‹ Histoire de la Convention nationale. T. 2Chapitre 132 sur 137 · DÉFECTION DE DUMOURIEZ · texte numérisé non relu

DÉFECTION DE DUMOURIEZ

compte avantageux de la conduite de ce jeune homme que je forme au métier. »

Les commissaires lui demandèrent quel corps représentatif il comptait installer, puisqu’il ne voulait ni de la Convention ni des Jacobins. «Rien n’est plus simple, répondit le général ; pour cette première fois, on convoquera une assemblée formée des présidents ou des procureurs généraux de tous les départements et de tous les districts du royaume.

— Mais qui aura l’initiative de voter le rétablissement de la constitution et d’un roi? dit Dubuisson.

— Mon armée, répondit Dumouriez; oui ! mon armée! les mameluks, comme vous les appelez. De mon camp ou du sein d’une place forte, elle dira : «Je veux un roi. Les présidents de district l’attesteront au nom de leur arrondissement. Plus de la moitié de la France le désire. Et alors, moi, je ferai la paix en peu de temps , et facilement. »

Aux objections tirées du danger où il s’exposait, si ce projet était découvert , Dumouriez répliquait : « Quand la Convention me décréterait d’accusation, je la défie de mettre son décret à exécution, au milieu démon armée. D’ailleurs, j’ai toujours la ressource d’un temps de galop vers les Autrichiens. »

Les commissaires discutèrent, sans beaucoup d’émotion, les périls et les difficultés de ce plan, et reproduisirent l’idée de se concerter avec les Jacobins. Dumouriez y trouva trop d’incertitude et de lenteur; il croyait pressant d’agir, et déjà il aurait commencé, s’il n’avait pas craint pour les jours de la reine et de sa famille. Les commissaires lui parlèrent du danger qu’il appelait sur la tête des prisonniers du Temple; il s’écria : «Eh bien! vos Jacobins,

DÉFECTION DE DCMOCBIKZ.

à qui vous tenez tant, ont un moyen de s'illustrer à jamais, et de faire oublier tous leurs crimes; qu’ils couvrent de leurs corps la famille royale; qu’ils fassent une troisième insurrection pour racheter les forfaits des insurrections de 1789 et de 1792; qu’ils dispersent cette Assemblée de sept cent quarante-cinq tyrans. Pendant ce temps-là, je marcherai avec mon armée, et je proclamerai le roi. »

Les envoyés des Jacobins se gardèrent de le contredire; le voyant si résolu, ils craignaient d’être arrêtés. Ils promirent de sonder leurs amis sur l’exécution de ce projet.

Dans cette longue conversation , qui fut reprise à deux fois, Dumouriez ne montra ni dignité ni prudence. A supposer qu’il voulût intimider les commissaires , il ne pouvait y réussir avec cette indiscrète et inutile divagation. 11 ne cacha point le commencement de négociations avec le colonel Mack; il ne nia point que la pensée lui était venue de se faire chef d’une république belge , sous la protection de la France.

En somme , il dut paraître aux commissaires plus insensé qu’audacieux. Danton avait déjà été frappé, dans leur dernière entrevue, de cette aberration d’esprit; peut-être avait-il été confident des mêmes projets. Sans s’y associer, il ne les avait point dénoncés. 11 pouvait croire que les négociations avec Mack et le prince de Cobourg étaient une répétition des pourparlers avec Heymann et le duc de Brunswick : un moyen de suspendre la marche des Autrichiens.

Les commissaires n’étaient pas encore de retour à Paris, lorsque le ministre de la guerre reçut une lettre de Dumouriez. Il annonçait de déplorables nou-

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