LA DISCUSSION OUVERTE SANS DÉLAI
On a dit que nous avions à discuter, non pas des idées judiciaires, mais des idées politiques. La politique veut-elle que la Convention soit déshonorée? Veut-elle que la Convention soit responsable des calamités que peut amener l’étonnante variabilité de l’opinion publique? Certes, il n’y a qu’un pas de la haine à l’amour, de la rage à la pitié. Serait-ce donc le salut de l’Etat que d’en venir à la dissolution effrayante qui semble nous menacer? Si vous avez un jugement à prononcer, je vous dirai aussi : consultez le salut du peuple; une mesure de sûreté générale vaut mieux qu’un jugement; abstenez-vous d’un jugement qui vous fera de grands ennemis, qui aidera les horribles conspirations qui sont méditées contre nous. Si vous consultez la politique, la question de vie et de mort se présentera sous des rapports moins difficiles. » La conclusion était que deux jours après la distribution du plaidoyer, la Convention prononcerait par mesure de sûreté générale.
Ce discours avait poussé l’irritation à l’extrême violence; ils criaient des paroles atroces. On entendit la voix du bouclier Legendre : « Qu’on dépèce le tyran en quatre-vingt-trois morceaux pour envoyer à chaque département. »
De telles fureurs ne pouvaient concilier la majorité ; l’ajournement fut mis aux voix et adopté. Soixante ou quatre-vingts Montagnards se précipitèrent devant la tribune; Camille Desmoulius, Billaud- Varennes, Julien, Duhem, le plus bruyant de tous, menaçaient le président et demandaient l’appel nominal. Julien parvint à se faire écouler : « La nation aura peine à croire au scandale de nos discussions.