef de brigade, c’est-à-dire de colonel, seraient donnés pour un tiers à l’ancienneté, pour deux tiers à l’élection. Cette élection était à deux degrés. Les soldats compris sous le commandement de l'officier à nommer choisissaient par voie de scrutin trois candidats pris dans le grade inférieur à celui qui était vacant; puis les officiers de ce même grade nommaient aussi par scrutin un de ces trois candidats.

Ce projet fut fort discuté; il inspirait une crainte réelle à une grande partie de l’Assemblée. Barère , Aubry, Serre, Buzot parlèrent contre ces dangereuses innovations, sans esprit de parti, avec modération et sincérité. Les Jacobins n’y voyaient qu’un thème pour leurs opinions passionnées. Saint-Just, comme c’était sa coutume, acceptait les objections et montrait, comme un bienfait de la loi, précisément les funestes effets qu’on en redoutait. Sa controverse avait un caractère de bravade; il aimait à avouer comme but ce qui excitait l’indignation ou la douleur de ses adversaires.

« Ce n’est point seulement du nombre et de la discipline des soldats, que vous devez attendre la victoire; vous ne l’obtiendrez qu’en raison des progrès que l’esprit républicain aura faits dans l’armée. — Je ne connais qu’un moyen de résister à l’Europe, c’est de lui opposer le génie de la liberté. On prétend que les élections doivent diviser et affaiblir l’armée, je crois au contraire que ses forces en doivent être multipliées. — 11 faut d’abord vaincre l’armée, si

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vous voulez qu’elle vainque à son tour. Je ne sais s’il faut moins d’audace pour être législateur que pour être conquérant. L’un ne combat que des hommes; l’autre combat l’erreur, le vice et le préjugé; mais si l’un ou l’autre se laisse emporter à la faiblesse, tout est perdu. C’est dans cet esprit seulement que vous pourrez conduire la Révolution à»son terme. Je ne crains qu’une chose, c’est que la puissance du peuple français n’éprouve point de la part de ses ennemis ces obstacles vigoureux qui décident un peuple à la vertu. On ne fait pas des révolutions à moitié. — Vous êtes destinés à faire changer de face aux gouvernements de l’Europe ; vous ne devez plus vous reposer qu’elle ne soit libre; sa liberté garantira la vôtre. — Il y a trois sortes d’infamie sur la terre avec lesquelles la vertu républicaine ne peut pas composer : la première, ce sont les rois; la seconde, c’est de leur obéir; la troisième, c’est de poser les armes s’il existe encore quelque part un maître et un esclave. »

11 ne voyait de danger pour la patrie que si l’élection s’étendait jusqu’aux généraux. D’après son raisonnement, le droit cessait lorsqu'il s’agissait de choisir un commandant pour plusieurs corporations militaires. La brigade était une sorte de cité où les soldats avaient, comme citoyens, le droit d’élection de leurs officiers, mais non pa» des chefs supérieurs.

L’inquiétude et la méfiance de Saint-Just portaient principalement sur les généraux en chef. Ce sentiment ne cessa point de le préoccuper pendant sa courte carrière politique.

« Si vous laissez les nominations entre les mains des généraux ou du pouvoir exécutif, vous les rendez

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