MARCHE UE LA PROCÉDURE
de sûreté générale pendant le procès de Louis Capet. »
Ces articles furent votés sans discussion. Marat, qui voulait toujours de l’agitation, chercha à en exciter sur un autre sujet. Roland avait demapdé l’autorisation de faire poursuivre les auteurs des violences exercées pour empêcher la libre circulation des grains destinés à l’approvisionnement de Paris.
Cette demande allait être convertie en décret; Marat prit occasion pour dénoncer la faction criminelle qui cherchait à arracher l’infâme tyran au supplice. «Cette faction, vous la trouverez, dit-il, dans le ridicule désespoir de la classe ci-devant privilégiée des ex-nobles, des ex-financiers, des ex-robins, des excalotins, dont quelques-uns siègent parmi vous, dans les ministres, dans les membres de l’Assemblée constituante, qui ont conspiré avec Louis Capet, dans les hommes qui occupent des emplois publics, dans
les vils folliculaires (Ici Marat fut interrompu par
des éclats de rire) qui vendent leur plume pestiférée à d’infâmes ministres — (ou à Philippe d’Orléans, cria un interrupteur.) Vous la trouverez enfin dans les agents ministériels. » Alors il raconta les ouï-dire des gens qui venaient lui faire des dénonciations; car jamais il ne prenait le moindre soin pour les vérifier, et les acceptait sans élever un doute, surtout lorsqu’il s’agissait de Roland. «Je n’inculpe jamais le ministre de la guerre, disait-il; celui-là est patriote. » — Puis il en venait au véritable sujet de son discours. « On a cherché à jeter les patriotes de cette Assemblée dans des mesures inconsidérées, en demandant qu’ils votent par acclamation la mort du
RAPPORT DK ROBKRT LINDET. 139
tyran. Eh bien, moi, je les rappelle au calme; c’est avec sagesse qu’il faut prononcer. » L’étonnement de l’Assemblée était grand, mais fit bientôt place à l’indignation, lorsqu’il ajouta : «Pour connaître les traîtres, car il y en a dans cette Assemblée, je vous propose un moyen infaillible, c’est que la mort du tyran soit votée par appel nominal, et que cet appel nominal soit publié. » Les tribunes publiques firent entendre de bruyantes approbations.
Louvet voulut répondre. La Montagne lui criait : «A bas le commis de Roland! » Il lui fallut descendre de la tribune.
Le rapport de la commission des vingt et un fut présenté le 10 décembre. Cette tâche avait été confiée à Robert Lindet , un de ces hommes destinés, par leur caractère et la nature de leur esprit, à des opinions modérées, à une vie honnête, et que le torrent révolutionnaire entraîna dans une funeste complicité. Son rapport était écrit avec plus de calme et de gravité que tout ce qu’on avait entendu jusqu’alors. C’était un long récit de la Révolution, depuis la convocation des états généraux jusqu’au 10 août. La conduite du roi, les actes de son gouvernement, sans jamais y faire la part des deux assemblées nationales qui avaient exercé la souveraineté; les troubles et les désordres, toujours attribués à son influence; ses justes craintes présentées comme des projets, ses incertitudes comme des trahisons. Tout cela était exposé avec le ton de modération et l’apparente impartialité d’un écrivain qui envisage l’histoire sous un seul point de vue. Le rapport se terminait ainsi :
1UPPORT DE ROBERT I.1NDET.
« Louis est coupable d’un attentat conçu dès le commencement de la Révolution ; il en a tenté plusieurs fois l’exécution. Toutes ses démarches ont été constamment dirigées vers un même but, qui était de reconquérir le sceptre du despotisme et d’immoler tout ce qui résisterait à ses efforts. Plus affermi dans ses desseins que tout son conseil, il n'a jamais été influencé par ses ministres, et les a toujours dirigés ou renvoyés. La coalition des souverains, la guerre étrangère, les étincelles de guerre civile, la désolation des colonies, les troubles de l’intérieur ont été les moyens qu’il a employés pour relever son trône ou s’ensevelir sous ses débris. »
L’acte énonciatif des crimes imputés à Louis Capet était, encore une fois, le résumé historique de la Révolution; il fut présenté le lendemain et donna lieu à une discussion longue et confuse. Beaucoup de représentants le regardaient comme incomplet et insuffisant.
Marat voulait qu’on y ajoutât tout une série de crimes, qui avait servi de texte à ses libelles et à ses provocations.
Bazire remarqua qu’il existait au greffe du tribunal extraordinaire des pièces dont la commission n’avait pas pris connaissance. On nomma des commissaires pour aller les recueillir. Barbaroux voulait absolument qu’on produisît une liste de proscription , où devait être son nom; il lui fut expliqué que de telles listes n’avaient jamais existé. — Reubell demanda qu’on ajoutât le crime d’avoir désorganisé l’armée et poussé les soldats à la désertion. 11 indiquait en preuve une lettre que le moindre examen eût fait reconnaître pour supposée ; mais on n’avait vérifié l’authenticité d’au-