DISPOSITIONS DE L’ASSEMBLÉE
tous côtés. Marat se leva, et, d’un grand sang-froid, demanda la parole.
L’orateur continua : « Et moi, je demande que ce monstre soit décrété d’accusation. »
Au milieu des apostrophes les plus injurieuses, Marat conjura l’Assemblée de ne se point livrer à cet excès de fureur contre lui. Quelle que fût son impudente fermeté, il désavoua à peu près l’article de son journal. Sans nier qu’il l’eût écrit, il expliqua comment c’était une affiche publiée pendant les élections et réimprimée sans sa permission ; or, cette affiche avait paru le 21 septembre lorsque les élections étaient terminées. Pour achever sa justification, il annonça que, dans un journal dont le premier numéro paraissait le jour même, il suivrait une autre marche. On en laissa lire un long fragment où en effet il promettait d’immoler à l’amour de la patrie ses haines et ses préventions ; désormais il serait témoin des menées des traîtres, sans appeler sur eux le glaive des vengeances populaires Après cette apologie, il termina par un jeu de théâtre qu’évidemment il avait projeté. « Votre fureur est indigne d’hommes libres, mais je ne crains rien sous le soleil. » 11 tira un pistolet de sa poche et se l’appliqua sur le front. « Si le décret d’accusation eût été lancé contre moi, je me brûlais la cervelle au pied de cette tribune. Eh bien ! je resterai parmi vous pour braver vos fureurs. » •
Cette scène avait fini par fatiguer l’Assemblée; elle la termina en passant à l’ordre du jour sans discussion.
La séance n’avait pas été favorable aux Girondins.