LA DISCUSSION OUVERTE SANS DÉLAI
Cette enceinte est devenue une arène de gladiateurs. » Il accusait le president Defermon d’une partialité révoltante; « elle est le résultat scandaleux de ses entretiens avec Malesherbes. Assurément, dans ces conciliabules, ce n’est pas la cause du peuple qui a été traitée, c’est la cause des tyrans; c’est cette cause que le président défend ici. Je demande que la sonnette lui soit arrachée; qu'il aille se cacher dans le coin le plus obscur de la salle. «
Couthon se réduisit à demander que la discussion fût ouverte et continuée, toute affaire cessante, jusqu’à la prononciation du jugement. Cette proposition fut unanimement adoptée.
Lanjuinais réclama contre le mot « jugement. » 11 voulait que le décret portât : « Jusqu’à ce qu’il soit prononcé sur le sort de Louis Capet. » Salles, un des principaux Girondins, voulut parler; sa voix était étouffée par les vociférations. Il descendit de la tribune en disant : « Je déclare que nous délibérons sous les couteaux. » Pétion essaya d’être mieux écouté; les colères furent plus violentes encore. Le president, assailli des injures de Majat, de Chabot, de Billaud- Varennes, parvint à consulter l’Assemblée, qui accorda la parole à Pétion. « C’est un vendeur d'opium. — Nous perdons patience. — Nous ne voulons pas de ses conseils. — C’est le roi Pétion. » Tel était l’accueil réservé à la popularité récente du maire du 20 juin et du 10 août. La Gironde et un grand nombre de modérés se levèrent pour quitter la salle. « Nous écrirons dans nos départements, » disaient-ils.
Pétion parvint à être entendu. En usant de grands ménagements , il réussit à faire adopter une interprétation du décret qui venait d’être rendu , et la
question posée par Lanjuinais se trouva ainsi réservée.
Un discours de Saint-Just ouvrit la séance suivante. 11 entrait à regret dans la voie judiciaire adoptée par la Convention, qui, selon lui, faisait Louis accusateur et le peuple accusé. 11 ne prétendait plus au droit de tuer le roi, uniquement parce qu’il était roi. Pour réfuter M. Desèze, il refaisait une histoire du règne de Louis XVI et de la série de ses crimes. Son amour du peuple et son obéissance docile à la Révolution n’étaient, disait-il, qu’bypocrisie.
A ce moment, le procès entrait dans une phase nouvelle; la question de l’appel au peuple semblait se présenter comme décisive. La lutte des deux partis allait s’engager sur ce point. Saint-Just en parla brièvement, comme d’un recours en grâce. «Faire grâce au tyran, disait-il, c’est faire grâce à la tyrannie. » Puis il continuait par phrases détachées que n'enchaînait aucun lien logique, et destinées à menacer plutôt qu’à persuader. « La Révolution ne commence que quand le tyran finit. — Vous ne devez permettre aucune récusation. — Si on récuse ceux qui ont parlé contre le roi, nous récuserons ceux qui n’ont point parlé pour la patrie. — Tous les méchants sont pour le roi; qui donc ici sera pour lui? — La vérité brûle dans tous les cœurs, comme une lampe dans un tombeau. — Comment ferait-on reposer le destin de la patrie sur le jugement d’un coupable? — Que chacun monte à la tribune et prononce : Louis est ou n’est pas convaincu. »
Saint-Just fut applaudi : Barère occupait le fauteuil que Defermon avait quitté. « C’est ici, dit-il, une