SÉANCE DES JACOBINS
tes de la vieille église, où siégeaient les Jacobins. Des cris se mêlaient à cet orchestre; plusieurs des lampes qui éclairaient cette vaste salle furent éteintes ; l’obscurité ajoutait au désordre.
Un homme se détacha de la file et monta à la tribune : c’était Fournier l’Américain.
« Les législateurs, dit-il, qui avaient montré hier de l’énergie, sont incertains aujourd'hui; ils paraissent faibles. 11 faut les animer. Je suis ami de l’homme et des lois; mais s’ils ne marchent pas, il faut les faire marcher. »
Bentabolle et Desfieux parlaient dans le même sens. Au milieu d’un tumulte qui croissait de moment en moment, des gens sortaient des rangs du cortège, montaient à la fois à la tribune et parlaient en même temps. On entendait quelques phrases criées plus haut que les autres. « La mort est la dernière raison des hommes libres. — Ceux qui ne pensent point ainsi ne sont pas libres. »
Cependant on parvint à donner à cette horrible cohue une apparence de délibération. Il fut proposé de diviser le rassemblement en deux bandes : l'une irait à la Convention venger le peuple, en punissant de mort les mandataires infidèles qui n'avaient point voté la mort du tyran ; l’autre se rendrait au conseil exécutif pour y faire maison nette et égorger les ministres.
Les cris d’approbation , les sabres brandis en l’air témoignaient que ce projet était adopté; un membre de la société réussit à se faire écouter. 11 essaya de persuader qu’au lieu de tuer les ministres et les députés, il suffisait de les emprisonner et de les envoyer au tribunal révolutionnaire.