LETTRE DU MAIRE DE PARIS
tait seulement uu hommage qui lui était rendu, puisque la mairie n'était point compatible avec sa qualité de représentant. Sur son refus, Antonelle, ancien maire d’Aix et membre de l’Assemblée législative , gentilhomme provençal et révolutionnaire exalté, avait été nommé; il refusa. Les suffrages se portèrent alors sur M. d’Ormesson, président du tribunal, et dont le nom appartenait à l’ancienne magistrature. Ce fut un grand sujet d’étonnement et de colère parmi les Jacobins. M. d’Ormesson n’accepta point. Ce fut alors que le médecin Chambon fut élu. C’était au moment où l’opinion parisienne semblait s’alarmer et s’éloigner du mouvement révolutionnaire. De grands efforts furent employés pour donner une autre direction aux suffrages électoraux. Chaumette fut élu procureur de la commune; Réal et Hébert, substituts.
Robespierre et ses amis essayèrent de rejeter sur le maire et sur la portion modérée de la municipalité, par conséquent sur Pétion et les Girondins, la démarche qui venait d’avoir un si mauvais succès; il parla de complot et d’un mouvement qui semblait menacer Paris; il se plaignit de ce qu’on rendait inutiles les efforts des patriotes qui prêchaient partout la tranquillité publique. — A ces mots il fut interrompu et s’écria : « Qu'on veuille bien m’entendre ou qu’on m’égorge. » Et comme il continuait toujours à parler de lui-même, les murmures le forcèrent à quitter la tribune.
On fit entrer lfe maire ; ses explications furent satisfaisantes et il fut invité aux honneurs de la séance.
Les Girondins n'en étaient pas moins vaincus ; ils ne tentèrent pas même de soutenir le projet de ban-
LE ROI SOCCtPE DE SA DÉFENSE. 181
nissement, et ce fut sur la demande de Pétion que la question fut ajournée après le procès de Louis XVI.
Lanjuinais seul maintint son opinion : il rappela le tumulte de l’autre séance , les clameurs de la Montagne , les spectateurs se levant à un signal donné et criant des menaces, les groupes qui s’étaient formés autour de l’Assemblée. « On a essayé de nous influencer de la manière la plus audacieuse.... Égorgez-moi, a-t-ou dit: provocation banale! On devrait se garder de la répéter trop souvent, de peur qu’elle ne soit traduite par celle-ci : « Egorgez tels et tels. »
Ce fut le 12 décembre que le roi vit ses défenseurs. Son entrevue avec M. de Malesherbes fut touchante : à peine l’aperçut-il entrant dans sa chambre qu'il * quitta un volume de Tacite ouvert sur sa table. 11 le serra dans ses bras et les larmes lui vinrent aux yeux: « Votre sacrifice est d’autant plus géné-
reux que vous exposez votre vie et que vous ne sauverez pas la mienne. » M. de Malesherbes répondit qu’il serait facile de le défendre victorieusement. Le roi reprit: « Ils me feront périr; j’en suis sûr; ils en ont le pouvoir et la volonté. N’importe, occupons-nous de mon procès, comme si je devais le gagner. Je le gagnerai en effet, puisque la mémoire que je laisserai sera sans tache. »
Le 17 décembre , la Convention consentit que M. Dezèze fût adjoint aux deux défenseurs du roi. Ils avaient appris, avec douleur, qu’un terme trèsprochain venait d’être fixé pour la comparution de Louis et de son conseil ; pour s’acquitter d’une tâche rendue difficile par la multitude des chefs
182 LE roi s’occupe de sa dépense.
d'accusation, ils avaient besoin d’être aidés. Les pièces avaient été communiquées au roi assisté de ses défenseurs.
Louis XVI avait d’abord pensé à ne point reconnaître la compétence de la Convention et à en appeler au peuple. Ce ne fut point l’avis de ses conseils. Peut-être pensaient-ils qu'il u’était plus temps de prendre cette marche, après avoir consenti aux premiers actes de cette extraordinaire procédure; ou bien ils croyaient vraisemblable que la Convention passerait outre, et qu’il y aurait plus de chances de salut dans un débat entre l’accusation et la défense, suivi d’une discussion publique de l’Assemblée.
Le roi s’occupa donc assidûment de sa défense : chaque jour il passait plusieurs heures avec ses défenseurs, relisant les pièces, démentant les faits controuvés, dictant des explications ou des notes avec un sang-froid inaltérable. Quelquefois l’évidence des raisons opposées aux accusateurs lui donnait une illusion passagère sur l’issue du procès. Les défenseurs le flattaient qu’une sentence de déportation aurait la majorité; il acceptait cette espérance et parlait de la vie cachée qu’il voudrait mener en Espagne dans quelque solitude de la Sierra Morena. Puis on lui apportait un journal; en jetant les yeux sur la séance de la Convention ou des Jacobins, tout espoir s’évanouissait et il revenait à la triste certitude. Dans une lettre1 à M. de Malesherbes, il écrivait : k Mon sang coulera pour me punir de n’en avoir jamais versé. »
Quand M. Desèze eut fini son plaidoyer, il le lut
1 LcUre inédite.