ÉTAT DE L’OPINIOK PUBLIQUE
contestés de la situation, ils l'auraient sans doule épargné; mais renoncer à la popularité démagogique; mais se rendre suspects de penser au rétablissement de la royauté, c’est ce que les Girondins ne pouvaient admettre. Outre l’orgueilleuse obstination de l’esprit de parti, le mobile de leur conduite, le but de leurs espérances et de leurs projets avaient toujours été l’abolition de la société monarchique. Ils n’auraient pas supporté l’idée du retour à un ordre social où ils n’occuperaient pas le premier rang. De là il leur était impossible d’abdiquer le caractère révolutionnaire et de chercher un appui dans l’opinion publique.
Sans doute elle était opprimée et épouvantée, mais elle semblait se réveiller, quelque peu émue par l’iniquité de ce procès, que les juges eux-mêmes qualifiaient d’assassinat. La résignation pieuse, la noble sérénité de l’accusé, lui avaient rendu un caractère de majesté; toutes les âmes honnêtes éprouvaient une pitié mêlée de respect.
Les Jacobins s’en inquiétaient; leurs séances n’a-, vaient pas un autre ordre du jour que le procès du tyran, que des diatribes contre les lenteurs de la Convention, que des cris de mort contre Capet. S’indignant des scrupules, qu’il appelait des chicanes de palais, Bourdon disait que toutes ^ les formalités étaient déjà remplies. « Les canons du 10 août, voilà te jury d’accusation; l’emprisonnement au Temple , voilà le jury de jugement ; la Convention est le tribunal chargé d’appliquer la loi. » Un autre jour, Monestier, membre de la Convention, appelait les députations menaçantes de la commune. « Nous avons besoin que les Parisiens vien-