ATTAQUE DES JACOBINS CONTRE DUXOURIEZ
sans sursis, ce qui lui donnait le droit de s’opposer à toute tyrannie nouvelle- « Si, adoptant la proposition de Danton, vous prenez les ministres dans l’Assemblée, vous autoriserez la plus épouvantable tyrannie.» 11 développa des objections très-raisonnables : la responsabilité ministérielle anéantie, la Convention exerçant une puissance dictatoriale, le despotisme d’une majorité. Mais dans une constitution où l’autorité exécutive ne participait point à la souveraineté concentrée tout entière dans la législature, elle n’était point évidemment un pouvoir et restait sans force et sans efficacité. C’est ce qu’on avait pu voir en essayant la constitution de 1 791 , et ce qui était encore plus manifeste, lorsqu’au lieu d’un roi, l’exécution des lois était confiée à un conseil des ministres. Dans de si périlleuses circonstances, cette situation subalterne des premiers agents du gouvernement , ce manque de pouvoir et de dignité avaient tous les inconvénients que signalait Danton.
Mais ces mêmes circonstances faisaient aussi prévoir avec certitude par qui et commeni serait exercée cette dictature tyrannique. C’était là surtout que la question était posée. « Oui , je ferai tous mes efforts pour que la république ne devienne pas sujette et tributaire soumise d’une ville orgueilleuse , d’un dictateur insolent ou d’une oligarchie sanguinaire. Je le déclare encore, je ne cesserai de poursuivre ces tyrans brigands qui, bien logés, bien nourris, bien vêtus, vivant dans les plaisirs, s’apitoient si affectueusement sur le sort du pauvre, s’élèvent avec tant de force contre tout ce qui jouit de quelque aisance, et s’intitulent fastueusement du nom de sans-culottes. » Ainsi parla l’honnête républicain, et son langage énergique
ATTAQUE DES JACOBINS CONTRE DUMOURIEZ. 437 releva de leur abattement la Plaine et la Gironde.
La grande question du pouvoir exécutif n’était point à l’ordre du jour, et Danton n’en avait parlé que par occasion. Le débat ne fut pas prolongé, et la démission de Beurnonville fut acceptée.
Le mouvement séditieux qui avait menacé la Convention, et que le désaveu des Jacobins, des Cordeliers et de la commune avait fait avorter , n’en laissait pas moins une impression d’effroi dans tout le parti modéré de l’Assemblée. 11 était facile de voir que la faction révolutionnaire conservait les mêmes desseins hostiles contre les Girondins et leurs adhérents. En ce moment, c’était surtout Dumouriez et Beurnonville qui étaient en butte aux efforts de l’opinion passionnée et impatiente. Elle savait, par instinct ou par information, que si l’ordre public avait encore quelques défenseurs, c’était parmi les généraux. Danton et Robespierre blâmaient et contenaient autant qu’il leur était possible les attaques dirigées contre deux hommes qui leur semblaient nécessaires au succès de la guerre. Dumouriez, surtout, leur semblait le seul qui pût ramener la victoire.
Une députation de la section Poissonnière vint à la barre présenter une adresse, où il était dit : « Mandataires du peuple, nous devons vous transmettre nos justes plaintes. La Convention n’a point déployé l’énergie qu’on devait attendre. Dumouriez n’a point la confiance de la nation. Nous avons demandé sa destitution. C’est par la faute des généraux que notre avant-garde a été perdue. Nous demandons un décret d’accusation contre Dumouriez et son état-major. »
Un cri général d’indignation s’éleva dans l’Assem-
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Liée ; ou demanda que l’orateur de la députation Fut arrêté. Lacroix prétendit que c’était un aristocrate déguisé; Marat cria que c’était un scélérat. De toutes parts on entendait d’injurieuses épithètes adressées à ce malencontreux orateur de section. 11 était venu avec un détachement de gardes nationaux partant pour l’urmée. On s’aperçut qu’ils portaient un drapeau surmonté d’une fleur de lis et d’une cravate blanche et rouge; c’était un drapeau de 1789 qu’on avait pris, sans y regarder, dans une des salles de la section. Sur un indice si manifeste de contre-révolution , les tribunes et l’Assemblée redoublèrent de malédictions. Les volontaires déchirèrent le drapeau et le foulèrent aux pieds. On cacha la fleur de lis sous un bonnet rouge. Une citoyenne des tribunes jeta, aux grands applaudissements de toute la salle, un ruban aux trois couleurs pour remplacer la cravate qui n’avait que deux couleurs. L’enthousiasme était à sou comble ; le président proposa que les détails de cette scène touchante fussent insérés au procès-verbal.
Isnard voulut profiter de cette émotion unanime pour renouveler la scène de l’évêque Laraourette. « 0 mes collègues! si vous voulez que ce jour soit celui du Balut de la patrie, celui de la mort des tyrans; que ce jour vous éclaire et vous rende méfiants sur toutes les manœuvres de l’aristocratie; que ce jour soit celui où, abjurant vos haines, excepté celle du crime, vous confondrez vos passions dans une seule qui doit nous embraser tous, l’amour de la patrie; il faut que nos discussions soient moins tumultueuses; car, permet-tez-moi de vous le dire, si vous ne semez que du bruit, vous ne recueillerez que des tempêtes. » L’Assemblée ne fut pas insensible à l'effusion de tant de