LOUVET ACCUSE ROBESPIERRE
patriotes. Enfin, s’animant davantage : « Quoi ! dit-il, lorsqu’il n’y a pas ici un homme qui osât m’accuser en face ! »
Louvet s’avança au milieu de la salle. « Je demande la parole pour accuser Robespierre ! — Et moi aussi ! » s’écrièrent .4 la fois Barbaroux et Rebecqui.
Il se fit un long silence. Robespierre, ordinairement impassible, demeura un moment interdit et troublé. Danton, pour l’encourager, lui cria: «Continue, Robespierre ; les bons citoyens sont là qui t’entendent! »
Robespierre se remit et continua , mais sans produire aucun effet. Interrompu avec malveillance, peu soutenu, mal écouté, il conclut en demandant qu’un jour fût fixé pour discuter le rapport, pour entendre son accusateur, et pour lui donner la faculté de se défendre.
Danton appuya cette proposition. « Il est temps enfin, dit-il, que nous sachions de qui nous sommes collègues. U est temps que nos collègues sachent ce qu’ils doivent penser de nous. S’il y a un coupable parmi nous, il faut que vous en fassiez justice. Je déclare à la Convention et à la nation entière que je n’aime point l’individu Marat; j’ai fait l’expérience de son tempérament; non-seulement il est acariâtre et volcanique, mais insociable. Après un tel aveu, qu’il me soit permis de dire aussi que je suis sans parti et sans faction. »
Danton voyait bien que la véritable question, la seule attaque réelle , c’était le pouvoir despotique de la commune, et l’usage qu’elle en avait fait. Le 2 septembre allait être remis en discussion. Danton en dit
RÀl'POUT DE GARAT SUR LES MASSACRES. A7
quelques paroles sans colère, sans férocité, avec calme.
Peu de jours auparavant, Garat, son successeur au ministère de la justice, était venu en entretenir longuement l’Assemblée. 11 avait pris pour prétexte la situation où se trouvaient les individus condamnés pour crimes privés à la réclusion, et mis en liberté par les massacreurs. Devait-on les réintégrer en prison pour y subir leur sentence? Telle était la question.
«La vertu même, si les auteurs de ce carnage la soupçonnaient d’être née dans un château ou (favoir approché d’un autel, ne trouvait pas grâce à leurs yeux; mais le voleur ou l’assassin, si on ne lui imputait point d’autre crime, leur paraissait un patriote, et ils lui rendaient la liberté. »
Alors Garat, rappelant de quelles horreurs ces prisonniers avaient été témoins, le sang qu’ils avaient vu couler, les transes qu’ils avaient souffertes dans l’appréhension d’être confondus avec les honnêtes gens qu’on égorgeait sous leurs yeux, se prenait d’une grande pitié pour ces hommes graciés de leur peine parles septembriseurs. Il proposait donc de les affranchir de toute poursuite, exceptant toutefois les condamnés pour meurtre, qu’il voulait déporter.
C’était à ce propos que, sous l’influence de Danton1, il avait traité du 2 septembre comme d’une question de philosophie historique. En ami sincère de l’humanité, il s’affligeait qu’un tel jour eût souillé les annales d’une Révolution qu’il aimait et admirait. Mais ces massacres, « il les faisait sortir des désordres, des orages, du bouleversement inséparables d’une grande
Toulongeon.