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LES TRIBUNES PUBLIQUES

la sentence de mort ne pourrait être obtenue que par la peur; une vive discussion témoigna des moyens qui allaient être employés pour exercer cette influence.

Les tribunes publiques étaient constamment occupées par les mêmes spectateurs. Manuel proposa que, chaque jour, les inspecteurs de la salle enverraient dans six des sections de Paris, à tour de rôle, un nombre égal de billets pour être distribués à des citoyens de la section; le même nombre de billets serait chaque jour destiné aux députés de six départements, qui les donneraient à ceux de leurs compatriotes en voyage à Paris.

Cette proposition excita une grande colère parmi le côté gauche de l’Assemblée et les spectateurs furent bruyants dans leurs manifestations.

k Le projet de Manuel blesse l'égalité, il attribue un privilège à la ville de Paris. Les comités des sections donneront les billets à leurs parents ou à leurs amis. Ce sera une aristocratie sectionnaire; les députés feront de même. Nous reviendrons au temps où les riches étaient seuls protégés, où le pouvoir exécutif remplissait les galeries d’hommes corrompus. On ne verra dans les tribunes que de lâches apôtres du modérantisme. En ce moment, nous avons besoin d’être appuyés par des hommes du patriotisme le plus énergique. »

Legendre ne s’expliquait pas avec tunt de détail.

« Qu’on décrète que Manuel a perdu l’esprit, » disait-il.

Le tumulte était bruyant; personne, dans la timide majorité, ne prit la parole pour appuyer Manuel. On

demandait l’appel nominal. La Convention décréta, par assis et levé, qu’il n’y avait pas lieu à délibérer.

Toujours dans le même projet de dompter par la terreur l’opinion modérée, une réunion qui s’était formée sous le nom de club électoral, véritable instrument d’insurrection, fit imprimer les listes des membres de la société de 1789, des Feuillants et des signataires de la pétition des huit mille et des vingt mille : c’était braver un décret de l’Assemblée législative qui avait ordonné de détruire ces listes. Le ministre de l’intérieur dénonça le fait à la Convention.

11 en résulta une discussion où les Jacobins soutinrent que les électeurs, même après avoir accompli leur office, pouvaient former un corps qui avait droit de délibérer en vertu de la portion de souveraineté qui leur était déléguée. C’était une étrange prétention: on demanda le rappel à l’ordre. Bazire alla plus loin encore, il demanda une mention honorable de la preuve de zèle qu’avaient donnée ces électeurs. Le club électoral, souvent attaqué, maintint constamment son existence. 11 était destiné à jouer un grand rôle dans les journées révolutionnaires.

Tronchet avait accepté la confiance du roi. Sa lettre à la Convention rappelait noblement le devoir de l’avocat, u L’acceptation devient forcée, lojsque celui qui se 'trouve appelé d’une manière si publique, ne peut prendre sur lui de refuser son ministère, sans prendre sur lui de prononcer le premier un jugement qui serait téméraire, avant l’examen des moyens de défense, et barbare après cet examen. » Ces paroles honorables étaient enveloppées de pré-

cautions oratoires, où, sans inconvenance mais avec soin, rien ne rappelait ni la diguilé de l’accusé, ni le caractère politique de la cause. « Comme homme je ne puis refuser mon secours à un autre homme sur la tête duquel le glaive de la justice est suspendu. » L’acceptation et la lettre de Tronchet témoignaient en même temps de son courage et du danger où il s’exposait généreusement.

La municipalité ne voulait point se départir des rigueurs infâmes par lesquelles elle avait cherché à gêner les communications du roi avec ses défenseurs ; elle envoya une députation pour soumettre son arrêté à la Convention.

Dès le premier article qui ordonnait que les défenseurs seraient fouillés et déshabillés, un \iolent murmure d’indignation interrompit la lecture, on ne voulait pas en entendre davantage. Le président s’excusa d’avoir admis la députation; il avait d’abord refusé et n’avait cédé qu’à son insistance.

Plus de cent voix réclamaient hautement pour que l’arrêté fut cassé et la municipalité improuvée.

Les Jacobins eux-mêmes reculèrent devant cette explosion de sentiments honnêtes. « Aurait-on le dessein d’apitoyer sur Louis Capet? Comment la commune a- t-elle pu s’égarer au point de prendre un pareil arrêté? » disait Bazire.

Robespierre eut plus de courage, il ne vit rien à désavouer dans cet arrêté. « C’est, dit-il, le sentiment d’un patriotisme très-louable qui l’a dicté. » On murmurait, il passa outre. « Loin de le casser.... » Les murmures redoublèrent et l’interrompirent. Les tribunes applaudissaient. « On viole en moi la liberté des opinions. Je sais qu’il y a un parti qui

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