DISCUSSION SIR LE POUVOIR EXÉCUTIF
ce qui était impossible; ainsi il se trouvait embarrassé pour passer du précepte à la conduite. Comme il avait du discernement, il reculait devant la tâche qu’il s’était imposée, et se dérobait à la responsabilité; d’autant qu’en ce temps-là, il y allait de la tête, et il valait bien mieux renverser les ministres que les remplacer.
En ce moment même, Danton prouvait combien son caractère était impropre au gouvernement; il avait essayé de défendre Beurnonville; il avait donné de sincères éloges à sa loyauté, à sa bravoure, à sa capacité militaire. Les Jacobins persistaient cependant à accuser le général ; il le sacrifia. « Beurnonville pourra vaincre nos ennemis sur le champ de bataille; mais il n’a point, dans les places administratives, les formes familières qui appellent la confiance des hommes peu éclairés; le peuple est ombrageux, et l’expérience de nos révolutions lui a bien acquis le droit de craindre pour la liberté. » — Qui donc aurait eu assez peu de sens et de dignité pour être ministre, à la condition de plaire aux hommes méfiants et peu éclairés?
Un député angevin, moins connu alors qu’il ne l’a été depuis, La Réveillère-Lépeaux, républicain zélé, ami des Girondins, monta à la tribune pour répondre à Danton, qui n’en était pas encore descendu. La Réveillère était petit, bossu, chétif. Le colosse regarda dédaigneusement l’avorton : « Je le ferais tourner sur mon pouce, » dit-il.
« Je n’ai pas l’audace de la tribune, mais je parlerai avec le courage de la vertu, dussé-je trouver la mort sur mon chemin, » dit La Réveillère. Puis il se vanta d’avoir voté la mort du tyran, sans appel et