ROBESPIERRE DÉXONCE LES GIRONDINS
« Orléans est représentant, avons-nous le droit de chasser un représentant du peuple ? »
L’ajournement, demandé de plus en plus vivement par la Montagne , fut rejeté par assis et levé. Cette décision irrita vivement les opposants. Leurs cris redoublèrent. Billaud-Varennes réclamait contre la violation de la souveraineté du peuple. — Vergniaud disait : « Il est impossible que l’Assemblée reste plus longtemps sous la tyrannie d’une minorité factieuse. — Cette minorité est disposée à mourir ici, » criait un Montagnard.
Ce fut cette minorité qui l’emporta. Le président lit de vains efforts pour lui imposer silence; elle obtint un amendement. 11 fut décidé que la question serait, relativement à Philippe-Égalité , ajournée au lendemain. On ne s’occupa plus des deux ministres.
L’agitation de cette séance se communiqua promptement au dehors. Ce n’est pas que l’opinion révolutionnaire fût réellement favorable au duc d’Orléans. 11 avait, parmi les Jacobins, quelques partisans pensionnaires ou parasites, mais point de popularité. Personne n’avait la pensée arrêtée de le faire roi de France. Lui-même ne songeait à nulle autre chose qu’à se sauver du flot révolutionnaire où il s’était plongé.
Robespierre, dès le même soir, parla à la tribune des Jacobins, pour le décret de bannissement. 11 s’accordait sur ce point avec les Girondins, tout en traitant leur proposition de manœu\re perfide contre les vrais républicains. Il s’exprima en termes bienveillants sur le patriotisme du duc d’Orléans, mais il croyait sa présence fâcheuse en ce moment. m Cette famille s’honorera, disait-il, en acceptant
lettre du maire de paris. 179
son exil; elle servira ainsi la rause de la liberté. Elle sera rappelée quand la liberté sera affermie. » 11 rappela aussi comment c’était contre son avis que le duc d’Orléans avait été élu à la Convention.
Dans les luttes de partis, il s’agit bien plus du désir de nôtre point vaincu , que de l’intérêt réel des combattants pour la question débattue. Ainsi les Jacobins , la commune èt les sections se passionnèrent pendant quelques jours pour le duc d’Orléans.
Lorsque la discussion recommença, il fut, dès le début, facile de s’apercevoir que les Girondins étaient en retraite. Le président donna lecture d’une lettre du maire de Paris; il annonçait qu’une députation des quarante-huit sections demandait à présenter une adresse relative au décret de bannissement. Les chefs du parti, ceux qui siégeaient à la Convention, n’avaient point conseillé cette démarche. Ils savaient que les menaces trop expresses offensaient la majorité, et qu’elle n’endurait pas toujours la prétention manifeste de l’intimider. Quelques-uns se rendirent auprès des sectionnâmes, qui attendaient à la porte de la salle. Ils leur conseillèrent de ne pas insister et de se retirer tranquillement. Pendant ce temps-là, on passait à l’ordre du jour sur la lettre du maire.
Ce maire était un ami dePétion, élu par son influence ; elle subsistait encore parmi la petite bourgeoisie de Paris qui, s’étant prêtée au 10 août, sans qu’elle fût pourtant révolutionnaire, était très-sincèrement modérée et pouvait se montrer telle, quand elle n avait pas peur. Lorsque les autorités municipales furent renouvelées, Pétion fut d’abord élu; c’é-