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DISPOSITIONS DE L ASSEMBLÉE

Sans doute ils avaient courageusement rompu le honteux silence qui avait couvert les attentats de la commune, mais ils avaient fait de cette attaque une question personnelle. A entendre Vergniaud , le crime n’avait commencé qu’au moment où ils avaient été menacés. Ce n’était pas au nom de la justice et de l'humanité qu’ils avaient fait retentir leurs énergiques paroles. Ils excusaient les colères et les vengeances qu’on appelait populaires, tant qu’elles n’arrivaient pas jusqu’à eux; ils n’osaient pas dire, et c’était le point essentiel , que les massacres avaient été commandés et payés.

La dénonciation contre Robespierre était frivole et ne portait que sur une conversation insignifiante. Le vrai motif de cette attaque, c’était la proposition faite contre eux pendant les jours de septembre. Ils n’avaient en rien indiqué la part que Danton avait prise à ces exécutions sanglantes. Leurs fureurs contre Marat ne semblaient pas dignes d’eux, ni de l’Assemblée.

Les Girondins se trompaient sur l’état général des esprits, et plus encore sur les dispositions de la plupart des conventionnels. Un sentiment de terreur pesait sur toutes les âmes; elles étaient sans force et sans courage; il y avait une profonde et sincère indignation, mais encore plus d’effroi. Les représentants voulaient, comme la France, obtenir quelque repos et se tirer, à tout prix, de la crise terrible où l’on était engagé. Une assemblée où dominaient cette impression de peur et ce désir de préservation prêtait difficilement son appui aux hommes qui provoquaient des luttes, lors même qu’ils voulaient mener les bons au combat contre les méchants. La majorité des conven-

tionnels se souciait peu de seconder de généreux efforts et craignait d’y perdre ce qu’on avait conservé de repos.

Ainsi les Girondins auraient été moins écoutés encore, s’ils s’étaient expliqués plus franchement sur le réel de la situation. Toutefois ils montraient qu’on ne les trouverait point faibles et dociles et qu’avant de s'emparer du pouvoir et d’instituer une tyrannie, il faudrait les combattre et les vaincre. Ils devaient revenir plus d’une fois à la charge, et les crimes de septembre allaient être souvent imputés à leurs auteurs.

Chaque ministre venait journellement rendre compte des affaires de son département. Danton avait donné sa démission. Roland offrit aussi la sienne; il venait d’être nommé représentant à Amiens, mais l’élection était contestée.

La question fut élevée sur l’incompatibilité des fonctions législatives avec la gestion d’un département ministériel; la constitution de 1791 était formelle sur ce point. Mais Danton, tout en déclarant qu’il ne voulait point cumuler les deux fonctions, avait, en attendant qu’un successeur lui fût donné, continué à gérer le ministère et votait dans la Convention. « C’était son droit, disait-il; aucune loi ne peut être préexistante à la volonté souveraine du peuple, dont nous sommes tous investis. »

Pétion, maire de Paris, n’avait pas non plus été encore remplacé.

Une autre question était aussi à résoudre : la Convention pouvait-elle choisir des ministres parmi ses membres? Aux termes de la constitution de 1791, cela

ne se pouvait pas non plus. La discussion ne fut pas longue. Les opinions et le préjugé, qui, pendant l’Assemblée constituante, avaient placé le pouvoir exécutif en dehors de l’autorité souveraine et dans une situation officielle de méfiance, acquéraient plus d’exigence encore et plus de vivacité. En ce temps-là, on faisait consister le mécanisme d’une constitution libre , non pas à former et à diriger le gouvernement, non pas à lui donner de la force et de l’efficacité , mais à s’en montrer jaloux, à le contrarier et à le détruire.

Danton avait vu qu’en restant ministre, il aurait bientôt perdu toute autorité sur l’opinion. La question n’était pas la même pour Roland; les Girondins attachaient une extrême importance à lui voir conserver ses fonctions ministérielles. Danton s’étant retiré, Roland devenait l’homme important dans le pouvoir exécutif. Ils proposèrent d’abord qu’il fût invité, au nom de l’Assemblée, à retirer sa démission; le débat fut vif sur ce point. C’était grandir beaucoup Roland, lui donner un témoignage éclatant de la confiance de l’Assemblée; c’était se prononcer entre deux partis, entre Roland et Danton Les amis de Danton s’opposèrent fortement à cette proposition; lui-même se sentit offensé; manquant de tact et de mesure : «Si vous lui faites une invitation, dit-il, faites-la donc aussi à Mm' Roland, car Roland n’est pas seul dans son département. » Puis il lui imputa d’avoir tellement désespéré de la chose publique, qu’il avait voulu transporter le gouvernement hors de Paris.

Des explications, des dénégations furent échangées sur ce fait. La Gironde comprit qu’elle avait demandé

ce qui ne pouvait être obtenu; elle accepta l’ordre du jour, en repoussant la question préalable qui eût constaté une défaite. Le lendemain, Roland adressa une longue lettre à la Convention; il renonçait à son élection et restait au ministère. Il disait ensuite combien ce devoir imposé par l’Assemblée serait pénible à accomplir, quelles tempêtes, quels dangers le menaçaient. Il signalait énergiquement les hommes qui prennent leurs passions pour des vertus; qui croient que la liberté ne peut être bien servie que par eux; qui sèment la méfiance contre toutes les autorités quand ils ne les pas ont créées; qui paralysent le glaive de la loi pour lui substituer le poignard de la proscription; qui se font un droit de leur audace, un rempart de la terreur qu’ils inspirent. Us veulent le pouvoir dont ils se croient seuls capables de bien user; ils traîneraient, à l’anarchie et à la dissolution , l’empire assez malheureux pour n’avoir pas des citoyens capables de les arrêter.

Et comme si Danton n’avait pas été assez clairement désigné, Roland ajoutait : « Combien serait coupable l’individu supérieur, par sa force ou ses talents à cette horde insensée, qui voudrait la faire servir à ses desseins ambitieux, qui tantôt, avec l’air d’une indulgence magnanime, excuserait leurs torts, adoucirait leurs excès ; tantôt, avec une apparente sévérité, s’élèverait contre eux, mais toujours les protégerait en secret, animant leur colère et dirigeant leur marche On m’accuse d’avoir manqué de courage. Je

demanderai où il y eut plus de courage, dans les jours lugubres qui suivirent le 2 septembre, soit à dénoncer les assassinats, soit à protéger les assassins? On sait quel devoir j’ai rempli et quel sort m'avait été

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