‹ Histoire de la Convention nationale. T. 2Chapitre 43 sur 137 · RIGUEURS DE LA COMMUNE ENVERS LE ROI · texte numérisé non relu

RIGUEURS DE LA COMMUNE ENVERS LE ROI

de la commune servent la cause royaliste, ce sont eux qui font naître la pitié du peuple pour l’accusé, parce qu’au lieu de le juger, ils veulent l’assassiner lâchement. » La gauche criait : « A l’ordre ! — Ce que je dis ne plaît pas à certaines gens, mais je les brave eux et leurs satellites. »>

Legendre, en protestant de son respect pour la défense de l’accusé, proposa que le jour fût fixé au 26 décembre. Ce terme fut adopté.

Lecointre (de Versailles) s’étonna que Louis fût privé de voir sa femme et ses enfants pendant les huit jours qui allaient précéder son jugement; il demanda que cette permission lui fût accordée. La proposition fut mise aux voix et adoptée.

La Montagne réclama, disant que la délibération avait été surprise. Tallien s’écria : «Si la commune ne le veut pas, cela ne sera pas! — A l’ordre! à l’ordre! » criait-on.

Pétion s’élança à la tribune : « Je n’ai pas demandé la parole sur la proposition elle-même; mais il se manifeste chaque jour un système d’avilir la Convention. C’est perdre la chose publique. On vient de dire qu’inutilement la Convention voudra une chose, si le corps municipal ue la veut pas. C’est violer les lois jusque dans leur sanctuaire. Ce n’est point la liberté, c’est la licence. Je demande que cet outrage soit censuré avec inscription au procèsverbal. »

Marat s’agitait et vociférait comme un insensé au pied de la tribune.

Tallien maintint et répéta sa phrase : « La garde du Temple est confiée à la commune, sous sa res-

<70 état de l'opinion publique.

ponsabilité. Elle aurait raison de se refuser à un décret qu’elle croirait contraire à l’intérêt national. » C’était ainsi que le droit de révolte contre la loi se produisait en toute occasion, comme principe fondamental de la politique révolutionnaire. *

L’Assemblée décida qu’il n’y avait pas lieu à délibérer sur le décret rendu après la proposition de Lecointre.

« Je demande, s’écria Tallien, qu’on décrète en principe que tous les complices pourront se concerter ensemble. »

La colère de la Montagne était si vive, et les préjugés haineux contre la reine étaient si généralement admis, que Lecointre perdit courage. Sous prétexte d’expliquer sa proposition, il la réduisit à permettre que le roi vît ses enfants; mais alors la reine et M®” Élisabeth ne devaient plus communiquer avec eux. C’était ce que la municipalité elle-même avait proposé au roi et qu’il avait refusé.

Ainsi le procès suivait son cours, non point avec la rapidité que réclamaient les Jacobins et Robespierre, mais sans obstacle. Les deux questions principales, l’inviolabilité royale et la compétence de la Convention, étaient décidées; leur solution prouvait déjà que l’Assemblée se plaçait hors des voies de la légalité et de la justice. 11 était dès lors évident que les Girondins ne voudraient pas sauver le roi , puisqu’ils n’avaient soutenu aucune discussion sur les deux points, où il pouvrÿt être le plus efficacement défendu.

Leur opinion, prise dans l’ensemble du parti, était contraire à Louis XVI. Maîtres absolus et in-

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