‹ Histoire de la Convention nationale. T. 2Chapitre 45 sur 137 · ROBESPIERRE DÉNONCE LES GIRONDINS · texte numérisé non relu

ROBESPIERRE DÉNONCE LES GIRONDINS

nent encore exciter notre zèle par quelque bonne pétition.»

Quelquefois même ils se croyaient en danger; la majorité leur semblait incertaine à la Convention; leurs correspondances annonçaient «que l’opinion était perdue dans les départements. » Un jour, on leur écrivit qu'un drame intitulé : « Le Tyran de Syracuse » avait été représenté sur le théâtre de Bordeaux. C’était une grossière reproduction des événements de la Révolution. Le tyran Veto et sa femme, d’insurrection en insurrection, étaient conduits en prison, et jugés pour leurs crimes centre le peuple. Au dernier acte, une guillotine, à la grande horreur des spectateurs, était dressée sur la scène; le tyran et sa femme étaient amenés. Au moment où ils allaient monter sur l’échafaud, un chœur de figurants, formant le peuple, s’écriait : «Grâce! grâce! » Toute la salle, tout le vrai peuple, s’était associé à ce cri et l’avait répété avec transport. Ce drame était d’un jeune homme, nommé Soulès, ami de Vergniaud.

Les factions révolutionnaires ne pouvaient jamais se persuader que l’opinion générale leur fût contraire, ou du moins ils la supposaient inerte et servile. Lorsqu’elle donnait quelques signes de mécontentement ou d’opposition, ce n’était point à des sentiments spontanés, à l’effet, naturel des circonstances, que ces symptômes étaient attribués : les hommes de la Révolution les expliquaient par des intrigues du parti ennemi, par des conspirations, par des influences coupables. — C’est ainsi qu’ils devaient arriver bientôt à réclamer de vastes mesures répressives, des actes de vengeance et de cruauté.

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Leur tyrannie était nécessairement destinée à devenir de plus en plus terrible.

A ce moment, c'était aux Girondins qu’était imputée eette disposition des esprits, qui semblaient s’apitoyer sur le roi. Par là, le jugement était entravé. Robespierre porta d'abord sou accusation aux Jacobins. C’était là que se préparaient les mouvements politiques. «Chacun sent, dit-il, le danger de la liberté. — 11 ne faut pas l’imputer à la nation, car la nation veut son bien; ce n’est pas non plus à la majorité de l’Assemblée, car la majorité veut le bien de la patrie. 11 ne faut l'imputer qu’à une minorité intrigante.... La source de nos maux, où est-elle? Klle est dans les hommes pervers qui dirigent le gouvernement. Nous n’avons pas encore de lois, et nous avons un gouvernement détestable.... 11 y a des patriotes dans le ministère, mais un seul homme le dirige, et cet homme est tellement sacré, qu’il est impossible, puisque cet homme a la majorité dans la Convention....» — Quelques murmures se firent entendre; Robespierre n’était pas accoutumé à de telles interruptions aux Jacobins. — «S’il y a quelque opposition à ce que je dis, je me tairai; si au contraire on ne me contredit pas, je vais sauver la patrie.... Je prouverai que la nation est entre les mains des fripons, et que nous avons un gouvernement détestable, mené par un scélérat.... Tous les pouvoirs sont réunis dans les mains des fripons de la faction brissotine.... Pendant la Législative, ils disaient à la cour : Nous armerons le peuple contre vous, si vous ne voulez pas recevoir un ministère de notre main; si au contraire vous recevez nos créatures, nous fe-

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rons égorger les amis du peuple.... Je dénonce à la patrie ces méprisables êtres. Je leur présente ma poitrine, car je suis sûr qu’ils veulent faire égorger les patriotes. J’ambitionne l’honneur d’être massacré le premier par les brissotins. »

C’était avec de telles paroles qu’on passionnait la foule qui remplissait la vaste salle des Jacobins. u Oui ! criait-on, nous voulons périr avec Robespierre! » 11 continua sur le même ton : «J’espère si peu de la liberté que je demande à être assassiné par Roland. Tant qu’il existera un monstre qui tiendra entre ses mains la liberté, tant qu’il aura le pouvoir de calomnier le peuple et les amis du peuple; tant qu’il donnera des dîners et des places, vous n’aurez que le despotisme d’un seul, gouverné par une trentaine de fripons; tant que Roland existera, les aristocrates se réuniront à lui. Le but de cette faction est d’anéantir la société des Jacobins et de plonger le poignard dans le sein de tous ceux qui auront le courage de lui résister. »

Voilà où en était le gouvernement sorti du 10 août. Telle était la situation de la république foudée deux mois auparavant, aux acclamations unanimes des deux partis qui se déchiraient ainsi avec fureur.

Plus les Girondins se voyaient accusés, moins ils songeaient à défendre le roi. En toute discussion dès qu’ils ne se sentaient pas eux-mêmes menacés, ils montraient une vive émulation pour les principes révolutionnaires, pour les rigueurs contre les émigrés, pour l’anéantissement des derniers débris de l’ancienne hiérarchie sociale. La haine des nobles et des prêtres ne les trouvait jamais en défaut.

l'exil du dit. d’ Orléans est proposé. 175

Ils voulurent non- seulement se défendre mais prendre l’offensive; on leur imputait de vouloir sauver le roi , ils entreprirent d’accuser leurs adversaires de vouloir porter le due. d’Orléans au trône.

On venait de décréter que quiconque proposerait ou tenterait de rompre l’unité de la république serait puni de mort; à cette occasion on avait parlé contre les fédéralistes. Buzot demanda à parler: « Ce décret ne frappe point sur les royalistes. Je vais vous proposer contre eux une mesure nouvelle.... Un grand acte de vengeance nationale va bientôt s’accomplir. La justice va bientôt s’appesantir sur la tête des rois et va consacrer 6on glaive à la défense de l’égalité. Le trône est renversé ; le tyran va bientôt n’être plus. Prenez garde : le despotisme vit encore et la constitution n’est p:is faite. » Après l’invocation habituelle aü premier Brutus et au précédent de l’expulsion des Tarquins, Buzot arrivait à son but. « Louis XVI criminel et enchaîné pouvait ne pas sembler dangereux. Vous l avez immolé à la sûreté publique ; vous devez à cette sûreté le bannissement de sa famille. »

Alors il parla de la popularité du duc d’Orléans; des projets qu’on avait couverts de son nom ; de son immense fortune ; de ce nom de Bourbon qui offrirait aux puissances étrangères un moyen pour donner un roi à la France; du nom d’Égalité choisi pour séduire les Français; du courage et des succès militaires de ses jeunes fils. Il conclut en disant : « Je demande que Philippe et ses fils aillent porter ailleurs, que dans la République, le malheur d’être nés près du trône. »

Cette attaque de Buzot était concertée avec ses

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amis. Les Jacobins n’y étaient point préparés et furent pris au dépourvu. Louvet vint appuyer la proposition. 11 fit une amplification de rhétorique sur Brutus et les Tarquins. C’était un texte dont on ne se lassait pas.

Lanjuinais ne savait rien du projet des Girondins et n’appartenait point à leur parti; mais ce lui fut une occasion de parler avec une courageuse franchise. Après avoir dit que les amis de la liberté pourraient s’inquiéter du procès de Louis XVI, si son jugement n’était point précédé de l’exil du duc d’Orléans, il ajouta: « Vous rappellerai-je un fait? Comment se sont faites les élections de Paris, dont le dernier député se trouve être Égalité? — Sous la hache populaire, par les ordres de ceux qui devaient partager le protectorat qu’on lui destinait. Ce ne peut être sans dessein qu’on a exercé cette tyrannie sur le peuple; ce n’est peut-être pas sans dessein qu’on a placé Collatin parmi nous. « On criait : « A l’ordre! » il continua : « Vous vous rappelez cet envoi de commissaires qui devaient effrayer la république par des exécutions non moins sanglantes qu’à Paris.... Tout annonce que ces honunes-là veulent la royauté, parce qu’ils ont un intérêt réel à l’avoir; parce qu’ils sont placés de manière que les grâces de la liste civile se répandent sur eux. »

Lanjuinais faisait allusion à une croyance assez généralement répandue et qui persista longtemps. On disaiL beaucoup que Danton, Marat et Robespierre voulaient exercer le pouvoir sous le protectorat ou la royauté du duc d’Orléans. Cette pensée avait pu leur venir, mais ce ne fut jamais un projet.

Surpris à ce premier moment, le parti jacobin se

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