‹ Histoire de la Convention nationale. T. 2Chapitre 113 sur 137 · TROUBLES A PARIS · texte numérisé non relu

TROUBLES A PARIS

contraint de se sauver. Les Jacobins étaient insensibles à cette violence exercée contre un journaliste girondin, ou s’en montraient même réjouis; ils demandaient l’ordre du jour. La lettre, qui annonçait cet acte de brigandage, fut renvoyée au maire de Paris, ce qui était à peu près la même chose. Puis, sur la proposition de Lacroix , il fut décrété que les membres de l’Assemblée qui faisaient des journaux seraient tenus d’opter entre les fonctions de représentant et la profession de journaliste.

L’imprimerie de Fiévée, rédacteur du journal « la Chronique,») avait été aussi envahie et bouleversée. Tout annonçait une journée révolutionnaire.

Les Jacobins s’étaient constitués en permanence ; déjà depuis deux jours leurs séances étaient une succession continue de scènes de démence furieuse. Un conventionnel, nommé Thirion, rappelant les votes qu'on avait obtenus la veille à l’Assemblée nationale par voie d’intimidation, disait que les bonnes lois devaient émaner de l’opinion populaire, et qu’ainsi le peuple avait à exercer une influence directe sur les délibérations et à forcer les suffrages des députés faibles ou malintentionnés. 11 demandait qu’on employât le même moyen pour faire voter l’institution d’un tribunal révolutionnaire sans jury.

‘Desfieux, un misérable connu et avoué pour tel par les chefs du parti jacobin , proposait d’aller mettre en arrestation les ministres ainsi que tous les fonctionnaires publics, et d’organiser sur-le-champ le tribunal révolutionnaire pour les juger.

Un autre voulait qu’une députation de cent membres de la société se transportât à la Convention pour destituer le président Gensonné et pour signifier que

SÉANCE BfeS JACOBINS.

le peuple allait se faire justice lui-même, si on ne traînait pas sur-le-champ les Brissot et les Roland devant un tribunal révolutionnaire. « Le moment est précieux; la pusillanimité s'est emparée du cœur de nos ennemis. Battons le fer tandis qu’il est chaud. » Ainsi se préparait aux Jacobins une entreprise contre la Convention. Collot d’Herbois, qui présidait la société, essayait de prévenir de si grands excès ; il démontrait qu’aux termes des lois la société ne pouvait faire d’acte collectif. Alors Desfieux donna à ses propositions la forme d’une pétition que chacun allait signer individuellement.

En même temps venaient des députations et des pétitionnaires demandant des mesures de rigueur contre les accapareurs, les agioteurs et les riches. La société fraternelle avait pris pour orateur de sa députation un enfantde dix ans, qui lut un discours contre la liberté du commerce.

L’après-midi du 9 mars s’était passée ainsi ; la soirée commençait : vers huit heures, le conventionnel Bentabolle exposait les inquiétudes que lui donnait la disposition apparente de la majorité de l’Assemblée. » Les tribunes n’étaient plus, disait-il, composées des mêmes spectateurs; les aristocrates s’étaient ralliés. » 11 annonçait avec douleur à la société qu’on pouvait craindre le vote d’un décret perfide sur la composition du tribunal révolutionnaire.

En ce moment , les volontaires de la section de la Halle au blé demandèrent à défiler dans la salle ; ils y furent admis. Une foule nombreuse s'était jointe à eux; ce cortège était accompagné d’une musique militaire et de tambours qui retentissaient sous les voû-

Page 1