‹ Histoire de la Convention nationale. T. 2Chapitre 23 sur 137 · RAPPORT UE ROLAND · texte numérisé non relu

RAPPORT UE ROLAND

Ce rapport était écrit avec soin et détail. Le ministre remontait à l’époque du 10 août et à la formation d’une autorité municipale provisoire. 11 en avouait la nécessité, sans pourtant lui attribuer le grand fait de cette révolution. 11 racontait comment elle avait exercé un pouvoir absolu , faisant à son gré taire ou parler la loi; comment elle avait été entraînée par l’ivresse de la victoire; comment elle avait cessé de reconnaître l’autorité du conseil exécutif. Il se bornait d’abord à mentionner les massacres de septembre; puis il rappelait la circulaire adressée à toutes les communes, l’envoi des commissaires, les plaintes portées contre eux de toutes parts, les pillages exéciités sous leurs yeux et par leurs ordres.

La continuation du désordre tenait surtout à l’oubli et au dédain de toutes les autorités supérieures. L’administration départementale de Paris s’était trouvée comme abolie : toute police avait disparu. « L’idée de la souveraineté du peuple a été rappelée sans cesse par les hommes qui ont intérêt à persuader au peuple qu’il peut tout, afin de lui faire faire ce qu’ils veulent. Détachée des principes dont elle doit être inséparable, la souveraineté du peuple le familiarise avec l’insurrection et lui en donne l’habitude.... Ainsi, la force a paru le droit ; la barbarie des sauvages a semblé, dans quelques instants, prendre la place des mœurs adoucies d’un peuple civilisé. La confusion des pouvoirs est évidente. Les atteintes portées à la propriété et à la fortune publique ne sont que trop réelles.... La sûreté individuelle a-t-elle été respectée?... Je ne reporte qu’avec effroi mes regards sur les jours de désastres, dont les hommes de bien ont horreur et qui n’appartiennent qu’à un petit nombre

d’agents séduits ou égarés par de scélérats instigateurs. »

Le ministre terminait en disant que cette triste et dangereuse situation devait être attribuée à la faiblesse de l’Assemblée législative et aux lenteurs de la Convention, qui tardait à prendre des mesures vigoureuses.

A ce mémoire, qui fut très-applaudi , étaient annexées des pièces. La plus remarquable était un rapport adressé à un des présidents du tribunal criminel pour lui rendre compte d'une conversation de Fournier l’Américain. Il avait dit que la Révolution n’était pas achevée; que les journées de septembre n’avaient pas été complètes; qu’il fallait une nouvelle saignée; qu’il restait à se défaire de la cabale de Roland et de Brissot; que Vergniaud, Guadet, Lasource, Barbaroux et surtout Buzot, lui déplaisaient beaucoup; que Robespierre seul pouvait sauver la patrie.

L’impression du rapport fut proposée ; Robespierre demanda la parole. Des murmures l’interrompirent : « Président, maintenez-lui la parole ! s’écria Danton ; et moi, je la demande après. Il est temps que tout cela s’éclaircisse. »

Guadet présidait; il rappela à Robespierre qu’il avait la parole sur l’impression seulement. « Je n’ai pas besoin de vos officieuses instructions, » répondit l'orateur. Et il continua à résister aux avertissements du président, comme aux interruptions qui se renouvelaient sans cesse.

Selon son habitude et la nature de son talent, il restait dans des généralités, dans des lieux communs sur la liberté des opinions; il renouvelait ses vagues accusations contre la faction qui voulait opprimer les

Page 1