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LE ROI CONDUIT A LA CONVENTION

république de la conduite ferme et sage que vous allez tenir dans cette occasion importante. L’Europe vous observe; l’histoire recueillera vos pensées, vos actions; l’incorruptible postérité vous jugera avec une sévérité inflexible. Que votre attitude soit conforme aux nouvelles fonctions que vous allez remplir. L’impartialité et le silence le plus profond conviennent à des juges. » Ici la voix de Legendre interrompit le président. « Je demande, cria-t-il, qu’aucun membre ne fasse de motion pendant que Louis XVI sera à la barre. J'ajoute qu’il ne doit sortir aucun signe d’approbation ou d’improbation. Il faut que le silence du tombeau effraye le coupable. » Des murmures s’élevèrent dans l’Assemblée; quelques applaudissements partirent des tribunes. Le président reprit son allocution. « La dignité de votre séance doit répondre à la majesté du peuple français. Il va donner, par votre organe, une grande leçon aux rois et un exemple utile à l’affranchissement des nations. »

Puis il s’adressa aux tribunes ; elles étaient devenues une partie intégrante de l’Assemblée; les nombreux spectateurs qui les remplissaient y représentaient les clubs, les assemblées de sections et la portion infime de la faction révolutionnaire ; ils prenaient part aux séances par leurs murmures, leurs applaudissements, leurs interruptions et par les menaces adressées aux orateurs qui leur déplaisaient. Leur présence était pour ainsi dire officielle. Un jour Bazire gourmanda le président, qui, en imposant silence aux tribunes, avait manqué de respect à cette « fraction de la souveraineté du peuple. »

Barère avait donc raison de leur adresser quelques conseils. « Citoyens des tribunes, vous êtes asso-

ciés à la gloire et à la liberté de la nation; vous savez que la justice ne préside qu’aux délibérations tranquilles. La Convention nationale se repose sur votre entier dévouement; les citoyens de Paris ne laisseront pas échapper cette occasion de montrer le patriotisme et l’esprit public dont ils sont animés; ils n’ont qu’à se souvenir du silence terrible qui accompagna Louis revenant de Varennes , silence précurseur du jugement des rois par les nations. »

Santerre entra. « J’ai l’honneur, dit-il, de vous prévenir que j'ai mis votre décret à exécution. Louis Capet attend vos ordres. »

Le roi s’avança vers la barre ; il avait pour cortège Santerre, le général Berruyer et deux officiers municipaux. La garde resta à la porte de la salle ; le silence était profond.

Le président lui adressa la parole. « Louis, la nation française vous accuse. L’Assemblée nationale a décrété que vous seriez jugé par elle et que vous seriez traduit à sa barre. Je vais vous lire l’acte énonciatif des délits qui vous sont imputés. Vous pouvez vous asseoir. »

L’accusé, qui était à la barre, vêtu d’une redingotte de couleur blanchâtre, debout, écoutant avec soumission les paroles hautaines d'un président élevé sur une estrade, assis dans un fauteuil comme sur un trône : cet accusé, c’était le roi de France; et le président, c’était Barère, qui croyait faire acte de magnanimité en lui permettant de s’asseoir et en lui parlant avec une sorte de convenance *.

1 Mémoires de Barére.

Barère a raconté cette solennelle séance. « Louis XVI parut à la barre, calme, simple et noble, comme il m’avait toujours paru à Versailles; il ne perdit pas un instant la .dignité du trône, sans paraître se souvenir de son pouvoir. »

Le roi s’était assis; l’interrogatoire commença.

Le premier grief comprenait les actes qui avaient suivi immédiatement la convocation des états généraux ; la suspension des séances du tiers état qui avait donné lieu au serment du Jeu de Paume; l’ordonnance du 23 juin qui imposait des formes constitutionnelles à la France; la réunion des troupes appelées à Versailles et à Paris. « Qu’avez-vous à répondre ?

— Il n’existait pas de lois sur cet objet. »

Puis venait la charge de cavalerie du 12 juillet, que l’accusation intitulait les massacres des Tuileries.

« J’étais le maître de faire inarcher des troupes dans ce temps-là; mais je n’ai jamais eu l’intention de répandre du sang. »

Le troisième chef d’accusation comprenait le retard d’une semaine, qui s’était écoulée entre les décrets du 4 août et la sanction royale qui était du 1 1 ; la longue hésitation avant d’accepter la déclaration des droits de l’homme; la présence du régiment de Flandre à Versailles; le banquet des gardes du corps et l’outrage fait à la cocarde nationale.

Le roi répondit : « J’ai fait les observations que j’ai crues justes sur les décrets. Quant à la cocarde, cela est faux; cela s’est passé devant moi. »

L’article suivant se rapportait à des pièces trouvées dans l’armoire de fer. Elles constataient la corruption de Mirabeau et les projets soumis au roi par Talon, pour acheter des membres de l’Assemblée.

INTERROGATOIRE DU ROI. 1 ô.'l

« Je ne me rappelle pas ce qui s'est passé dans ce temps-là; mais le tout est antérieur à mon acceptation de la constitution. »

Une autre question s'appliquait encore à l’argent distribué par Laporte, intendant de la liste civile.

« Je n’avais pas de plus grand plaisir que de donner à ceux qui avaient besoin; cela ne tenait à aucun projet. »

Le roi traita d'absurde l'accusation d’avoir réuni une multitude de militaires et de nobles pour favoriser sa fuite. A l’interrogation relative au voyage de Varennes, il répondit ; « Je m’en réfère à ce que j’ai dit aux commissaires de l’Assemblée constituante dans ce temps-là. »

La répression des désordres du 17 juillet 1791 et la loi martiale proclamée, une conspiration tramée avec Mirabeau puis avec La Fayette, des intrigues pour la révision de la constitution, des libelles et des journaux payés par la liste civile composaient un autre chef d’accusation.

« Ce qui s’est passé le 17 juillet ne peut aucunement me regarder. Pour le reste, je n’en ai aucune connaissance. »

11 répondit à l’imputation d'avoir gardé longtemps le silence sur la convention de Pilnilz, qu’il l’avait fait connaître aussitôt qu’elle était venue à sa connaissance; qu’au reste, tout ce qui avait trait à cet objet regardait le ministre, d’après la constitution ; le roi rejeta aussi sur la responsabilité ministérielle tout ce qui lui était imputé relativement aux troubles de la Provence et d’Avignon, ainsi qu’aux tentatives contre-révolutionnaires du camp de Jalès, de Mende et de Nîmes.

INTERROGATOIRE l)L ROI.

Il affirma que les gardes du corps émigrés n'avaient jamais reçu aucun payement auquel il eût consenti, et qu’il avait donné l’ordre contraire.

Un billet écrit de la main de Monsieur et signé aussi du comte d’Artois avait été trouvé aux Tuileries. Il témoignait l’intention formelle de n’obéir à aucun ordre du roi qui pourrait leur être signifié. « Si l’on nous parle de votre part, nous vous écouterons, mais nous irons notre chemin. Ainsi , si l’on veut que vous nous fassiez dire quelque chose, ne vous gênez pas. Soyez tranquille sur votre sûreté; nous n’existons que pour vous servir; nous y travaillons avec ardeur, et tout va bien. Nos ennemis mêmes ont trop d'intérêt à votre conservation pour commettre un crime inutile et qui achèverait de les perdre. »

A la production de cette lettre, qui attestait de si funestes illusions, le roi répondit, il le pouvait avec sincérité : « J'ai désavoué toutes les démarches de mes frères , suivant ce que la constitution me prescrivait. » 11 ajouta, ce qui devait être moins vrai : « Je n’ai aucune connaissance de ce billet. »

Il nia que rien dans sa conduite eût contribué à entraver ou retarder le recrutement de l’armée et l’augmentation des forces militaires. Les ministres avaient pu se tromper : ce n’était point sa faute.

Il repoussa comme entièrement fausse l’accusation d’avoir donné mission aux généraux de désorganiser l’armée et de favoriser la désertion. Une lettre donnée en preuve de cette allégation était signée Toulongeon; elle était supposée. Soit pour appuyer l’accusation, soit pour agir sur l’opinion publique, beaucoup de lettres furent ainsi fabriquées à cette époque. Dans un recueil publié depuis par une dame anglaise, amie

des Girondins, un assez grand nombre de ces lettres apocryphes ont été insérées.

Aux imputations d’avoir chargé les agents diplomatiques de favoriser la coalition des puissances étrangères et des princes émigrés contre la France, d’avoir prévenu l’Assemblée nationale de la marche des armées prussiennes trop tardivement pour qu’il fût pourvu à la défense du pays ; d’avoir dégarni les places fortes; d’avoir détruit la marine en favorisant l’émigration des officiers, le roi répondit par de brèves dénégations. Dans une autre situation, dans une discussion libre où les questions auraient été traitées selon la politique et la justice, Louis XVI aurait pu dire qu’il s’était efforcé d’empêcher la guerre, et qu’il avait donné à des hommes revêtus de sa confiance la mission de s’opposer aux démarches des émigrés. Devant la Convention, ce mode de défense n’était point praticable. Le roi se renfermait dans le cercle du pouvoir constitutionnel où il avait été placé, et n’avait à alléguer que la responsabilité ministérielle.

L’accusation allait jusqu’à lui imputer les désordres que d'imprudents décrets de l’Assemblée avaient suscités dans les colonies.

Le refus de sanction du décret contre les prêtres insermentés était aussi un chef d’accusation. La réponse était facile : la constitution permettait le veto suspensif.

La composition de la garde constitutionnelle, que l’Assemblée législative avait licenciée par une évidente usurpation du pouvoir exécutif, ainsi que le maintien de la garde suisse, étaient présentés comme des actes coupables. « J’ai exécuté tous les décrets, » répondit le roi.

Les manœuvres de quelques agents payés par la liste civile pour recruter des partisans à la cause monarchique, pour connaître les complots dirigés contre le roi, pour contre-balancer l’action des conspirateurs, étaient présentées comme des tentatives de contrerévolution. — Leroi répondit qu’il n’avait jamais eu connaissance de semblables desseins, et qu’aucune idée de contre-révolution n’était entrée dans sa tête. Réellement, il ne se mêlait point des détails de police et des moyens employés pour le préserver.

11 ne nia point que plusieurs projets lui avaient été présentés par des députés des Assemblées nationales, mais il les avait écartés et ne s’en souvenait même pas tant il les avait trouvés vagues.

11 nia qu’aucun député eût jamais reçu d’argent.

Enfin, il fut interrogé sur le 10 août, sur le motif capital de l’accusation, sur le plus grand de ses crimes, selon le langage des révolutionnaires de toute nuance.

« Vous avez fait au 10 août, lui dit le président, la revue des Suisses à cinq heures du matin, et les Suisses ont tiré les premiers sur le peuple. Qu’avezvous à répondre ?

— Je suis allé voir toutes les troupes qui étaient rassemblées chez moi ce jour-là ; les autorités constituées étaient avec moi : le département, le maire et la municipalité ; j’avais fait prier même une députation de l’Assemblée nationale d’y venir et je me suis rendu ensuite dans son sein avec ma famille.

— Pourquoi avez-vous rassemblé des troupes dans le château?

— Toutes les autorités constituées l’ont vu; le château était menacé, et comme j’étais une autorité constituée, je devais me défendre.

— Pourquoi aviez-vous mandé au château le maire de Paris?

— Sur les bruits qui se répandaient.

— Vous avez fait couler le sang des Français. Qu’avez-vous à répondre? »

Le roi répondit en élevant la voix et avec émotion : « Non! Monsieur, cela n’est pas vrai. »

Lorsque les questions furent épuisées, le président dit au roi : « Louis, avez -vous quelque chose à ajouter ?

— Je demande communication des accusations que je viens d’entendre et des pièces qui y sont jointes et la faculté de choisir un conseil pour me défendre. »

Alors commença la communication des pièces. Valazé se plaça auprès de la barre, assis dans un fauteuil, une table était devant lui; le roi était à la droite de Valazé, mais en arrière, la barre entre eux deux. Le député prenait les pièces l’une après l’autre sur la table, lisait leur titre, puis, par-dessus son épaule il les passait au roi, sans le regarder, et disait : « Connaissez-vous cela'? »

Barère rapporte que lui-même ne put supporter ce manque d’égard, et ces façons insultantes; il envoya un huissier à Valazé pour l’engager à plus de convenance.

Les réponses du roi à la communication de chaque pièce furent à peu près les mêmes qu’il avait faites à chaque grief dont, suivant l’accusation, elle était la preuve. Il ne reconnaissait point l’écriture, ou il faisait remarquer que c’était une note sans caractère. D’autres fois elle avait trait à une circonstance antérieure à l’acceptation de la constitution.

1 Essais sur la Révolution, par Beaulieu. — Mémoires de Barère.

Lorsque cet examen , fait ainsi d’une manière rapide et sommaire, fut terminé, le président s’adressa au roi. « Je vous invite à vous retirer dans la salle des conférences. »

Dès que le roi se fut retiré, Treilhard proposa un projet de décret en ces termes : « Louis Capet peut choisir un ou plusieurs conseils. » La Montagne fit entendre des murmures.

Albitte demanda que la proposition fût rejetée ou ajournée. Billaud-Varennes, Duhem, Tallien, Marat et plusieurs autres se levèrent en criant pour l’ajournement. 11 fut rejeté à une grande majorité. L’Assemblée devint tumultueuse. On demandait l’appel nominal; les Jacobins étaient toujours persuadés que la publicité du vote devait être un puissant moyen d’intimidation.

Garran-Coulon eut peine à se faire entendre. « La loi porte qu’un accusé pourra choisir pour sa défense un ou deux amis ou conseils; je demande que cette loi soit commune à Louis Capet.

— Pas de chicane de palais, cria Marat, il ne s’agit point d’un procès ordinaire. »

Après un assez long tumulte et beaucoup de clameurs des Montagnards, Pétion réussit à faire entendre quelques paroles, et l’Assemblée décréta à la presque unanimité que Louis Capet pourrait se choi- .sir un conseil.

La séance du lendemain fut encore orageuse, les Jacobins avaient voulu et espéré que la procédure aurait une marche prompte et facile. Ils ne se résignaient pas aux formes de la justice , lors même qu’elles étaient si incomplètement observées. Thuriot demanda que Louis XVI fût jugé le vendredi ou le

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samedi an plus tard : on était au mercredi. « Il ne faut pas, disait-il, donner à Louis le temps de s’envelopper dans la chicane. Les nations étrangères, pour leur propre liberté, réclament un grand exemple, il faut que le tyran porte sa tête sur l’échafaud.

— Oubliez-vous que vous êtes juge? » cria un interrupteur au milieu de violents murmures. Le président lui-même rappela l’orateur aux convenances. Il s’expliqua, disant qu’on l’avait interrompu, lorsqu’il allait ajouter : « S’il est coupable. » 11 continua : « Les malveillants ne veulent pas que la justice prononce; les amis de la liberté veulent que la loi frappe, le vœu de la nation est que la justice soit prompte; je déclare que quiconque s’opposera à ce vœu n’est pas digne de la confiance de la nation. »

Les opinants modérés disaient qu’on ne pouvait refuser la justice à nul accusé, même lorsqu’il est présumé criminel; une condamnation n’est juste qu'après avoir entendu la défense. « Si vous ne voulez pas lui donner un droit illusoire, accordez-lui le temps d’examiner les pièces produites contre lui. Nous ne craignons point la haine des rois, mais l’exécration des nations; elles aiment la justice, nous ne voulons pas nous exposer, comme le tribunal d’Angleterre, à la condamnation de la postérité, et nous couvrir d’opprobre par un jugement passionné et atroce. »

On ne pouvait pas dire de tetles paroles sans exciter des tempêtes sur la Montagne; les orateurs étaient interrompus sans cesse ; un des hommes les plus atroces de cette époque, Duquesnoy, fut rappelé à l’ordre, puis censuré, ce qui ne l’empêcha point de dire : « 11 faut que toutes les fois qu’il sera question de Louis, on aille aux voix par appel nominal, afin

qu’on connaisse ceux qui défendent le peuple et ceux qui veulent défendre le ci-devant roi. »

Enfin la Convention se décida à envoyer quatre commissaires au Temple, pour interpeller Louis Capet * de déclarer dans l’heure quel était le citoyen auquel il donnait sa confiance. Les commissaires furent Cambacérès, Thuriot, Dubois-Crancé et Dupont (des Hautes-Pyrénées).

Le roi, en sortant de la séance, avait passé quelques moments dans la salle des députations, puis avait été ramené au Temple. Cette fois, des cris de mort furent entendus parmi les cris de : « Vive la république. » 11 demanda à voir sa famille; cette consolation lui fut refusée. « Même mon fils', qui n’a que sept ans? » On ofTrit de le lui laisser, à condition qu’il ne verrait plus sa mère. Le roi ne voulut pas le priver des soins maternels.

Le lendemain, les commissaires de la Convention vinrent lui donner connaissance du décret qui l’autorisait à déclarer quel citoyen il choisissait pour son conseil. Le roi répondit qu’il faisait choix de Target, à son défaut de Tronchet et de tous les deux, si la Convention consentait à lui laisser ce droit donné par le texte de la loi.

Il réclama contre les dispositions prises par la commune, et demanda qu’elles fussent révoquées, ou du moins adoucies. Les commissaires semblaient avoir grand soin de ne se point compromettre et d’être strictement officiels; ils répondirent que cette réclamation serait soumise à la Convention.

Ils rendirent compte de leur mission , et se renfermèrent dans ce qui se rapportait à la procédure :

ainsi ils firent remarquer que la libre communication de l’accusé avec ses défenseurs était de droit, et que l’usage du papier, des [dûmes et de l’encre ne pouvait |»as être interdit, mais ils ne parlèrent pas de la permission de voir sa famille, que la municipalité avait retirée au roi.

La commune maintint donc son arrêté; elle y ajouta même que les conseils du roi resteraient enfermés dans la tour du Temple pendant toute la durée du procès; qu’avant d’y entrer, ils seraient scrupuleusement examinés jusqu’aux endroits les plus secrets, déshabillés et revêtus des habits qui leur seraient fournis.

Dans la séance du 13, il fut donné lecture à l’Assemblée d’une lettre de Target; il alléguait son âge, sa mauvaise santé. « 11 ne m’est pas possible, disaitil, de me charger de la défense de Louis XVI, je n’ai absolument rien de ce qu’il faut pour un tel ministère, et par mon impuissance, je trahirais à la fois la confiance du client accusé et l’attente publique. » Il signait : « Le républicain Target. »

Cambacérès, augurant par le refus de Target que sans doute Tronchet n’accepterait pas non plus, proposa que la Convention désignât d’office deux défenseurs parmi ceux qui se présenteraient pour remplir cet office. Il se trompait en doutant du courage de Tronchet à s’acquitter d’un devoir sacré.

Depuis que le procès avait commencé, les offres et les demandes se multipliaient pour être défenseur du roi. M. Necker avait envoyé une défense écrite; M. de Narbonne, M. de Lally-Tollendal, M. Bertrand, anciens ministres du roi, avaient sollicité la permission de venir de Londres; M. Tronson du Coudray, avocat n. 11

distingué; M. Guillaume, auteur de la pétition des huit mille après le 20 juin, d’autres moins connus, une femme qui s’appelait Olympe de Gouges , avaient écrit à la Convention.

Une lettre de M. de Malesherbes fut écoutée avec une attention respectueuse : « Citoyen président, j'ignore si la Convention donnera à Louis XVI un conseil pour le défendre ou si elle lui en laissera le choix. Dans ce cas- là, je désire que Louis XVI sache que, s’il me choisit pour cette fonction , je suis prêt à m’y dévouer. Je ne vous demande pas de faire part à la Convention de mon offre , car je suis bien éloigné de me crbire un personnage assez important pour qu’elle s’occupe de moi; mais j’ai été deux fois au conseil de celui qui fut mon maître, dans le temps que cette fonction était ambitionnée par tout le monde. Je lui dois le même service lorsque c’est une fonction que bien des gens trouvent dangereuse. Si je connaissais un moyen possible pour lui faire connaître mes dispositions je ne prendrais pas la liberté de m’adresser à vous. »

Le sentiment qui exigeait du moins quelque forme de justice, les lueurs inattendues d’une opinion publique qui semblait s’émouvoir, irritaient, les Jacobins; leurs orateurs protestaient sans cesse contre tout retard, contre tout semblant de garantie donné à l’accusé.

u On veut, disait Tallien, entraîner la Convention dans des mesures inconsidérées. C’est à Louis Capet de s’arranger pour trouver des conseils qui acceptent. Nous avons à venger la majesté nationale outragée. Pour empêcher que la procédure ne se prolonge, je demande que mardi prochain Louis soit entendu dé-

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